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tu escheu de paix en très grande tribulacion. O toy, duc de Berry, pleure ! qui as veu le frère du Roy, ton nepveu, finer sa vie par grief martire pour ce qu'il estoit filz et frère de Roy et non pour autre chose. O tu, duc de Bretaigne! pleure l'oncle de ton espouse, qui grandement t'amoit. O tu, duc de Bourbon, pleure ! car ton amour est enfouye en terre. Et vous tous autres, nobles princes, pleurez, car le chemin est ouvert pour vous faire mourir traitreusement et sans défier. Pleurez, hommes et femmes, povres et riches, jeunes et vieulx, car la doulceur de paix et de transquilité vous est ostée estant, que le chemin vous est monstré d'occire et mectre guerre entre les princes, par lequel vous estes en guerre et en misère et en voie de toute destruction. O vous ! hommes d'église et sages, pleurez le prince qui très grandement vous aymoit et honnouroit. Et pour l'amour de Dieu, vous clercs, et nobles hommes de tous et divers estats, considérez comment en ces choses doresenavant vous ferez. Car jà soit ce que partie adverse vous ait déceuz par sa faulse induction et pour ce avez esté à lui favorables, néantmoins puisque vous congnoissez cel homicide, lequel partie adverse a perpétré, les faultes et mençonges en son libelle diffamatoire proposées, et conséquemment l'innocence de monseigneur d'Orléans, et doresenavant vous lui baillez faveur en quelque manière, sachez ce estre contre le Roy, et par ce vous encherrez en péril de perdre corps et biens, comme autre foiz on a veu en cas semblable. Entendez donques, princes et hommes de quelque estat que vous soiez, à soustenir justice contre ledit de Bourgongne, qui par l'omicide par lui commis a usurpé la dominacion et auctorité du Roy et de ses filz , et a soustrait grant aide et consolacion, car il a mis Ie bien commun en grande tribulacion, en confundant les bons status sans vergongne, en soustenant son péché contre noblesse, parenté, serement, aliances et asseurances, contre Dieu et la court de tous ses sains. Cest inconvénient ne peut estre réparé ou apaisé fors par le bien

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| de justice. Et c'est la cause pour quoy madame d'Or

léans et ses filles vinrent à toy, sire Roy, et à vous tous du sang et conseil royal, à vous suppIians que vous vueillez considérer l'injure faicte à iceulx, icelle parer par la manière qui tantost vous sera requise par son conseil, et par toutes autres manières qu'il pourra estre fait, afin que par tout le monde soit divulgué que monseigneur d'Orléans fut occis cruelement et injustement, et diffamé faulsement. Et en ce faisant, vous ferez vostre devoir comme vous y estes tenus, et dont vous pourrez acquérir la vie éternelle, selon ce qui est escript ou xxi° chapitre du livre des Proverbes : Qui sequitur justiciam inveniet vitam et gloriam. C'est à dire, qui ensuivra justice, il trouvera vie et gloire. Laquelle nous octroit, cellui Dieu qui vit et règne sans fin par tous les siècles des siècles. Amen.

CHAPITRE XLV.

Comment les conclusions se prindrent contre le duc de Bourgongne * cause de la complainte faicte par la duchesse d'Orléans et ses enfans. Et la response qui leur fut faicte par le chancelier de France.

S'ensuivent les conclusions de ladicte proposicion, laquelle prestement [fut] faicte par ledit maistre Guillaume Cousinot, leur advocat et conseiller, auquel fut

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adjoinct le chancelier de France, de par le Roy, afin
qu'il feist telles conclusions qu'il plairoit à ladicte
dame et audit seigneur d'Orléans son filz. Lequel ad-
vocat, après plusieurs excusacions, afin qu'il venist
ausdictes conclusions et monstrast le cas estre piteux
et favorable, print le theume qui s'ensuit : Hec vidua
erat, quam cum vidisset Dominus, misericordia motus
est super eam. Ces paroles sont escriptes en l'évangile
du dimanche ensuivant, ou vII° chapitre de saint Luc.
Et est à dire : qu'il estoit une vesve, et quant Nostre
Seigneur la vyt, il fut meu de miséricorde sur icelle.
Très noble prince", quant Nostre Seigneur entra en
une cité nommée Naym, voiant le corps d'un jeune
homme porté en sépulture, et quant il ot regardé la
mère dudit jeune homme, qui vesve estoit, il fut meu
de pitié sur icelle pour ce qu'elle estoit vesve, et lui
restitua son filz.
Très véritablement je puis dire de ma dame d'Or-
léans les paroles dessusdictes, c'estassavoir qu'elle
estoit vesve, laquelle plaint et gémit la mort de son
seigneur et mary, de laquelle et de son fait doit après
ensuivir. Et Nostre Seigneur fut meu sur icelle. C'est
le Roy, qui est nostre sire, tant qu'à la dominacion
terrienne. Et non mie tant seulement icellui, mais
aussi le seigneur d'Acquitaine et autres princes et sei-
gneurs terriens de tout le monde et gens quelzconques,
voians madame d'Orléans ainsi desconfortée doivent
estre meuz à compassion, en lui donnant confort et
aide et lui faire bonne justice de la cruelle mort de

1. C'est la leçon du ms. Suppl. fr. 93. Le nôtre et celui qui porte le n° 8345, mettent : princesse.

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son mary. Et jà soit ce que en tous cas et en tous temps justice doye estre observée à ung chascun , pour tant que c'est bonne œuvre et méritoire, selon ce qu'il est escript ou c et v° pseaume : Beati quz czz.stodiunt judicium et faciunt justiciam in omni tempore ; c'est à dire, bien eureux sont ceulx qui gardent jugement et font justice en tous temps; toutesfoiz, au regard des vesves qui ont perdu leurs maris et des orphenins qui sont privez de leur père, justice cioit veiller plus diligemment et plus habundamment que ès autres cas. Et selon tous les drois divins, canoniques et civilz, justice doit secourir aux vesves et enfans orphenins, sur tous autres. Nous avons ce, premièrement en la saincte Escripture, ou xxII" chapitre de Jhérémie : Facite judicium et justiciam et liberate vi oppressum de manu calumpniatoris pupillum et viduam. C'est à dire, faictes jugement et justice, et délivrez celui qui est opprimé par force, de la main de l'imposant faulsement par péchié d'aultrui, et délivrez l'orphenin et la vesve. Tant qu'au droit canon, les décrets dient que c'est propre chose aux roys faire jugement et justice, et délivrer de la main des oppressans les orphenins et les vesves, qui plus légièrement sont opprimez des puissans. Tant qu'est au droit civil, il est tout cler que l'orphenin et la vesve sont espécialement privilegiez en plusieurs cas, comme il est escript en plusieurs lieux. Maintenant, madame d'Orléans a perdu son mary, ses filz ont perdu leur père. Certainement, s'il feust trespassé de mort naturelle, le cas ne feust point si piteux. Mais il leur est osté malicieusement en la fleur de sa jeunesse. Et en vérité ce présent cas est si piteux que toutes lois, usages et

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stiles doivent estre interpretés et exposez en la faveur d'iceulx contre partie adverse. Et premièrement, tant qu'est au Roy, nostre souverain seigneur, il y est tenu et obligié espécialement du commandement de Dieu, auquel il ne peut, ne doit estre inobédient sur peine de péché mortel et mectre sa dominacion en voye de perdicion, comme il est escript en Jhérémie, ou chapitre dessusdit : In memetipso juravi, dicit Dominus, quia in solitudine erit domus vestra. C'est à dire, j'ay juré par moy mesmes, dist Nostre Seigneur, que, si vous ne faictes justice, vostre maison sera en désert. Et ce se concorde assez à la response que fist saint Remy au roy Clovis quant il le baptisa. Ledit Roy demanda à saint Remy com longuement durroit le royaume de France, et saint Remy lui respondi qu'il durroit ainsi longuement que justice en icellui régneroit. Donques, au sens contraire, quant justice cessera, la dominacion finera. Dont, du Roy peut estre dit ce qui est escript ou droit canon : Quod justicia est illud quod confirmat imperium. C'est à dire, que justice est la chose qui conferme tout empire ou royaume. Et toy, duc d'Acquitaine, tu es cellui qui est tenu, après le Roy, à faire bonne justice, selon ce qui est escript en la pseaulme : Deus, judicium tuum regi da, et justiciam tuam filio regis. C'est à dire, ô tu, Dieu, donne au Roy ton jugement, et au filz du Roy ta justice. Tu es l'ainsné filz du Roy, auquel, par la grace de Dieu tu es à succéder et à estre nostre roy et seigneur. Entens à ce, pour l'amour de Dieu, car à toy espécialement appartient. Se tu n'y mets la main, quant tu vendras à ta dominacion, par aventure tu trouveras icelle destruicte et désolee, car chascun prendra sa part, chas

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