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je vous fais assavoir tout acertes sans nulle faintise, qu'onques puis que je euz ceste chose encommençée ne changay mon propos, ne feray, tant que Dieu me garde de meschef, ne en mon lignage ne eut onques homme qui ne ait tousjours fait ce que preudomme et gentil doit faire. Et quant ce viendra à la journée, laquelle à l'aide de Dieu sera briefment se par vous ne demeure, je croy qu'il vous sera besoing d'avoir meilleur cuer que d'avoir à faire à homme retrait de son propos. Pour quoy je vous prie que laissons telles paroles qui ne povent porter fruit. Car ce n'est pas fait de chevalerie, ne de gentillesse; mais pensez au fait, ainsi que m'en avez donné espérance. Si vous fais assavoir que on m'a raporté que vous avez, à Calais, entré en place tout seulet contre moy qui estoie du fait tout non sachant, comme cy-dessus est dit, et loing de vous pour lors bien de trois cens lieues. Et se j'eusse fait semblables armes contre vous, là où pour le temps de lors estoie, ce que Dieu ne veuille, je crois que les haubergons n'en feussent jà froissez ne les lances brisées, aussi peu comme les vostres furent. Si eustes vous lors, de vous mesmes le pris sans contredit. Et en vérité je pense que vostredicte entreprinse et journée ne fu onques à meure delibéracion de vos amis conclute, ne par autres qui en ont oy parler ne sera jà loée. Mais non por quant je § vouldroie pas que par semblables fictions colorées, ce qui a esté dit, prononcié et promis par vous, on deist que vous l'avez baillé par paroles sans nul effect. Je vous prie tant chèrement et si acertes comme je puis, que vous me vueillez acomplir mesdictes armes ainsi qu'elles sont en mesdictes lectres devisées, et que je en ay grant de ma peine si la chose n'eust esté par vous emprinse. Et sur ce, ne vous excusez plus par voz lectres que vous dictes avoir à moy envoiées, car j'en suis tout sans coulpe, comme cy-dessus est dit. Si suis prest, sachez de vray, de soustenir et garder mon honneur et qu'il n'y a nulle chose cy-dessus escripte de ma part contre verité, qui du contraire me vouldroit charger. Et pour ce que je ne vouldroye point estre si oportun que je deusse le lieu et la place eslire sans vous le faire savoir, je offre, se voulez, aler devant très hault et puissant prince et mon souverain lige seigneur le Roy d'Arragon, ou devant les rois d'Espaigne, de Portugal ou de Navarre. Et, se nulz de ces princes ne voulez eslire, pour plus estre près de vostre repaire et pour non eslongner de vos marches et de Madame la vostre, à laquelle de mon povoir je vouldroye complaire, je suis prest d'aler à Boulongne, et que vous venez à Calais. Et là où le capitaine de Calais de vostre part, et le capitaine de Boulongne de ma part, et au jour que ces deux vouldront eslire, je suis prest et appareillé de y 'aler et vous acomplir lesdictes armes, ainsi qu'elles sont en mesdictes lectres comprinses, à l'aide de Dieu, de Nostre Dame, de monseigneur saint Michel et de monseigneur saint George. Et non obstant que je suis si loingtain de mon pays, je actendray vostre response jusques à la fin du moys d'aoust prouchain venant, et tandis, pour l'amour de vous, je ne porteray pas le tronçon de grève, combien que plusieurs me aient exorté du contraire. Lequel terme passé, se je n'ay de vous oy nouvelles, je porteray ledit tronson de grève et feray aler poursuivre mesdictes lectres premières par vostre royaume par tout où bon me semblera, tant que j'aye trouvé qui me délivre de ma peine. Et afin que vous adjoustez plus grant foy aux choses dessusdictes, j'ai mis à ces présentes lectres le seel de mes armes et icelles signées de mon seingmanuel, et parties par A B C. Lesquelles furent faictes et escriptes à Paris, le quatriesme jour de septembre, l'an mil quatre cents et ung. »

S'ensuit la tierce lectre de l'escuier d'Arragon envoiée au chevalier anglois.

« Ou nom de la saincte Trinité, de la benoiste vierge Marie, de monseigneur saint Michel l'Ange, et de Mgr. saint George, qui me gecte à mon honneur, je, Michel d'Oris, escuier, natif du royaume d'Arragon, fay assavoir à tous chevaliers anglois, que pour exaulcer mon honneur et quérir à faire armes, j'ay sceu certainement qu'il y a noble chevalerie partie d'Angleterre, et je, désirant avoir votre acointance et d'aprendre de vous les tours et fais d'armes, vous requiers pour l'ordre de chevalerie et pour la riens que plus aymez" que vous me vueillez délivrer des armes qui cy s'ensuivent. Premièrement, d'entrer en la place à pié, etc. Et tout ainsi qu'il est contenu ès premières lectres universelles, excepté qu'il avoit escript en la fin ainsi : Et me offre pour abréger mon fait et pour mieulx monstrer ma bonne voulenté et souveraine diligence, d'estre par devant vostre juge à Calais, dedens deux mois après ce que je auray reçeue vostre response seellée du seel de voz armes, se Dieu me garde d'essoine". Et dedens iceulx deux mois je vous envoieray lesdiz deux chapeaulx et deux selles, et la mesure de tous les bastons dessus diz. Et je prie à cellui qui par sa bonne bonté me vouldra délivrer, que brief je aie sa bonne et honnorable response, si comme j'ay espoir d'avoir des nobles dessusdiz. Toutefois, envoiez moy sauf-conduit, bon et seur, pour toutes choses qui contre moy et ma compaignie pourroient venir, jusques au nombre de trente cinq chevaulx, et que je aye response par Longueville, porteur de ceste. Et pour y adjouster plus grant fermeté, j'ay signé ces lectres de mon seing manuel et seellées du seel de mes armes. Lesquelles furent faictes à Paris, le premier jour de janvier, l'an mil quatre cent et deux. »

1. Pour la riens, c'est-à-dire pour la chose. Ici, la dame.

S'ensuit la quatriesme lectre envoiée par ledit escuier d'Arragon au chevalier anglois.

« En l'onneur de Dieu, père de toutes choses, et de la benoiste vierge Marie sa mère, qui me soit en aide et me vueille par sa grace adrécer et conforter de venir à vraie conclusion de ceste œuvre que j'ay emprise à tous chevaliers anglois, je, Michel d'Oris, natif du royaume d'Arragon, faiz assavoir que naguères, c'est assavoir l'an mil et quatre cens, comme cellui qui pour lors vouloie estre séparé et abstrait de toutes autres cures, aiant en remembrance les très-singulières gloires que nos devanciers du temps de jadis receurent par les très-excellentes proesses qu'ilz firent et monstrèrent en exercices d'armes; lesquelz considérans de cuer acquérir aucune nouvelle loenge et mérite, et pour moy habiliter en aucune chose digne et vertueuse, disposay en mon cuer aucunes armes faire avec aucun chevalier anglois qui délivrer m'en vouldroit par sa proesse. Lesquelles armes accepta, noble et honnorable homme, messire Jehan de Prendegrest, chevalier d'Angleterre, ainsi qu'il peut apparoir par ses lectres cy-après déclairées. Et afin que je puisse venir à conclusion au propos que je tens, j'ay fait incorporer après mes lectres derrenières, audit messire Jehan de Prendegrest naguères envoiées, esquelles toutes les lectres sur ce faictes d'une part et d'autre sont comprinses, desquelles la teneur s'ensuit : « A très-noble personne, etc. » Et puis toutes les lectres jusques à la tierce lectre dudit escuier. Lesquelles lectres je fis envoier à Calais par Berry, roy d'armes, pour bailler audit messire Prendegrest. Et pour ce que ledit hérault, en revenant dudit lieu, raporta lui avoir esté dit de par très puissant prince le conte de Sombreseil , capitaine de Calais, que dedens le mois d'aoust auroit renvoié response desdictes lectres à Boulongne, combien qu'il n'aist pas esté acomply, toutes fois, pour l'onneur dudit seigneur et capitaine de Calais, qui par son humilité s'estoit chargé de renvoier la response à Boulongne, ainsi qu'il fut dit et raporté par Faulcon, roy d'armes d'Angleterre, et aussi pour l'onneur de chevalerie, et afin que par nulle occasion indeue ne soit dit ou temps avenir que j'ay fait mes poursuites trop importunément, j'ay actendu, passé ledit terme

1. Essoine, empêchement, obstacle, embarras. Ce mot a signifié aussi excuse.

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