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par l'érudition, et souvent par des observations empreintes d'un goût pur et d'un jugement solide. Je ne dois pas oublier Fontaine de Saint-Fréville, estimable professeur qui appartient à la fin du dernier siècle. Voici une citation textuelle de sa préface : « Je « crois que notre langue, entre les mains d'un grand « poète, acquerrait de nouvelles richesses par la traduc« tion de l'Énéide. C'est ce qui m'a encouragé à l'entre« prendre. » Voilà le sublime de la naïveté ! son travail néanmoins atteste l'intelligence du poète latin , et se distingue surtout par une fidélité de sens sèche, mais rigoureuse. Je suis surpris que cette traduction soit restée inaperçue. . L'homme le plus extraordinaire qui ait jamais opéré sur Virgile, est un ancien professeur de notre époque, M. Julien Bonhomme, imprimé en 1829. Les cheveux du lecteur le plus apathique se dressent de stupéfaction à l'aspect de ce livre : c'est une monstrueuse merveille devant qui s'épuise tout ce que Virgile contient d'infandum ! et de mirabile dictu ! Il faut tomber à genoux devant le titre : Essai d'une imitation libre de l' Énéide en vers français, l'auteur, d'après les observations des plus habiles critiques, s'estpermis tous les changemens qu'il a cru nécessaires pour rendre ce poème et son héros plus

intéressans.

Entre les plus récens ou les contemporains, les uns ont oublié qu'ils écrivaient au xIxe siècle , et se sont voués à une barbarie de style qui n'était pardonnable . qu'au temps de Desmazures. D'autres, non contens, de se flétrir à chaque page par les plus honteux contresens, se sont lancés dans de telles aberrations, que leurs traductions semblent plutôt faites de souvenir qu'en présence du modèle. Le goût du public a fait justice de ces publications. Il en est enfin qui ont mérité, par quelques titres, un succès qu'ils conservent encore. Je m'abstiendrai d'en faire ici l'appréciation ; et je m'arrête ; car il est des convenances que je dois respecter, et des critiques qui sont permises à tout autre qu'à moi,

traducteur de Virgile.

DU | . o LIVRE PREMIER . o • • Sujet du Poeme. — Invocation. — Navigation de la flotte

troyenne. — Monologue de Junon ; Eole, à la prière de cette déesse, excite une tempête; description de cette tempête. — Neptune réprime les vents et rend le calme à la mer. — Une partie des vaisseaux aborde le rivage de la Libye. — Vénus s'adresse à Jupiter pour se plaindre des malheurs de son fils Enée. — Réponse de Jupiter, et prophétie de l'avenir de Rome.— Vénus, en costume de chasseresse, se montre à Énée; elle lui raconte l'histoire de Didon, et le dirige vers Carthage, en le couvrant d'une nuée. — Énée, rendu invisible, arrive dans le temple de Junon, où il admire les tableaux de la guerre de Troie.— Didon paraît : elle accueille les Troyens qu'Énée croyait perdus; il se montre lui-même, s'adresse à la reine, et reçoit d'elle une réponse bienveillante. - Achate est envoyé vers la flotte. — Stratagème de Vénus ; Cupidon prend la forme d'Iule.— Description du festin donné aux Troyens. — Didon éprouve un vif intérêt pour Énée; elle lui demande le récit de ses aventures.

LIBER PRIMUS.

Ille ego qui quondam gracili modulatus avena
Carmen, et, egressus silvis, vicina coegi
Ut quamvis avido parerent arva colono,

Gratum opus agricolis; at nunc horrentia Martis

ARMA virumque cano Trojae qui primus ab oris
Italiam, fato profugus, Lavinia venit
Littora. Multum ille et terris jactatus et alto,

Vi superum, sœvae memorem Junonis ob iram.

LIVRE PREMIER.

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JEUNE encore, aux pasteurs j'offris mes premiers sons';
Depuis, quittant les bois, par mes douces leçons
Aux vœux du laboureur j'assujétis la terre;

Aujourd'hui, déroulant des images de guerre,

Je chante ce héros qui, jouet du destin,
Le premier vint de Troie au rivage latin.
Sur la terre et les flots sa fortune poussée

Lutta contre le ciel et Junon courroucée;

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