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maîtrise étoient tous amis particuliers de la plupart des académiciens. Il étoit difficile que ceuxci se défendissent contre l'illusion que leur pouvoit faire un pareil attrait. 3o Ils se flattoient de parvenir, avec l'aide de ces amis sages et vertueux, à purifier la maîtrise de la corruption qui s'y étoit glissée, à rectifier ses maximes et ses façons de procéder, et à faire exercer avec honneur et avec probité le trafic des ouvrages de l'art et l'entreprise des autres travaux délaissés par l'Académie à ses suppôts. 4° Au pis aller, nos bons collègues regardoient comme un avantage considérable la cessation de tous procès et démêlés, que procuroient déjà les seuls préliminaires de la jonction et la vérification paisible de nos lettres-patentes, et partant la pleine et inaltérable jouissance de nos priviléges et droits, qui en devoit être le sceau. 5° Enfin la ressource plus facile et plus abondante pour le soutien de l'école académique, qu'ils découvroient dans une association si nombreuse, leur fournit une dernière raison qui leur parut mériter d'autant plus de considération que tout le monde savoit combien cette école en avoit besoin.

Les motifs qui portoient les chefs de meute de la jurande à désirer la jonction étoient moins purs, mais n'en étoient pas pour eux moins pressants. Rien ne leur tenoit tant à cour que la validation loyale des statuts et règlements de leur communauté : la formalité de l'homologation qui y manquoit les embarrassoit et les bridoit à chaque pas. En obtenant collectivement et indistinctement avec l'Académie la vérification des titres constitutifs de l'un et de l'autre corps, ils gagnoient un point capital. Pour le gagner plus sûrement, ils eurent l'adresse de ne s'en ouvrir en nulle façon dans les conférences qu'ils eurent avec les nôtres. Il y passa même que les lettres de l'Académie seroient homologuées les premières , et que les articles concernant les maîtres ne le seroient qu'après. Ils se réservoient, comme on le verra bientôt, une espèce de botte secrète, s'il est permis d'user de cette expression, pour ranger la chose à leur point. De là, par enchaînement, ils alloient à leur but principal ; sur le fondement de cette vérification en commun, ils ne se proposoient pas moins que de s'approprier tous les priviléges de l'Académie, en les confondant absolument avec les leurs. Les affaires des deux corps ainsi tournées en affaire indistincte et générale, ils comptoient assez sur leur adresse pour s'en procurer l'administration. Appelant alors au secours cet esprit de chicane qui les avoit toujours servis si puissamment, ils se promettoient d'y bientôt répandre tant d'obscurité, de confusion et d'embarras, qu'ils en dégoûteroient et rebuteroient les chefs académiques, les forceroient d'y renoncer, et qu'ils en retiendroient ainsi pour eux seuls tout le maniement.

Ce fut pour le 4 août 1651 que M. Hervé indiqua chez lui une assemblée où devoit être terminée l'affaire de la jonction, et où elle se termina en effet. Il eut soin d'y faire trouver deux .notaires pour rédiger par écrit les points sur lesquels on étoit demeuré d'accord dans les conférences précédentes, et pour les tourner en forme de transaction. Les députés des deux compagnies s'y rendirent à l'heure marquée , trois pour l'Académie , et six pour la communauté des maîtres ; c'étoient les mêmes qui avoient travaillé avec M. Hervé à minuter les projets de cet arrangement, savoir : MM. Bourdon , Errard et Testelin, pour l'Académie ; et pour la maîtrise, les sieurs Quesnel et Vion, jurés et gardes, et les sieurs Vignon, Bertrand, Joltrain et Poerson. Ces derniers ouvrirent la séance par un tour de subtilité, ou plutôt d'impudence vraiment digne d'eux, et de ceux dont ils étoient les représentants , et qui constatoit bien évidemment le plan d'iniquité sur lequel l'on vient d'être prévenu. Le voici, ce tour : à mesure que dans les débats préparatoires l'on fut convenu d'un des articles qui devoient composer l'acte de la jonction, l'on avoit eu la précaution de faire signer cet article par les parties stipulantes. Le premier de ceux qui avoient été arrêtés en cette forme portoit, en termes exprès, que chacun des deux corps jouiroit de ses priviléges distinctement et séparément. Dans la copie qu'en rapportèrent ici les députés des maîtres, cette disposition étoit changée et étoit tournée dans le sens absolument opposé. Il y étoit dit que les maîtres jouiroient de tous les priviléges de l'Académie, comme réciproquement les académiciens jouiroient de tous ceux de la maîtrise. Cette copie ainsi falsifiée avoit été glissée négligemment devant les notaires, lesquels avoient commencé à instrumenter en conformité. M. Testelin, qui avoit le coup d'ail d'une justesse infinie, démêla cet odieux manége; il le releva d'un ton qui déconcerta ceux qui en étoient les fauteurs, et en demanda justice à M. Hervé. Ce magistrat en fut indigné, mais se sut contenir. Il se contenta de faire corriger cette clause à l'instant même par les notaires, et la leur fit libeller sous sa dictée dans les termes convenus. Il y eut quelque autre discussion ensuite, mais moins importante, sur le contenu aux articles 8 et 12 du projet, laquelle il régla dans le même esprit. L'acte mis en état , il le fit signer devant lui par les députés des deux corps, et par les deux notaires. La minute en resta entre les mains de Goguis, l'un d'eux , chez qui les autres jurés en charge, les sieurs Bourdin

et Patel, le ratifièrent le même jour. Pareille ratification en fut faite le lendemain au nom de l'Académie, en présence de M. de Charmois, par MM. Beaubrun, Le Sueur, Henri Testelin, Le Bicheur, Gossin, Seve, Bernard, Pinagier, La Montagne, Corneille, d'Eginont, Van Opstal, Tortebat, Du Guernier, Guillain et Guérin. Un grand nombre de maîtres la firent de même pour leur communauté, les jours suivants. Ainsi fut conclue et terminée l'affaire de la jonction.

Il ne restoit plus pour la consommer pleinement que de poursuivre par les deux coinpagnies la vérification de leurs titres respectifs. C'est là que les jurés donnèrent une nouvelle preuve de ce caractère de mauvaise foi qu'ils imprimoient sur la plupart de leurs actions; car le premier pas qu'ils firent pour exécuter cette transaction, conclue avec tant d'attention et de maturité, en fut une contravention formelle. Ils y avoient consenti, en termes exprès, que les lettres patentes de l'Académie fussent homologuées partout où besoin seroit, sauf à eux à faire homologuer les articles de jonction, après que ces lettres auroient été homologuées. Nonobstant la clarté de cette stipulation, qui ne laissoit aucun doute, les jurés refusèrent tout net de s'y conformer. Ils exigèrent avec beaucoup de véhémence et de tenacité que les lettres de l'Académie et le contrat de jonction

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