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strelet est important, nous croyons utile de le reproduire ici. « Monstrelet portoit d'or au sautoir de vair. La terre de Monstrelet est située au comté de Ponthieu ; qui eut pour seigneur dès l'an 1125, un Enguerrand de Monstrelet, qui, selon Franchomme, espousa la fille du sieur de Hardicourt, gentilhomme aussi de Ponthieu, qui portoit de gueules à trois paus de vair. De cet Enguerrand est vraysemblablement descendu nostre Enguerrand de Monstrelet, ce fameux historien, créé grand prévost de Cambray et bailli deWallincourt, l'an 1444. Il choisit sa sépulture aux Cordeliers de Cambray, où il fut inhumé l'an 1453, ayant laissé de sa femme, Jeanne de Valbuon ou Valhuon, une fille nommée Bonne de Monstrelet, alliée avec Martin de Beaulaincourt, surnommé le Hardy, escuyer, fils de Martin et de Marie de Wancquelin, tous inhumés à Cambray, selon les épitaphes qu'en rapporta Rosel, etc. *. » L'auteur de l'article MoNsTRELET, dans la Biographie universelle, rapporte un passage des mémoriaux de Jean le Robert, abbé de Saint-Aubert de Cambrai et contemporain de ce dernier, dans lequel on lit : « Le xx° jour de juillet, l'an xIIII. c. LIII, honorable hons et noble, Engherans de Monstrelet, escuyers, prévost de Cambray et bailli de Walincourt, trépassa et élisit sa sépulture aux cordeliers de Cambray... Il fu né de bas, et fu uns biens honnestes homs et paisibles, et cro

1. Hist. gén. de la noblesse des Pays-Bas, ou Hist. de Cambray et du Cambrésis, par Jean le Carpentier. Leyde, 1668, 2 vol. in-l,, t. II, p.804.

niqua de son temps des gherres de France, d'Artois,
de Picardie et de Engleterre, et de Fland. de ceuls de
Gand contre Mons. le ducs Phelippe, et trespassa xv
ou xvI jours avant que la paix fust faicte, qui se fist en
le fin de jullet l'an xIIII. c. LIII. Loes en soit Dieux et
bénis. » L'auteur de l'article biographique entre en-
suite dans une discussion sur les mots de bas, si
contraires à ceux dont se sert Monstrelet quand il dit,
de lui-même : « Je Enguerran de Monstrelet, issu de
noble généracion, etc., » et il donne une conjecture
qui semble très-acceptable. « M. Farez, dit-il, se-
crétaire perpétuel de la Société d'émulation de Cam-
brai, dans un rapport fait à cette société en 1808,
insinua qu'au lieu de de bas lieu, il devait y avoir
de Ponthieu, contrée où se trouve la terre de
Monstrelet. »
Voyons maintenant s'il ne serait pas possible d'a-
jouter au peu que l'on sait de la vie de Monstrelet, par
un seul fait, il est vrai, mais qui aurait son importance.
M. Ravenel a publié, il y a quelques années, dans le
Bulletin de la Société de l'Histoire de France, une pièce
curieuse ". C'est une lettre de grâce accordée, en 1424,
par Henri IV, roi d'Angleterre, alorsmaître de la France,
à un Enguerran de Monstrelet, coupable de l'un de ces
faits de détroussement sur les grandes routes, si fré-
quents à cette époque. Comme cette pièce se trouve
dans les registres originaux du Trésor des chartes, elle
a une authenticité inattaquable. Aussi toute la diffi-

1. Nous la donnons en appendice à la fin du volume.

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culté est-elle de savoir si c'est bien à notre chroniqueur qu'elle s'applique, ou à tout autre personnage portant le même nom et vivant dans le même temps. Avant tout, voyons ce qu'elle dit : Il a été exposé au roi, de la partie de Enguerran de Monstrelet, capitaine du château de Frévench (Frévent), pour le comte de SaintPol, que vers le mois de février de l'an 1422, alors que les villes du Crotoy, de Noielle, de Rue et de Maisons, en Ponthieu, tenaient le parti d'Armagnac, et que leurs garnisons faisaient de fréquentes excursions à Guise et aux environs, un nommé Jean le Sergent, parent de cet Enguerran, était venu le trouver au château de Frévent, en compagnie d'un Jean de Molliens, « qui long temps a suy les guerres de Nous et de nostre très cher et très amé cousin le duc de Bourgongne. » Ces deux individus passent la nuit au château, et le lendemain matin, ce Jean de Molliens dit à Enguerran de Monstrelet : « Enguerran, se vous voulez estre prest, vous troisième quant vous manderay, je vous feray gaigner bon bustin et de bonne prise. Car j'ay aucuns qui sont mes féables, qui m'ont promis de moy livrer Armignaz, portant grans finances d'or et d'argent. » Enguerran accepte la proposition et promet de se tenir prêt pour le jour qui lui sera indiqué. Six ou huit jours après, retour de Molliens, qui dit à Enguerran qu'il a parlé à l'homme dont il a été question entre eux, nommé Colinet de Grandchamp, dit l'Eschopier; qu'il leur faudra se mettre en route dans deux jours, et qu'une fois arrivés à Lille, ils y auront des nouvelles certaines. Sur quoi Enguerran, son frère, nommé Guilbin de Croix, et son varlet Jacob de Croisectes, avec Molliens et un autre, se rendent à Lille, où ils trouvent Colinet de Grandchamp, qui leur donne l'itinéraire des gens qu'ils guettent. Ces gens doivent venir de Guise à Tournay, de Tournay au Pont à Vendin et de là au Crotoy. On convient que Colinet ira les trouver et que, resté dans leur compagnie, il attendra ses complices au Pont à Vendin. Quand les gens qu'on voulait attaquer passèrent par Pont à Vendin avec ce Colinet, celui-ci fit à ses complices le signal convenu, et aussitôt Molliens, Enguerran et leurs gens se mettent à leur poursuite, les atteignent à une demi-lieue de la ville, les détroussent de quatre à cinq cents écus qu'ils portaient, et les laissent là, après avoir coupé les sangles et les brides des chevaux. Le coup fait, Enguerran et Molliens se dirigent sur la ville de Saint-Pol et, à quatre ou cinq lieues avant d'y arriver, se partagent leur butin. Puis Enguerran s'en retourne au château de Frévent, où, huit jours après, un Colart Janglet, qui avait épousé la sœur dudit Colinet l'Eschopier, vint le trouver et lui dire que ce Colinet avait fait détrousser Jean le Vasseur son beau frère, et avec lui trois ou quatre marchands d'Abbeville, ajoutant que le bruit courait que lui Enguerran avait été complice du fait. Enguerran avoue, s'excusant sur ce que Molliens et Colinet lui avaient donné à entendre que le coup serait fait contre les ennemis, mais que s'ils l'avaient trompé il était prêt à faire restitution. Là-dessus un premier rendezvous à Arras avec les parties lésées, puis un second à Abbeville, où, par l'entremise de Jean de Maillefeu, autre parent d'Enguerran, les marchands s'accordent avec ce dernier et se déclarent satisfaits. Cependant la justice ayant commencé des informations, Enguerran s'adresse à la clémence royale et en obtient sa grâce, « en considéracion des bons et agréables services faiz à Nous et à nostredit cousin le duc de Bourgongne par ledit Enguerran, en noz guerres et autrement. » Tel est en substance le récit de cette longue pièce, récit dont toutes les circonstances semblent s'appliquer fort bien à notre chroniqueur. D'abord c'est le même nom : Enguerran de Monstrelet. Il est capitaine d'un château situé en Ponthieu, et notez bien, pour le comte de Saint-Pol. C'était alors Philippe de Bourgogne, second fils d'Antoine duc de Brabant et de Jeanne de Luxembourg, fille de Waleran de Luxembourg, comte de Saint-Pol. Il devint comte de SaintPol à la mort de son beau-père, en 1415. Or Monstrelet passe pour avoir écrit son histoire pour la maison de Luxembourg. D'un autre côté, si l'on accepte la date de 1390, donnée par la plupart des biographes pour celle de sa naissance, le fait dont nous parlons étant de l'année 1422, il aurait eu alors trente-deux ans, âge où il est encore permis jusqu'à un certain point de faire des sottises. Qui sait même si celle-là, un peu forte nous voulons bien l'avouer, mais qui après tout n'était pas de celles qu'on ne pardonnait pas, surtout au xv° siècle, ne l'aurait pas amené à faire un sage retour sur lui-même et à embrasser un genre de vie tout autre. A ce point de vue, cette date de 1422 serait une époque bien

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