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duc de Bourgongne , Anthoine, duc de Lembourc 1, et Phelipe le moins né , menée en grans pleurs et gémissemens en la ville de Lisle, où elle fut enterrée dans l'église collégiale de Saint- Pierres emprès son père, le conte Loys de Flandres. Après la mort de laquelle , succéda Jehan, duc de Bourgongne, son premier filz, en la conté de Flandres et d'Artois, et Phelippe dessus nommé, eut la conté de Nevers, comme en autre lieu est déclairé. Et assez tost après furent promeuz, de la partie du duc de Bourgongne et à sa requeste, les mariages de Loys, duc d'Acquitaine, daulphin , filz ainsné du roy de France, et de la fille ainsnée du duc de Bourgongne, nommée Marguerite, et aussi de Phelippe, conte de Charrolois, seul filz et héritier d'icellui duc, et de Michele, fille au roy dessusdit. Desquelles aliances, en ensuivant ce que autrefoiz en avoit esté pourparlé du vivant du duc Phelipe deffunct, le Roy, la Roy ne et autres du sang royal estoient assez contens, excepté le duc Loys d'Orléans, seul frère du Roy, auquel ceste aliance n'estoit pas bien agréable. Et deslors et paravant y avoit eu entre iceulx deux princes, c'estassavoir d'Orléans et de Bourgongne, aucunes rumeurs et envies, pour quoy, quelque semblant qu'ilz monstrassent l'un à l'autre , si n'y avoit-il pas grant amour, en partie par les rapors que faisoient leurs gens chascun à son maistre et seigneur, l'un à l'autre. Néantmoins les dessusdiz mariages furent du tout accordez et confermez entre les parties dessusdictes, et en furent faictes et baillées de

1. Antoine, duc de Limbourg.

2. A Saint-Pierre de Lille.

partie à autre aucunes seuretez par lectres et instruirons rovaulx.

Et adonc, fut mise sus à Paris une très grande taille sur tout le peuple du royaume de France de par le Roy et son grand conseil, à laquelle mectre sus, ne se voult point consentir ledit duc de Bourgongne ; dont il fut grandement aymé et recommandé de tout le peuple généralement.

DE L'AN M CCCC V.
[Du 19 avril 1405 au 11 avril 1406.]

CHAPITRE XXII.

Comment le duc Jehan de Bourgongne , après le décès de la duchesse, sa mère, fut receu ès bonnes villes de la Conté de Flandres comme seigneur.

Au commencement de cest an le duc Jehan de Bourgongne , après ce qu'il eut esté à Paris devers le Roy, il s'en retourna en Flandres, avec lui ses gens et ses deux frères, tous deux à grant compaignie de nobles hommes d'iceulx pays. Si fut par tout receu très honnorablement et amiablement de tous ses subgetz, et lui donnèrent très beaulx dons et riches, par espécial ceulx de Gand, de Ypre, de Bruges et d'autres bonnes villes, et avec ce, lui firent tous serement de fidélité et lui promectant de le servir, obéir et aymer comme tenus y estoient. Et adonc défendi à tous ses subgetz

d'icelles deux contez, que nul ne paiast la taille derrenièrement imposée à Paris par le conseil royal, dont Loys d'Orléans, au gré duquel la plus grant partie des besongnes du royaume se conduisoient pour ce temps, et tant que les traictiez des mariages des enfans du Roy et du duc de Bourgongne dessus nommez furent aucunement empeschez, et voult le dessusdit duc d'Orléans trouver la manière de marier le duc de Guienne, son nepveu, en autre lieu, dont moult despleut au duc de Bourgongne quant ce fut venu à sa congnoissance, et pour ce envoia tantost ses ambaxadeurs devers le Roy, la Royne et le grand conseil, mais à brief dire ilz n'eurent point response bien agréable pour leur maistre et seigneur ledit duc, et pour ce, le plus tost qu'ilz porent s'en retournèrent en Flandres devers lui ; lequel leur response oye print conseil avecques ses féaulx sur ceste matiere. Lesquelz lui conseillèrent qu'il seroit bon qu'il se traisist au plus tost qu'il pourrait bonnement, vers le Roy et son grant conseil, afin que lui estant présent il peust mieulx poursuivir les besongnes en sa personne que ne pourraient faire ceulx qu'il y envoioit. Auquel conseil il se accorda assez légèrement, et fist ses préparatifs pour y aler au plus tost qu'il pourroit.

Et en ce mesme temps, fut imposé un dixième sur le clergié par le pape Bénédic XIIIe, lequel tenoit sa résidence et sa court en la cité de Prouvence Et fut causé icellui dixième pour l'union de nostre mère

1. Benoît XIII était alors à Marseille et sur le point de se rendre à Rome pour s'entendre avec le nouveau pape Innocent VII, élu le d7 octobre 1404.

saincte Église. Si se devoit paier à deux termes, c'est assavoir à la Pasque et à la Saint Remy.

CHAPITRE XXIII.

Comment le duc Guillaume , conte de Haynnau, tint en cel an un champ mortel en la ville du Quesnoy.

Or est vérité qu'en cel an fut fait en la ville du Quesnoy en Haynnau un champ mortel en la présence du duc Guillaume, conte de Haynnau1, juge en ceste partie. C'estassavoir d'un gentilhomme nommé Bornete, appellant, lequel estoit du pays de Haynnau, à l'encontre d'un autre gentilhomme nommé Sohier Barnage, de la conté de Flandres. Et estoit la querelle telle, que ledit Barnage disoit et maintenoit que icellui Sohier avoit tué et murdry un sien prouchain parent. Pour lequel cas, icellui duc Guillaume livra lices et place à ses despens selon la coustume à ce introduicte. Et après que par icellui duc ils eurent par plusieurs fois esté induis et admonestez à faire paix l'un à l'autre , et lui voiant que à ce ne se vouloient consentir, leur fut ordonné à venir à certain jour et comparoir par devant le dessusdit duc, auquel jour ils vindrent, et premièrement ledit appellant entra dedans les lices, acompaigné d'aucuns de ses amis prouchains; et après, y entra le défendeur. Si fut lors crié de par le duc par ung hérault, et défendu que nul ne leur baillast empeschement sur peine de perdre la teste, et lors, fut de rechef crié que les deux

1. Guillaume, comte de Hainaut et de Hollande, fils aîné du comte d'Albert dont la mort a été rapportée plus haut, et de Marguerite de Silésie.

champions feissent leur devoir. Après lequel cry, se party premièrement ledit appellant de son paveillon, et commença à marcher avant, et d'autrepart, vint le défenseur à l'encontre de lui. Et après qu'ilz eurent jectées chascun leurs lances l'un contre l'autre, sans ce que d'icelles eussent receu aucun empeschement, vindrent aux espées et se combatirent une petite espace. Mais en conclusion , le dessusdit Bornete, appellant , vainqui assez briefment son adversaire et lui fist confesser de sa bouche le cas pour lequel il l'avoit appellé. Et après, icellui vaincu fut jugié par le duc Guillaume à estre décapité. Lequel jugement, sans délay, fut acomply. Et le vainqueur fut honnorablement ramené à son hostel, et avec ce, de tous les seigneurs généralement fut il honoré et conjoy. Si fut aucun bruit que le duc d'Orléans avoit esté à celle besongne en habit descongneu 1.

CHAPITRE XXIV.

Comment le conte Waleran de Saint-Pol mena son armée devant le chastel de Merck* où il fut desconfit des Angloif.

Environ le moys de may, l'an dessusdit, Waleran du Luxembourg, conte de Ligny et de Saint-Pol, capitaine de Picardie et de Boulenois de par le roy de France, assembla des dessusdiz pays de Picardie et de Boulenois de quatre cens à cinq cens archers 8 avec

1. En habit descogneu, déguisé.

2. Il y a au texte : Marly. C'est une inadvertance du copiste, car plus bas le texte porte ainsi qu'il faut, Merck.

3. Cinq cens archers. L'édit. de Vérard porte : bachinès, et celle de \ 572, bachinets.

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