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grant nombre, s'en retourna hors d'icellui, embrasant et boutant les feux par tout, à tous ses gens, qui estoient grandement remplis de leurs biens qu'ilz avoient trouvez, et revint en son pays de Haynau pour de rechef assembler plus grant puissance avec celle du duc de Bourgongne en intencion de retourner oudit pays de Liège et combatre les dessusdiz Liégois. Ouquel temps avoit forte guerre entre les Espaignolz et les Sarrasins de Grenade. Car le roy d'Espaigne, grandement acompaigné de ses Espaignolz et de messire Robinet de Braquemont, chevalier, natif de Normendie, si entra en vingt quatre galées, lesquelles estoient bien furnyes de gens de guerre, et ala combatre sur la mer lesdiz Sarrasins qui avoient vingt deux galées bien armées, qui du tout furent destruites et ceulx de dedens mis à mort". Esquelz jours le roy de Hongrie escripvi lectres à l'Université de Paris, desquelles la teneur s'ensuit : « A vénérables, sages et prudens hommes, le recteur et Université de l'estude de Paris, noz devoz et amez. » La narracion si estoit : « Nobles hommes et très renommez en science par tout le monde. Nous avons reçeu agréablement vostre épistre, pleine de subtilité de sentence et aornée [d'] éloquence de paroles, réputans vostre cure et estude estre piteuse et dévote et très agréable au Saint-Esperit et très prouffitable à tous chrestiens icelle opinion par toutes pars et par toute raison. Car telle abhominacion pour le présent est eslevée et révélée en l'Eglise de Dieu, que nous considérons que tous chrestiens de cuer, de pensée et de œuvre devroient à Dieu faire plaisir afin que par sa grace y voulsist pourveoir de remède convenable, c'estassavoir scisme et division, qui jà a duré par l'espace de trente ans, feust adnichilé et destruit par vraie union. Car, se briefment à ce n'est remédié, il est à doubter que par ceste double division ne s'ensuivent trois divisions. Et pour ceste cause et aucunes autres, nous avons envoyé nostre orateur à très chrestien prince nostresire le roy de France afin que nostre légacion à estre envoiée devers lui et son conseil ne feust point empeschée, tant par les mescréans, comme par autres. Par laquelle à lui requérons féablement qu'il nous envoie aucun de sa noble, haulte et puissante lignée pour nous aider et conseiller de noz afaires comme nous avons espérance qu'il le fera, sachans, que se ce il nous octroye, nous serons tousjours prestz à le servir et lui faire plaisir, comme autrefoiz avons esté. Donné à Romme, le xI° jour de juing, et de nostre règne le xxII° an ". » furent tous deux mis et monstrez moult longuement à tous ceulx qui les vouloient veoir. Et avoit escript esdictes mitres : « Ceulx cy sont desloiaulx à l'Eglise et au Roy. » Et après ce, furent amenez au Louvre sur ledit tumbereau comme dessus ". Et lendemain s'assembla ledit conseil au palais où estoit présent, ou lieu du Roy, le chancelier de France. Ouquel lieu, maistre Ulfin Talevende*, natif de Normendie, docteur en saincte théologie, très renommé, proposa de par l'Université de Paris et print son theume de la centiesme pseaulme : Fiat pax in virtute tua, en adréçant ses paroles à la personne du Roy et aux autres seigneurs de son sang là estans présens, de par ladicte Université, en les exortant qu'ilz voulsissent entendre partoutes manières qu'il seroit possible, de faire cesser ce périlleux scisme et à leur povoir procurer la paix et union de saincte Eglise universelle, remonstrant de rechef la mauvaistié dudit Pierre de La Lune par très clères raisons, disant qu'il estoit scismatique et hérétique obstinéement, qui ne devoit point estre nommé pape Benoist, ne cardinal, ne par aucun nom de dignité, et que nul ne devoit obéir à lui, sur peine deue aux favorables à hérésie. Et racompta moult de foiz aucuns cas des papes de Romme convenables à son propos, et la conclusion du derrenier concile, laquelle fut, que se ledit Pierre de La Lune et son adversaire ne faisoient paix et union en l'Eglise dedens l'Ascension, comme ilz avoient promis, tout le royaume de

1. Il n'est pas facile de deviner de quelle expédition contre les Maures veut parler ici notre chroniqueur. Le roy d'Espaigne, c'est-à-dire le roi de Castille était alors un enfant de trois ans (Jean II); à la vérité son oncle Ferdinand de Castille, qui était régent, combattit fréquemment les Maures, et même finit par prendre sur eux la ville d'Antequerra en Andalousie, l'an 1410.

1. Il s'agit ici de Sigismond, roi de Hongrie en 1392, à la mort de sa femme, Marie, surnommée le Roi-Marie. Il l'avait épousée en 1386, ce qui justifie la date de vingt-deuxième année de règne que donne ici la pièce. Sigismond fut élevé à l'empire en 1 41 1 .

CHAPITRE XLIII.

Comment les prélas et gens d'église de toutes les parties de France furent mandez à Paris. Et de la venue de la Royne et de la duchesse

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En ces mesmes jours furent mandez en la plus grande partie du royaume de France et du Daulphiné, les prélas et gens d'église ou leurs procureurs, à venir à Paris devers le Roy et son conseil pour avoir advis et délibéracion, principalement sur l'union de l'Eglise, et aussi sur autres besongnes touchans le bien et honneur de la personne du Roy et de son royaume. Lesquelz y vindrent en très grant nombre, et se assemblèrent la nuit saint Laurens en la grant salle du palais, environ huit heures du matin", où estoit le président, ou lieu du Roy qui estoit malade, et le chancelier de France; et y célébra la messe solemnellement, l'arcevesque de Toulouse. Après laquelle, ung maistre en théologie, très révérend, de l'ordre des Frères Prescheurs, proposa notablement en la présence du duc d'Orléans et du duc de Berry et de plusieurs autres gransseigneurs avec le Recteur de l'Université et grant multitude de clergié. Si print son theume en disant : Que pacis sunt sectemur, et que edificacionis sunt invicem custodiamus. Ad Ro. IIII°. C'est à dire, monseigneur Saint-Pol dist aux Rommains ou troisième chapitre de son épistre : Nous devons ensuivir les choses de paix, et garder ensemble les choses qui

1. C'est le 47° concile de Paris, tenu du 11 août au 5 novembre 1 408.

pevent bailler édificacion. Lesquelles proposant, dist
moult de choses de la paix, concorde et union, devoir
estre mise en l'Eglise. Et le demena par manière de
procès longuement et éloquentement, en disant com-
ment Pierre de La Lune, du premier jusques au derre-
nier s'estoit très mauvaisement porté à procurer la
paix et union de l'Eglise, demonstrant icellui estre
scismatique et hérétique obstiné en mal, et moult
parla de ladicte obstinacion en déclarant icelle par six
manières. Pour laquelle chose le roy de France avoit
autrefoiz fait neutralité contre lui, en lui soubztraiant
de son obéissance.
Après ce, icellui proposant nota, par poix, les choses
contenues en ladicte lectre faicte en manière de bulle,
en démonstrant comment elle estoit pleine de fraude
et de décepcion, offensive de la majesté royale, et que
pour ce, tous ceulx, là estans, avoient esté mandez de
par le Roy afin que les choses dessusdictes leur feus-
sent notifiées et que sur ce ilz baillassent conseil, aide
et faveur au Roy, pour avoir paix et union en ladicte
Eglise, comme ils estoient tenus. Et pendant que ces
choses furent dictes et faictes, maistre Sansieu Leleu*
et le messager de Pierre de La Lune qui avoit apporté
au Roy la lectre dessusdicte, tous deux Arragonnois,
mitrez et vestus de habillemens où estoient figurées
les armes de icellui Pierre de La Lune renversées, fu-
rent amenez moult honteusement et deshonnestement
sur ung tumbereau, du Louvre en la court du palais.
Et prestement, près de la pierre de marbre, au bout
des grans degrez, fut élevé ung eschafault sur lequel

1. Autrement dit Sanche Lopez. (Voy. plus haut, p. 257.)

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1. Cette scène se passa le 20 août (1408). Chr. de Ch. FI, t. IV, p. 58.

2. Le Religieux de Saint-Denis qui ne le nomme pas par son nom, dit qu'il était de l'ordre des Trinitaires ou Mathurins.

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