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rent hastivement à ceulx. du Trect que ainsi qu'ilz avoient juré au duc de Brabant, ilz jurassent à leur nouvel évesque qui estoit leur droiturier seigneur. Laquelle requeste ne leur fut point accordée, mais leur fut respondu qu'ilz avoient autrefoiz fait serement à Jehan de Bavière et lui receu comme seigneur, et que autre serement ne feroient. Pour laquelle response les dessusdiz Liégois, avec leur capitaine et leur nouvel évesque, furent très indignez contre eulx, et se disposèrent à toute puissance pour leur mener guerre et aussi pour les asséger, comme cy-après sera plus à plain déclairé.

CHAPITRE XXXIH.

Gomment les ambaxadeurs du pape Grégoire vindrent à Paris devers le le Roy et l'Université; portans bulles d'icellui pape; et la copie d'icelles.

En après, les ambaxadeurs du pape Grégoire roummain1, avec bulles qu'ils apportèrent dudit pape, vindrent en ce temps à Paris devers le Roy et l'Université en leur disant, comme en ladicte bulle estoit contenu, ledit pape estre prest et appareillé de céder pour l'union de ladicte Eglise universelle, et faire tout ce qu'il sembleroit au Roy et à ladicte Université expédient pour mieulx et plus tost parvenir à ladicte union de l'Eglise, moyennant que Bénédict*, son ad

1. Ange Corrario, Vénitien, cardinal prêtre du titre de SaintMarc, élu pape le 2 décembre 1406, sous le nom de Grégoire XII. Monstrelet l'appelle pape roummain, pour le distinguer dé Benoît XIII, successeur des papes d'Avignon.

2. Benoît XIII.

versaire, vouldroit céder pareillement. Si furent lesdiz ambaxadeurs, avec leurs bulles, du Roy et de son conseil très pieusement receuz. De laquelle bulle la teneur s'ensuit:

« Grégoire, évesque, serf des serfz de Dieu, âmes filz de l'Université et de l'Estude de Paris, salut et bénédiction apostolique. Nous nous sommes plus préparez, noz amez filz, à vostre université escripre pour ce que vous, encontre la qualité et malice du temps, par estude fréquente à voies oportunes de céder à scisme, vous avez condescencion piteuse donnée, laquelle , se n'estoit pour les mauvais, point n'estoit de neccessité de prendre. Et pour tant, par ceste mesmes raison, par la miséricorde de Dieu le Tout-puissant, nous verrez affectez. Car Innocent, pape VII0, nostre prédécesseur de recordacion envieuse, de ce siècle fut osté par un samedi vi" jour de novembre1. Nous, vénérables frères de la saincte Église rommaine cardinaulx, du nombre desquelz nous estions lors, la grace du Saint Esperit appellée, ou palais apostolique à Saint Pierre, pour l'élection du pape rommain, à venir en conclave feussent entrez, moult de choses diverses par plusieurs jours furent traictées, tant qu'en la fin, nous , qui estions prestre cardinal du tiltre de Saint Marc, d'une mesme voulenté leurs yeulx à nous adrecèrent, et d'une concorde tous ensemble nous esleurent évesque de Romme. Lequel fèss à prendre , pour l'imbécilité de nous, très grandement nous craignions. Toutefoiz, l'espérance mise en celuy qui fait

1. De l'an 1406.

2. Lequel fès à prendre, fardeau , comme plus loin fais.

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choses merveilleuses, ce fais sur noz espaules meismes, non mie de nostre vertu, mais de la vertu de Dieu , duquel la chose est faicte nous sommes confiez. Nous donques, l'office pastoral receu, non mie pour nostre proufht mais pour l'onneur de Dieu et utilité publique, à ce, devant toutes choses, tournons nostre courage à fin que ceste briseure venimeuse, laquelle par si long temps le peuple chrestien a failli, à vivre et à réintégracion nous le ramenions. Sur laquelle chose et grande grace à nous de là hault nous espérons estre donnée, que ce que nous désirons et convoitons à effect sera démené. Et soit à tous notoire, que le courage de nostre propos à ce si est incliné, non mie à nostre droit, lequel est très bel à ensuir toute affection et aussi fait de droit, tant qu'en nous raisonnablement estre pourra, que l'union des chrestiens, très agréable, en nulle manière du monde empescher, afin que la sacrée saincte Église, qui tant a de misère, ne soit submise. Et de tant que noz drois sont plus fermes et plus certains, moins nous doubtons, et tant plus joieusement pour le paix des chrestiens le voulons oster. Car au droit il ne loist pas toujours soy incliner, mais on doit tousjours avoir raison du temps et de l'utilité. Et pour ce, toute contencion ostée , à nostre adversaire jà avons escript, afin que à paix et à union il nous ensuive, en nous offrant estre appareillé à cession de droit et à la renonciacion de la papalité du tout par nous estre faicte, moiennant que nostre adversaire, outson successeur quel qu'il soit, face pa-* reillement : c'estassavoir qu'il renonce à la papalité. Et aussi que ceulx qui à nostredit adversaire, pour estre cardinaulx, se sont ingérez, vueillent convenir et

concorder a\ec nostre college, afin que de ce que ung pape rommain seul, une élection canonique, s'ensuive. Laquelle offre, afin qu'elle feust et soit faicte plus seure, nous avons juré, promis et voué devant nostre élection par ce mesmes lien estre de fait acomplie avec tous noz vénérables frères cardinaulx de ceste mesme Église, ou cas que aucun de nous à pape seroit esleu. Et puis après ceste assumpcion, et à lui, à Constance, plus ferme avons juré , voué et promis, et ratifié noz orateurs aussi, hastivement de nous envoier qui de lieu ydoine et secret avec eulx doivent disposer pour ceste union faire. Vous donques, tresamé filz, à ce de toute vostre force vous veuillez exposer et nous aider à ceste œuvre parfurnir, afin que l'Église de ceste maladie langoreuse ne soit plus traveillée, lui faisons par affection aide salutaire. Donné à Romme, à SaintPierre, le xie jour de décembre, l'an mil quatre cens et six. »

En oultre, après ce que lesdiz ambaxadeurs du pape Grégoire eurent bien et à point remonstré tout Testat de leur ambaxade, et offert que ledit pape estoit prest de céder, comme dit est dessus, et qu'ilz eurent à Paris esté receuz honorablement, et aussi qu'on leur eut promis d'envoier devers le pape Bénédict, ilz se départirent et retournèrent devers leur maistre et seigneur. Et environ la Chandeleur ensuivant, le roy de France et l'Université de Paris, par la délibéracion des prélats, du clergié et du conseil, envoièrent certains ambaxadeurs devers le pape Bénédict, c'estassavoir le patriarche d'Alixandre qui lors estoit oudil

1. Simon de Cramaut.

lieu de Paris, les évesques de Cambray et de Beauvais, l'abbé de Saint-Denis , l'abbé du Mont Saint-Michel, le seigneur de Corroville, maistre Jehan Toussaint, secrétaire du Roy, et autres docteurs de l'Université, avec plusieurs autres notables personnes. Lesquelz tous ensemble prindrent leur chemin à aler à Marseille, où lors se tenoit ledit pape Bénédict avec aucuns cardinaulx qui lui estoient favorables. Et avoient iceulx ambaxadeurs charge de lui remonstrer aimablement comment son adversaire se offroit de céder pour l'union de l'Eglise. Et mesmement, ou cas qu'il n'y vouldroit entendre, lui sommer et intimer que tout le royaume de France généralement, le Daulphiné, et plusieurs autres pays des chrestiens, feroient substraction à l'encontre de lui, et plus ne obéiroient à ses bulles ne autres édictz apostoliques; et pareillement le feroient à sondit adversaire, ou cas qu'il ne vouldroit entretenir ce que par sesdiz ambaxadeurs avoit fait savoir au roy de France et à l'Université,de Paris. Lesquelz ambaxadeurs dessusdiz venus jusques au lieu de Marseille, furent assez bénignement receuz d'icellui Bénédict et desdiz cardinaulx. Néantmoins, quant ilz eurent exposé le fait de leurdicte ambaxade, et remonstré tout au long ce pour quoy ilz estoient venus, le pape leur dist de sa bouche qu'ilz auroient response dedens briefz jours ensuivans. Et ce pendant ne mist point en oubli qu'on le menaçoit de faire substraction à l'encontre de lui, et pour y pourveoir, sans ce que nulz de ses cardinaulx en sceussent riens, fist une constitucion «ur grandes peines durant à perpétuité , à l'encontre de ceulx qui se substrairoient de son obédience et de ses successeurs. Laquelle constitucion il

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