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CHAPITRE XXXI.

Comment les Liégois déboutèrent Jehan de Bavière leur évesque, pour ce qu'il ne vouloit estre ordonné pour consacrer et faire l'office de l'Eglise ».

Item, en ceste saison, Jehan de Bavière, autrement dit Sans-Pitié, évesque de Liège, frère germain au duc Guillaume, conte de Haynnau, pour ce que nullement ne vouloit estre promeu à ordres sacrés, jà soit ce que ou temps passé eust promis et juré aux Liègois de l'estre, pour ceste cause fut débouté de ladicte éveschié, et en son lieu prindrent à seigneur et évesque le filz du seigneur de Pierelless, natif de Brabant, lequel avoit dix-huit ans ou environ, et estoit chanoine de Saint-Lambert de Liège. Et avec ce, firent iceulx Liégois, dudit seigneur de Pierelles, père dudit évesque, leur principal gouverneur et capitaine de tout le pays de Liège. Car paravant, le dessusdit Jehan de Bavière avoit promis à mectre et résigner sondit éveschié en la main dudit nouvel évesque. Et de ce scavoient parler et avoient esté ausdictes promesses, Anthoine, duc de Brabant, et Waleran, conte de Saint-Pol, et plusieurs autres nobles personnes. Lesquelles promesses il ne voulut point entretenir. Et pour ce, en partie par la séduction dudit seigneur de Pierelles, s'eslevèrent du tout et esmeurent lesdiz Liégois contre ledit Jehan de Bavière, en prenant nou

1. « Pour che qu'il ne vouloit estre promeux et consacrés à l'estat de l'Eglise, comme promis l'avoit. » (Ms. Suppl. fr. 93.J

2. Il s'appelait Thierri de Horn et était fils de Henri, seigneur de Pierwelz ou Perwes. (Note de du Cange.)

vel seigneur. Lequel de Bavière, voiant la rebellion d'iceulx , fut très mal content, et les print en grande indignacion. Et de fait, mist en la ville de Buillon et autres fortresses à lui appartenans, très grande garnison de gens d'armes, ausquelz il charga dommager icellui pays de Liège. Et puis s'en ala ou pays de Haynnau, vers son frère le conte Guillaume, pour avoir secours de gens d'armes. Et ce pendant, les communes du pays de Liège firent grandes assemblées et s'en alèrent devers la ville de Buillon1, laquelle, avec le chastel, ilz prindrent d'assault, et mirent à mort ceulx qui dedens estoient. Et pareillement Jehan de Bavière, à tout quatre cens combatans entra ou pays vers Tuing*, et ardit plusieurs villages et maisons, et ramena très grans proies ou pays de Haynnau. Et tantost après lesdiz Liégois entrèrent à grant puissance oudit pays de Haynnau, et ruèrent jus la tour de Moreaumez8 et ardirent la ville. Et de là, s'en alèrent en la ville de Barbençon et en plusieurs autres lieux appartenans aux chevaliers et escuiers dudit pays de Haynnau qui avoient esté en leur pays, lesquelles ilz pillèrent, et y boutèrent les feux en aucuns, en tout degastant par feu et par espée. Durant lequel temps les Hennuyers s'assemblèrent pour les rebouter, mais ils estoient si puissans, qu'ilz s'en retournèrent en leur pays sans quelque perte qui face à escripre. Et par ainsi fut la guerre d'entre lesdictes parties du tout esmeue, et se fortifièrent l'un contre l'autre chascun

1. Bouillon.

2. Thuin.

3. Moreaumez? Peut-être Maubeuge, en Kainaut, assez près de Barbençon.

endroit soy au plus diligemment que faire le peurent. Et mesmement lesdiz Liégois envoièrent devers le pape leurs ambaxadeurs, remonstrer Testat dudit Jehan de Bavière, et comment nullement ne vouloit condescendre à estre consacré ainsi que promis l'avoit, en requérant qu'il feust desmis par l'auctorité apostolique , et en son lieu voulsist confermer le filz du seigneur de Pierelles , qui de nouvel estoit esleu. Lequel pape ne leur volt point accorder leur requeste , pour ce qu'il estoit souffisamment informé que autrefoiz iceulx Liégois par meure délibéracion avoient donné un jour préfix audit Jehan de Bavière dedens lequel il devoit estre sacré, lequel n'estoit pas encores passé. Et pour ceste cause, sans riens obtenir, iceulx ambaxadeurs s'en retournèrent oudit pays de Liège devers ceulx qui les avoient envoiez. Lesquelz furent moult indignez contre ledit pape Grégoire1 pour ce qu'il ne leur avoit accordé leur requeste. Si conclurent de rechef, d'envoier à son adversaire le pape Bénédic*, et de fait y envoièrent leurs ambaxadeurs. Lesquelz furent bénignement receuz d'icellui Bénédic, et leur conferma et accorda toutes leurs requestes en baillant à eulx ses bulles de ladicte confirmacion. Si s'en retournèrent joieusement, à tout icelles, et leur sembla qu'ilz avoient très bien besongné.

1. Grégoire XII.

2. Benoît XIII.

CHAPITRE XXXII.

Comment Anthoine, duc de Lembourc, eut la possession de la duchié de Brabant et depuis de la ville de Trect, à la desplaisance des Liégois.

Item, Anthoine, duc deLembourch, frère germain du duc de Bourgongne, après la mort de la duchesse de Brabant dessus déclairée, succéda à ladite duchié et à toutes les appartenances. Et tous les Brabançons, tant gens d'église comme les nobles, excepté ceulx du Trect1 lui firent hommage en lui promectant comme à leur doiturier seigneur, foy et loyaulté. Et après qu'il eut prinse la possession d'icellui duchié, octroia sa conté de Rethel à Phelippe, conte -de Nevers , son mainsné frère, et du consentement de son frère ainsné, le duc Jehan de Bourgongne, et aussi en acomplissant les testamens et derrenière voulenté de leur père et mère; laquelle conté ledit Phelippe receut agréablement. En oultre, la moitié de la ville du Trect estoit de la duchié de Brabant, et l'autre partie à l'évesque de Liège, et ne devoient faire serement que à l'un d'iceulx seulement, comme ilz disoient, c'estassavoir au premier entrant. Et pour ce que autrefoiz avoient fait ledit serement à Jehan de Bavière, furent refusans de le faire au duc de Brabant. Duquel refus icellui duc ne fut pas bien content, et conclud avec ceulx de son conseil de les contraindre par force de guerre, et manda gens d'armes à venir à lui de plusieurs pays. Entre lesquelz y vindrent, son frère, le conte de Ne

I. Du Trect. Maastricht ( Trajectum ad Mosam),

vers, les contes de Saint-Pol et de Namur, les seigneurs de Saint-George et de Croy, de par le duc de Bourgongne, avec plusieurs autres en très grant nombre. Pareillement y envoièrent le roy Loys de Cécile et le duc de Berry. Finablement, après qu'il eut assemblé très grant compaignie de gens d'armes de plusieurs pays, il se parti de Brabant avec les nobles du pays et grant foison de communes et de charroy et habillement de guerre, et print son chemin vers ladicte ville de Trect. Mais en passant parmy la terre de Liège et ès frontières d'environ, il y eut plusieurs Liégois qui s'assemblèrent en grant nombre et firent plusieurs empeschemens à son ost en dérompant tous les passages, en partie pour l'amour de ce qu'ils sçavoient icellui duc de Brabant estre de affinité audit Jehan de Bavière , leur adversaire. Et tant continuèrent en icelles assemblées, qu'ilz se trouvèrent bien vingt mille hommes armez avec leur nouvel évesque, et se mirent en bataille rengée contre le duc de Brabant, pour garder leurs seigneuries de dommage. Et vouloient à toute fin mener leur dit nouvel évesque en ladicte ville de Trect, à main armée, voulans qu'il entrast avec ledit duc comme vray évesque et qu'il y feust reçeu comme seigneur. Toutesfoiz celle assemblée se départi sans effusion de sang d'une partie ne d'autre. Et ce pendant, ledit duc de Brabant fist traicter secrètement avec ceulx du Trect, tellement qu'ilz furent contensf de le recevoir à seigneur, et en fin le receurent et lui promirent et jurèrent à entretenir foy et loyaulté. Et après se parti de là et s'en retourna en son pays; si donna congié à toutes ses gens d'armes. Et quant ce fut venu à la cohgnoissance desdiz Liégeois, ilz requi

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