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femme, jadis seur au roy Richard d'Angleterre. Laquelle feste fut moult notable, et y eut plusieurs princes et princesses avec très noble chevalerie, et soustint le dessusdit duc de Bourgoigne tous les frais et despens d'icelle.

DE L'AN MCCCCIII.

[Du 15 avril 1403 au 30 mars 1404.]

CHAPITRE XII.

Comment l'admiral de Bretaigne et autres seigneurs combatirent les Anglois sur mer; et de Gilbert de Fretin qui fist guerre au roy Henry d'Angleterre.

Au commencement de cest an, l'admiral de Bre taigne, le seigneur de Penheet1, le seigneur du Chastel, le seigneur du Bois et plusieurs autres chevaliers et escuiers de Bretaigne jusques au nombre de douze cens hommes d'armes, s'assemblèrent à Morlens*, puis entrèrent en trente nefz à un port qu'on appelle Chastel-Pol8 contre les Anglois qui estoient sur mer en grant multitude espians les marchans, comme pillars et escumeurs de mer. Si que le mercredi ensuivant',

1. Penhoet, dans Suppl. fr. 93.

2. Morlaix.

'A. Ce doit être Saint-Paul de Léon, port de mer assez voisin de Morlaix.

4. Comme il n'y a pas de date précise qui précède, il est à iceulx Anglois nagans devant ung port de mer appellé Saint-Mathieu, les Bretons leur alèrent après et les poursuirent jusques à lendemain soleil levant qu'ilz se arrangèrent ensemble par bataille, qui dura trois heures. Finablement les Bretons obtindrent contre les Anglois, si conquirent deux mil combatans anglois et quarante nefz à voile et une grosse carraque. Dont la plus grant partie des Anglois furent gectez en la mer et noiez, et les autres eschapèrent depuis par finance1.

En oultre, en icellui mesme temps, un escuier nommé Gillebert de Fretin, natif de la conté de Guines, défia le roy d'Angleterre, pour ce qu'il lui avoit fait ardoir sa maison, à l'occasion de ce qu'il ne lui vouloit faire serement de fidélité. Et pour tant ledit Gillebert assembla plusieurs hommes de guerre, et fist tant qu'il eut deux vaisseaulx bien garnis. Si commença à mener forte guerre au roy dessusdit et lui fist grant dommage, et tant que les trêves qui estoient entre les deux roys de France et d'Angleterre furent rompues par mer dont plusieurs maulx s'en ensuivirent.

supposer que par ces mots : Au commencement de cest an, le chroniqueur entend le jour même de Pâques. Or, en 1403, Pâques tomba un dimanche 15 avril; ce serait donc trois jours après, c'est-à-dire le mercredi 18, que les Bretons firent rencontre do la flotte anglaise devant un port appellé Saint-Mathieu.

1. Le Religieux de Saint-Denis, qui s'étend plus au long sur cette victoire navale des Bretons, parle aussi d'une traversée hardie que fit Pierre desEssars en Angleterre. {Chr. de Ch. VI, t. III, p 105.)

CHAPITRE XIII.

Comment l'Université de Paris eut grant discort entre messire Charles de Savoisy, et pareillement contre le prévost de Paris qui lors estoit.

En ce temps1, l'Université de Paris faisant processions genérales en alant à Saincte-Katherine du Val des Escoliers, se mut une dissencion entre aucuns de ladicte Université et les gens de messire Charles de Savoisi, chambellan du roy de France, qui menoient leurs chevaux boire à la rivière de Seine. Et fut la cause de ladicte mutacion* pour ce que les dessusdiz chevauchèrent roidement parmy ladicte procession et tant qu'ilz blecèrent aucuns desdiz escoliers là estans, lesquelz, de ce non contens, ruèrent pierres après eulx et boutèrent aucuns assez roidement jus de leurs chevaulx. Après laquelle envaye se partirent de là, retournans en l'hostel dudit Savoisi, ouquel lieu ilz se armèrent et prindrent arcs et flèches. El avecques eulx amenèrent aucuns de leurs autres gens qu'ilz avoient assemblez oudithostel, et s'en alèrent de rechef envayr lesdiz escoliers, et de fait tirèrent sur eulx, et des flèches et d'autres bastons en blecèrent aucuns,

1. C'est-à-dire, suivant Monstrelet, en 4403. Mais il se trompe. Le démêlé de Charles de Savoisy avec l'Universibé, démêlé qui, grâce aux circonstances du schisme et de la rivalité des maisons d'Orléans et de Bourgogne , prit des proportions si grandes, date de l'année 1404. La procession solennelle de l'Université eut lieu le 14 juillet 1404, comme le dit très-exactement le Religieux de Saint-Denis. (T. m, p. 186.)

2. Mutation, pris pour : mouvement, émeute. Au reste il faut s'attendre à trouver notre chroniqueur bronchant ainsi presque à chaque pas sur le sens propre des mots.

mesmement dans ladicte église1. Si se commença un très grant hutin, mais finablement, par la grant multitude d'iceulx escoliers qui estoient en grant nombre, furent les dessusdjz reboutez après que les plusieurs eurent esté batus et vilainement navrez. Et qui plus est, après la procession retraicte grant partie de ceulx de l'Université alèrent devers le Roy faire plainte de l'offense qui leur avoit esté faicte, requérans instamment au Roy par la bouche du Recteur que amende leur en feust faicte selon le cas. Disans oultre pour vray, que se ainsi ne se faisoit, ilz se partiroient tous de la cité de Paris et yroient demourer ailleurs où ilz seroient tenus paisibles. A laquelle requeste fust respondu de la bouche du Roy que si bonne provision leur seroit baillée qu'ilz devroient estre contens. Finablement, après ce que par plusieurs journées ilz eurent très diligemment poursui ceste besongne, tant envers le Roy et les seigneurs de son sang, comme son grant Conseil, fut en la fin ordonné de par le Roy pour les appaiser que le dessusdit messire Charles de Savoisy, pour l'amende de ladicte offense faicte par ses gens comme dit est, seroit banni et bouté hors de l'ostel du Roy, et aussi de tous ceulx de son sang, et avec ce qu'il seroit privé de tous offices royaulx. Et si fut sa maison démolie et abatue de fons en comble et avecques ce fut condemné à fonder deux chapelles de cent livres de rente, lesquelles furent en la dominacion de ladicte Université. Après laquelle sentence ainsi faicte et acomplie, icellui messire Charles s'en ala de

\. Le Religieux de Saint-Denis dit qu'un diacre et un sousdiacre eurent leurs vêlements percés à coups de flèches. (Ibid.)

mourer hors du royaume de France, en estrange pays desolé et en grande desplaisance. Mais depuis se gouverna si doulcementet si honnorablement, que certain espace de temps après, par le moien principalement de la royne de France et autres grans seigneurs, il eut sa paix et retourna en l'ostel du Roy, et en la grace de ceulx de ladicte Université.

En après, en autre temps1, messire Guillaume de Tignonville, prévost de Paris, fist exécuter deux clercs de ladicte Université; c'estassavoir un nommé Roger de Montillel, qui estoit Normant, et l'autre nommé Olivier Bourgois, qui estoit Breton, lesquelz estoient chargez d'avoir commis plusieurs larrecins et en divers cas; et pour ceste cause, non obstant qu'ilz feussent clercs et eulx menant à la justice, criassent hault et cler : Clergie! à fin d'estre rescoux, néantmoins, comme dit est, furent exécutez et mis au gibet. Et depuis, par le pourchas de l'Université, fut privé de tout office royal et avec tout ce, fut-il condempné à faire une croix de pierre de taille grande et eslevée assez près dudit gibet, sur le chemin de Paris, où estoient les ymages d'iceulx deux clercs entaillez; et si les fist despendre et mectre sur une charrète couverte de noir drap; et ainsi, acompaigné de ses sergens et autres gens portans torches de cire allumée, furent menez à Saint-Maturin*, et là par le prévost rendus au

1. En 1407. Le Religieux de Saint-Denis, bien mieux au fait que Monstrelet de tout ce qui regarde l'Université, ne s'y est pas trompé, et son récit est bien à sa place, c'est-à-dire en 1407. (T. m, p. 722.)

2. On se rappelle que ce couvent était le lieu consacré des assemblées solennelles de l'Université.

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