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le Roy est tenu de faire justice à tous ses subgetz et garder à un chascun son droit, et ce pour six raisons touchées au commencement. Tant qu'à la première raison qui est fondée en l'estat de dignité royale, est à noter que dignité royale principalement est instituée à faire justice. Le Roy vraiement au regard de ses subgetz est ainsi comme le pasteur au regard de ses oailles, comme dit Aristote ou vIII° chapitre d'Ethiques, c'est à dire des Moralitez, et ou v° de Politique, c'est à dire des Gouverneurs des citez, où il déclaire comment le Roy est tenu de conserver justice. Et ou livre Du gouvernement des princes : Justicia , inquit, regnantis uberior est subditis quam fertilitas ipsius, C'est à dire que la justice du régnant est plus proufitable aux subgetz que n'est sa fertilité ou richesse. Et le prophète dit : Honor, inquit, regum judicium diligit. L'onneur du Roy, dit-il, ayme jugement. Ceste justice de quoy est faicte mencion, ce n'est autre chose que garder à un chascun son droit. De laquelle parle Justinien l'empereur, ou premier livre des Constitucions, disant : Justicia est constans voluntas jus suum unicuique tribuens*. C'est à dire, justice est ferme et estable, baillant à ung chascun son droit. Et est à considérer que justice ne doit point estre réglée selon le plaisir de la voulenté, mais aincois par les lois escriptes. Considérez donques comment il vous est ordonné faire justice, et comment à ce vous estes obligié. A vous donques, la dame d'Orléans et ses enfans adressent leurs paroles, requérans justice, laquelle vous

1. C'est la belle définition qui ouvre les Institutes : Justitia est firma et constans voluntas jus suum cuique tribuendi.

devez aymer et garder comme vostre propre dominacion et royaume. Considérez les exemples et les fais des anciens qui tant aymèrent justice, comme il appert par cellui qui voiant que son filz avoit desservi à perdre les deux yeulx, volt que son filz perdist ung oeil, et lui propre en perdist ung, afin que les lois qui estoient adonques ne feussent point violées, ne corrompues. Ainsi le récite Valère en son VI° livre. Et Hélinand raconte vérité du roy Cambises, qui commanda escorcher ung faulx juge et fist mectre la pel sur la chaière * dudit juge, et puis après y establi et constitua le filz dudit faulx juge et le fist asseoir en la chaière de son père comme juge, en lui disant : « Quant tu jugeras aucune chose, ce que j'ay fait à ton père te soit un exemple, et sa pel tenant à ton siège te soit en mémoire. » O roy de France! il te souviengne de la parole que dist David quant le roy Saul le persécutoit injustement : Dominus, inquit, retribuet uni cuique secundum justiciam suam. C'est à dire nostre seigneur Dieu retribuera à ung chascun selon sa justice. Ces paroles sont escriptes ou premier livre des Roys, ou xvi° chapitre. Tu, donques, dois faire semblablement selon ton povoir comme vray ensuiveur de Nostre Seigneur, et subvenir et aider à la partie qui est blécée et injustement persécutée. Item, tu dois avoir en ta mémoire comment Androniche, cruel persécuteur et homicide, fut condempné à mort ou lieu où il avoit occis le prestre de la loy, comme il est escript ou livre des Machabées. O roy de France ! prenez exemple au roy Daire, qui bailla à dévorer aux lyons ceulx qui mauvaisement avoient accusé Daniel le prophète. Considère la justice exécutée sur les deux viellars qui par leur faulse accusacion avoient condempné Susanne. Ces choses-cy apparent et sont escriptes ou livre de Daniel le prophète, ou vi° et xIIII° chapitres. Ces exemples te doivent esmouvoir, comme roy et souverain, à justice. Car, ainsi que tes subjects doivent à toy obéir, en telle manière es tu tenu de leur faire justice. Et, ainsi que le subject peut forfaire en désobéissant, aucuns pourroient doubter et proposer que le subject se pourroit exécuter" avec tous ses biens, pour le refus de justice et équité. Sire ! il te plaise considérer ceste parole. Car pour justice tu ne dois rien doubter, comme je déclaireray cy-après. Et pour conclusion de ceste première raison, dist la parole qui est escripte ou livre de Job, ou III° chapitre : Cum justicia indutus sum et vestivi me vestimento et dyademate in coronacione mea. C'est à dire, je me suis vestu de justice et en ay le vestement, et mis le dyadème en ma coronacion. Conséquemment, très noble prince, je dy que amour fraternelle te doit très grandement ensuyr et incliner à faire justice. Car, comme je croy, frères ne pourroient avoir plus grant amour ensemble que vous aviez. Soies donc vray amy à ton frère en jugement et en justice. Car ce sera grant reprouche et très grant honte à toy et à la couronne de France par tout le monde, se justice et réparacion n'est faicte de la mort de ton frère, si cruelle et infâme. Maintenant est venu le temps que tu dois démonstrer amour fraternelle. Ne soies pas des amis de quoy parle Le Sage ou vIII° chapitre du livre de Ecclésiastique, disant: Est amicus socius mense et non permanebit in die neccessitatis. C'est à dire, tu trouveras ung ami qui te tendra bonne compaignie à la table et tandis que tu seras en prospérité, mais il ne te sera point amy au jour de ta nec· cessité. Maintenant, comme neccessité le requiert et désire, démonstre toy tel vray ami que tu ne soies appellé du tout le monde fautif ami ; duquel parle Aristote ou Ixo chapitre des Moralitez. Qui, inquit, fingit se esse amicum et non est, pejor eo qui facit falsam monetam. Celui, ce dit Aristote, qui se feint estre ami et ne l'est point, il est pire que cellui qui forge faulse monnoye. Se aucuns te dient que partie adverse soit de ton sang et de ta parenté, néantmoins tu dois hayr son péchié. Tu dois garder justice entre deux amis, selon le dist de Aristote ou second livre des Moralitez : Duobus, inquit, existentibus amicis sanctum est prehonorare veritatem. C'est à dire, c'est ferme chose et honnorable prehonnorer vérité entre deux amis. Il te souviengne de l'aspre amour qui estoit entre toy et ton frère. Non mie que par ce je te vueille attraire à faveur, mais tant seulement je te exorte à vérité et à justice. Hélas! ce seroit petit cuer et peu de bien, estre filz et frère de roy, se ceste mort si cruelle sans réparacion estoit mise en oubli, actendu que cellui qui le fist occire le devoit aymer comme son frère, car en la Saincte Escripture les nepveux et cousins germains sont appellez frères, comme il appert ou livre de Genèse de Abraham qui dist à Loth, son nepveu : Non sit objurgium inter te et me, fratres enim sumus. C'est à dire, tençon ne soit point entre toy et moy, car nous sommes frères. Et saint Jaques estoit appellé frère de Nostre Seigneur, et toutesfois ce n'estoit que son cousin germain. Dont tu peuz dire à partie adverse la parole que Nostre Seigneur dist à Cayn, après qu'il eut occis son frère Abel : Vox sanguinis fratris tui clamat ad me de terra. C'est à dire, la voix du sang de ton frère crie à moy de la terre. Et certainement la terre crie et le sang se complaint, et cellui n'est pas bon homme qui n'a compassion de telle mort si cruelle. Et n'est point merveilleuse chose se je dy que partie adverse ressemble à Cayn, ou que en lui je voy moult de similitudes de Cayn. Car, ainsi que Cayn, meu par envie, occist Abel, son frère, pour ce que Nostre Seigneur avoit reçeu ses dons et sacrifices et il n'avoit point les siens regardez, et pour tant il machina en son cuer comment il pourroit son frère occire. Et en telle manière, partie adverse, c'estassavoir le duo de Bourgongne, meu par envie, car mondit seigneur d'Orléans estoit agréable et acceptable au Roy, il machina en son cuer sa mort, et finablement il le fist cruellement et traitrement occire, comme il sera cy après déclairé en la seconde partie. Après, ainsi comme Cayn par convoitise chey en celinconvénient, partie adverse en telle manière meu de convoitise fist ce qu'il fist, veu la manière qu'il tint.et comme il se maintint devant et après la mort de mondit seigneur d'Orléans. . En oultre je treuve que Cayn est interprète acquis, ou acquisition. Par tel nom peut estre partie adverse nom

1. Chaière, d'où chaire, et plus tard chaise.

1. Ce passage est à remarquer. Par les mots le subject l'orateur entend évidemment désigner le duc de Bourgogne, et il y a ici une exhortation bien claire au Roi, de confisquer les terres du duc de Bourgogne. « Car pour justice tu ne dois rien doubter », lui est-il dit.

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