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« Mais écoute, ma voix guidera ton adresse :
« Ascagne, enfant royal, objet de ma tendresse,
« Par l'ordre de son père, aux remparts de Sidon
« Doit porter en ce jour un magnifique don,

(( Débris sauvé des flots et de Pergame en cendre ;
« Le sommeil sur ses yeux à l'instant va descendre,
« Et je l'emporterai, sous le tiède Orient,
« Dans Cypre ou dans Cythère au fond d'un bois riant.
« Sa présence pourrait tromper mon artifice ;
« Pour une seule nuit, sois mon adroit complice,
« Prends la taille d'Iule et son regard connu ;
« Didon va te presser sur son cœur ingénu,
« Et quand, dans les vapeurs de l'enivrante fête,
« Ses suaves baisers inonderont ta tête,
« Achève d'égarer sa débile raison

« Et verse dans son cœur ta flamme et ton poison. »

Cupidon obéit : il dépouille ses ailes
Et marche, en souriant de ses formes nouvelles.
Vénus sur l'autre enfant verse un sommeil ami,
L'enlève, et dans ses bras le transporte endormi

Au fond des bois de Cypre où, sur la marjolaine,

Floribus et dulci adspirans complectitur umbra.

Jamque ibat, dicto parens, et dona Cupido
Regia portabat Tyriis, duce laetus Achate.
Quum venit, aulaeis jam se regina superbis
Aurea composuit sponda, mediamque locavit.
Jam pater Eneas et jam Trojana juventus
Conveniunt, stratoque super discumbitur ostro.
Dant famuli manibus lymphas, cereremque canistris
Expediunt, tonsisque ferunt mantelia villis.
Quinquaginta intus famulae, quibus ordine longo
Cura penum struere, et flammis adolere Penates.
Centum aliae, totidemque pares aetate ministri,
Qui dapibus mensas onerent et pocula ponant.
Nec non et Tyrii per limina laeta frequentes
Convenere, toris jussi discumbere pictis.
Mirantur dona AEneae; mirantur Iulum,
Flagrantesque dei vultus, simulataque verba,
Pallamque, et pictum croceo velamen acantho.
Praecipue infelix, pesti devota futurae,
Expleri mentem nequit, ardescitque tuendo,

Phœnissa; et puero pariter donisque movetur.

Aux parfums de sa couche il mêle son haleine.

Sûr de vaincre Didon par ses traits séduisans,
L'Amour suivait Achate et portait les présens ;
Il arrive : au milieu d'une couche exhaussée
Sous un dais somptueux la reine s'est placée,
Radieuse et foulant de splendides carreaux ;
Déjà les chefs troyens, cortége du héros,
Sont rangés sur des lits dont la pourpre étincelle.
Aussitôt sur leurs mains l'eau limpide ruisselle,
On présente à chacun des tissus odorans,
Et les dons de Cérès circulent dans les rangs.
Sous les lambris du fond, cinquante jeunes femmes
Élaborent les mets et tourmentent les flammes;
Cent autres du festin disposent l'appareil,
Et cent beaux serviteurs, tous d'un âge pareil,
Placent les lourds bassins et présentent les coupes.
Là, les Carthaginois se serrent en longs groupes ;
Accoudés sur des lits, ils admirent long-temps
La voix du faux Iule et ses yeux éclatans,
Le manteau d'or, le voile à teinte safranée.

Didon, Didon surtout, à l'amour condamnée,

Ille, ubi complexu Eneae colloque pependit,
.Et magnum falsi implevit genitoris amorem,
Reginam petit. Haec oculis, haec pectore toto,
Haeret, et interdum gremio fovet, inscia Dido
Insidat quantus miserae deus. At memor ille
Matris Acidaliœ paulatim abolere Sychaeum
Incipit, et vivo tentat praevertere amore

Jam pridem resides animos desuetaque corda.

Postquam prima quies epulis, mensaeque remotae,
Crateras magnos statuunt, et vina coronant
Fit strepitus tectis, vocemque per ampla volutant
Atria : dependent lychni laquearibus aureis
Incensi, et noctem flammis funalia vincunt.
Hic regina gravem gemmis auroque poposcit,

Implevitque mero, pateram, quam Belus et omnes

De cet enfant si beau, de ces dons précieux,
Ne peut rassasier ni son cœur ni ses yeux;
Le perfide! d'abord par ses caresses feintes
Du confiant Énée il surprend les étreintes,
Puis il court vers la reine; et le voilà vainqueur ;
Elle attache sur lui ses regards et son cœur,
L'asseoit sur ses genoux, l'attire sur sa bouche;
Elle ne connaît pas le poison qu'elle touche
Et quel terrible dieu serpente sur son sein ;
Lui, n'a que trop compris Vénus et son dessein !
Dans cette ame, où se glisse une flamme cachée,
Par degrés s'affaiblit l'image de Sychée,
Et ce feu pénétrant commence à ranimer

Un cœur qui n'avait plus l'habitude d'aimer.

Quand le repos succède à la faim des convives,
On couronne le vin des amphores massives;
Les dômes du palais retentissent de cris,
Et les lustres tombant des splendides lambris
Chassent l'ombre du soir qui règne dans la salle.
La reine, alors, remplit la coupe colossale,

La coupe de Bélus et des fils d'Agénor,

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