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envoya

à Paris devers le Roy et l'Université par son messager. Dont on fut moult esmerveillé. Et après qu'il eut fait response à iceulx ambaxadeurs devant ditz, non pas telle qu'ilz désiroient, mais assez contraire, ilz s'en retournèrent par plusieurs journées en la cité de Paris, très indignez d'icellui pape. Et là, racontèrent ce qu'ilz avoient trouvé. Mais ledit patriarche demoura audit lieu de Marseille, sur intencion de incliner ledit Bénédict à céder et à venir une seule union de l'universelle Église, ainsi que l'offroit son adversaire.

DE L’AN MCCCCVII.

( Du 27 mars 1407 au 15 avril 1408. ]

CHAPITRE XXXIV.

Comment le duc Loys d'Orléans eut la duchié d'Acquitaine. Des trêves

entre les deux royaumes de France et d'Angleterre'.

Au commencement de cest an, le duc Loys d'Orléans, estant à Paris, par certains moiens que long

1. « Et comment le prince Gales, ainsné filz du roy d'Angleterre, ala en Escosse

pour

faire guerre, o ajoute ici notre manuscrit. Mais cette seconde partie de la rubrique forme dans le Ms. Suppl. fr. 93 et dans les imprimés, le titre d'un xxxve chapitre qui commence par les mots : Or est verité, etc., que nous intercalons en son lieu afin de maintenir la concordance dans les numéros des chapitres, entre notre édition et les précédentes.

temps paravant avoit quis, fist tant que le roy de France, son seigneur et frère, lui donna la duchié d'Acquitaine, laquelle de longtemps paravant il avoit désirée et contendu d'avoir.

Et en ce mesme temps furent faictes trêves entre les roys de France et d'Angleterre, par temps seulement, et furent publiées ès lieux acoustumez jusques à ung an ensuivant. Pour lesquelles, ceulx de la conté de Flandres furent fort resjoys, pour ce que par le moien d'icelles leur sembloit que leur marchandise s'en conduiroit plus seurement. Et lors vindrent à Paris les ambaxadeurs du

roy d'Angleterre, entre lesquelz estoit le principal , messire Thomas Erpinion, avecques lui ung arcediacre et plusieurs autres nobles, lesquelz conduisoit Casin d'Escrevillers'. Et requirent au Roy d'avoir en mariage une sienne fille qui estoit religieuse à Poissy’, pour

le prince de Gales, premier filz du roy d'Angleterre. Mais , pour ce qu'ilz faisoient trop excessives demandes avec icelle fille, s'en retournèrent en Angleterre sans riens besongner. Et les reconduist jusques à Boulogne sur mer, le seigneur de Hangest, qui par le Roy fust tantost après, pour ses mérites , constitué maistre des arbalestriers de France.

1. Tasin de Servillers (Vér.).

2. C'est Marie de France, née le 22 août 1392; elle fut mise au couvent de Poissy le jour de la Nativité de la Vierge 1397, et prit le voile le jour de la Trinité 1407.

CHAPITRE XXXV.

Comment le prince de Gales , ainsné filz du roy d'Angleterre, ala en

faire

guerre.

Ecosse pour

Or est-il vérité qu'en ceste saison, environ la Toussaint, le prince de Gales, premier filz du roy Henry d'Angleterre ', fist assemblée de six mille hommes d'armes, et de six mille archers. Entre lesquelz estoient avec lui

pour le conduire ses deux oncles, c'estassavoir le duc d’Yorq et le conte Durset?, les seigneurs de Mortemer, de Beaumont, de Roz et de Cornouaille avecques plusieurs autres nobles hommes, qui tous ensemble se tirèrent vers le pays d'Escoce, pour ce principalement

que

les Escossois avoient naguères rompu les trèves entre les deux royaumes, et fait grans dommages par feu et par espée en la duchié de Lenclastre et és pays d'entour Rosebourg. Et tant chevauchèrent qu'ilz entrèrent à puissance ou pays d'Escoce et y firent très grant dommage, car lesdiz Escossois ne furent point advertis de leur venue jusques à ce qu'ils furent entrez oudit

pays.

Et

quant les nouvelles furent espandues et venues à la congnoissance du roy d'Escoces, qui estoit en sa principale cité ou milieu

1. Henri, plus tard Henri V, fils aîné de Henri IV, roi d'Angleterre et de Marie Bohun, fille du comte de Hereford, sa première femme.

2. Jean de Beaufort, comte de Dorset et de Sommerset.

3. Si cette expédition des Anglais contre l'Écosse est bien de l'an 1407, comme le dit notre chroniqueur, il faut entendre par les mots roy d'Escoce , le duc d'Albany, gouverneur d'Écosse, car

de son royaume, il manda hastivement tous ses princes et assembla en briefz jours très grant puissance soubz la conduite des contes de Douglas et de Bouquans, avec son connestable , vers la marche où estoient lesdiz Anglois , pour eulx rencontrer, et combatre s'ilz

у veoient leur avantage. Mais quant ilz furent à six lieues près, ilz furent advertis que iceulx Anglois estoient trop puissans pour eulx, et pour tant, fut

par

eulx advisé ung autre moien, c'estassavoir qu'ilz envoièrent certains messages ambasadeurs devers le prince de Gales et son conseil, lesquelz , en conclusion, traictèrent tellement que les trêves furent reconfermées entre icelles parties pour ung an ensuivant. Et par ainsi le dessusdit prince de Gales, après qu'il eut fait plusieurs dommages ou pays d'Escoce, il s'en retourna en Angleterre. Et pareillement, les Escoçois rompirent leur armée.

CHAPITRE XXXVI.

Comment le duc Loys d'Orléans, frère du roy Charles , fut mis à mort

piteusement dedens la cité de Paris.

En ces mesmes jours advint en la ville de Paris la plus doloreuse et piteuse adventure que en long temps par avant fut advenue ou très chrestien royaume de France, pour la mort d'un seul homme. A l'occasion de laquelle , le Roy, tous les princes de son sang et généralement tous son royaume, eurent moult à souf

Robert III était mort à cette époque, peu après le 6 avril 1406, suivant l'Art de vérifier les dates , et le 16 des calendes d'avril (17 mars) 1406, d'après Buchanan. Rer. Scotic. historia (p. 344).

frir et furent en grant division l'un contre l'autre par très longue espace,

et tant que

icellui

royaume en fut moult désolé et apovry, comme cy-après pourra plus pleinement estre veu par la déclaracion qui mise sera en ce présent livre. C'estassavoir pour la mort du duc Loys d'Orléans , seul frère germain du roy de France, Charles le bien-Aymé, VI° de ce nom. Lequel duc, estant dans la dessusdicte ville de Paris (fut], par ung merquedi, le jour de Saint Clément pape et martir , mis à mort piteusement environ sept heures du soir. Et fut cest homicide fait et perpétré par environ dixhuit hommes, lesquelz estoient logez en ung hostel où estoit lors pour enseigne : L’Ymage Nostre-Dame, auprès de la porte Barbète. Et là, comme depuis fut sceu véritablement, avoient esté par plusieurs jours, en entencion d'acomplir ce qu'ilz avoient entreprins. Et quant ce vint ce mesmes merquedi, environ sept heures comme dit est, envoièrent ung homme nommé Thomas de Courteheuse, qui estoit varlet de chambre du Roy, devers le duc d'Orléans, qui estoit alé veoir la Royne en ung

'elle avoit acheté n'avoit guères à Montagu, grant maistre d'ostel du Roy, et séoit icellui auprès de ladicte porte Barbète ; et là, d'un enfant qui estoit trespassé jeune', gisoit, et n'avoit pas encores acompli sa gésine. Lequel Thomas lui dist

.

hostel qu'e

1. La fête de saint Clément se célèbre le 23 novembre. En 1407, elle tombait effectivement un mercredi. 2. Le Religieux de Saint-Denis dit

que

c'était un enfant mâle, et qu'il mourut presque en naissant, que pourtant on eut le temps de l'ondoyer et de le nommer Philippe (Chr. de Ch. VI, t. III, p. 731 ). C'est Philippe de France, né le 11 novembre 1407 et mort le même jour.

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