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trat donna à l'Académie dans ces audiences parti culières et intérieures fut qu'elle travaillât sans délai à s'assurer une situation tranquille et permanente en poursuivant au parlement la vérification des lettres patentes confirmatives à ses statuts, et, pour la mettre en état de s'y présenter, il fit aussitôt expédier les lettres d'adresse nécessaires, et il eut la bonté d'instruire les députés de la conduite qu'ils devoient tenir pour terminer cette affaire avec succès.

En conséquence, M. de Charmois, assisté des principaux officiers de l'Académie, se rendit chez M. Meliand, alors procureur général du parlement, homme rempli de zèle pour l'honneur des arts et ami particulier de plusieurs des grands maîtres dont fut composée cette députation. Elle eutpour objet d'obtenir les conclusions de ce magistrat pour l'enregistrement pur et simple des lettres patentes en question. Il fit connoîtreaux députés de l'Académie qu'elle avoit été prévenue par les jurés de la maîtrise; que ceux-ci avoient formé opposition à cet enregistrement il y avoit déjà du temps, et qu'ainsi l'affaire ne pouvoit plus être terminée que par une procédure en règle et par un arrêt contradictoire ; il les combla, au surplus, de politesses, et les assura de toute la faveur et de tous les bons offices qu'ils pouvoient attendre de sa personne ou de son ministère.

L'Académie, instruite de cet incident, délibéra sur le parti qu'elle avoit à prendre en cette occurrence : celui d'avancer, de perfectionner et de faire fleurir les exercices publics de la nouvelle école, l'emporta aisément sur tout autre chez des hommes aussi passionnés qu'ils l'étoient pour la gloire de leur art et le succès de cet établissement. Ils regardèrent ce succès comme la voie la plus naturelle et la plus sûre pour mériter de plus en plus l'appui du trône et les suffrages des personnes d'autorité véritablement animées de l'amour du bien public; enfin ils se flattèrent que le procès dont ils étoient de nouveau menacés ne manqueroit pas de tomber de lui-même, dès qu'une fois il seroit bien établi et bien notoire que défendre ce bien et maintenir leurs constitutions et priviléges ne composeroient plus qu'une seule et même cause et un seul et même intérêt.

Pénétrés de ce sentiment, ils s'y livrèrent avec une émulation sans réserve et vraiment digne d'eux; les études académiques en reçurent un nouvel éclat; chacun s'y portoit avec une nouvelle chaleur et s'y signaloit avec une assiduité et une ferveur merveilleuses. M. de Charmois comme les autres y assistoit et les cultivoittrès régulièrement; il y régnoit une décence, une politesse, une cordialité, qui ne firent pas moins d'honneur à l'assemblée et à la profession que les rares talents dont on leur vit faire la preuve et former une espèce de concours. Ce fut un spectacle bien admirable et bien touchant que de voir tous ces grands maîtres de l'art que l'Académie possédoit alors se mêler parmi cette jeunesse studieuse et soumise, la prévenir d'amitié et de secours, et se montrer également attentifs à former son esprit à la science, et son cœur au noble attrait d'obliger agréablement. Si, après avoir déjà touché à cette matière, l'on y revient encore, c'est pour ne rien omettre de ce que ces premiers beaux jours de notre heureuse constitution eurent de consolant et d'admirable, et afin d'en offrir à nos successeurs jusqu'aux moindres détails, dans l'espérance de les leur rendre aussi utiles comme objets d'imitation qu'ils nous l'ont été par la contemplation et l'application actuelles. Mais, pour produire cet effet sans aucune restriction, il paroît nécessaire d'achever tout à fait le tableau.

L'ordre général observé librement dans nos exercices et par le seul amour de l'art n'offroit pas aux amateurs des beaux arts, que la réputation de ce qui s'y passoit attiroit en grand nombre, un spectacle moins satisfaisant et moins profitable que ce qui vient d'être expliqué.

Pendant que le modèle étoit en attitude, chacun, dans un profond silence, dessinoit d'après avec une vive et forte application. Dans les intervalles où il falloit qu'il se reposât, la jeunesse montroit ses desseins à l'ancien en mois singulièrement chargé de son instruction ou à ces autres excellents maîtres qu'elle avoit à ses côtés, et qui l'accueilloient de leur sentiment. Ce n'étoient d'abord que des avis particuliers ; c'étoient ensuite des observations plus générales et qui imperceptiblement tournoient en dissertations savantes et lumineuses sur les principes du dessin en tant que simple imitation, sur la manière d'enrichir et d'anoblir celui qui se fait d'après le naturel des beautés de l'antique, sur le caractère et le mérite de celui des grands hommes de l'école romaine et de celle de Boulogne , enfin sur tout ce qui pouvoit avoir rapport à cette partie fondamentale des beaux arts. La plupart de ceux qui en dévoiloient là et en expliquoient les plus sublimes mystères auroient pu les démontrer bien mieux encore par les ouvrages qui se trouvoient sous leur main; souvent l'on prolongeoit ces moments d'intervalle pour les rendre plus fructueux à cette jeunesse nombreuse et avide de savoir et qui sembloit dévorer cette excellente nourriture, moins admirable encore par sa solidité que par l'apparente simplicité de son apprêt ; enfin cette école, dès ses premiers jours, pour ainsi dire, remplit pleinement les plus fortes espérances de ses promoteurs les plus zélés et les plus délicats.

Charmés d'une telle réussite, ils crurent donc pouvoir remettre à un autre temps l'affaire de l'en registrement des lettres patentes. L'on a prétendu qu'en cela ils firent une grande faute. Ils avoient déjà fait celle d'avoir laissé relever les jurés de l'extrême abattement oùles avoit jetés l'avénement glorieux de l'Académie; n'en étoit-ce pas une autre de leur donner en cette occasion un plein loisir de se ressaisir de leurs armes ordinaires, la chicane et les manéges souterrains, et de s'exposer à en recevoir les atteintes les plus dangereuses? Mais ces hommes vertueux qui défendirent alors nos droits ne suivoient que leurs attraits dominants, la gloire et l'avancement des beaux arts; ils dédaignoient et ignoroient tous ces moyens odieux que suggèrent l'animosité et l'avarice ; la noblesse et la pureté de leurs intentions leur inspiroient une sécurité que l'arrêt du conseil du 19 mars précédent étoit venu augmenter encore. Ils n'appréhendoient plus, et cela leur suffit, d'être troublés dans la paisible possession de leurs exercices et de leur état par les officiers du Châtelet, après les dispositions de cet arrêt et après les mesures prises par M. le Chancelier auprès du chef de cette juridiction.

Ces mesures cependant n'empêchèrent pas le procureur du roi de ce tribunal de faire en ce temps une tentativepour soumettre l'Académie à son autorité; c'étoitM. Bonneau qui remplissoit alors cette charge, et il étoit extrêmement attentif à en faire valoir les droits pour parvenir à les étendre jusque sur ce nouvel établissement. Il usa d'abord d'un dé

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