ページの画像
PDF
ePub

Il a fait semblant de fuir ", afin d'auoir suiet, à son retour, s'il est aussi heureux qu'il se promet , de rentrer en triomphe et de nous perdre publiquement en nous accusant de l'auoir poursuiuy; sinon, il nous chargera de l'auoir obligé à des résolutions extrauagantes et se plaindra de n'auoir esté que l'exécuteur de nos conseils; si bien que nostre vie, nostre honneur el nostre réputation seront en sa main et qu'il luy sera mesme facile d'engager contre nous à mesme temps ce mesme peuple qui chante si folement les victoires de la Fronde, et toutes les personnes de qualité qui gémissent et qui pastissent en leur honneur de la prison de Messieurs les Princes et de la honte de l'Estat, demeuré au pouuoir d'vn Ministre ridicule et deuenu enragé dans les embrassemens d'vne fortune qui tarde trop à l'estouffer.

Nous protestons que c'est auec vn extresme regret que nous voyons la légèreté du petit peuple ou des petits esprits de déclamer contre des personnes d'une condition si recommandable et nous louer d'vn attentat et d'une intelligence auec le Cardinal Mazarin contre les lois du Royaume et contre les respects que nous deuons au sang Royal, que nous abhorrons par toutes sortes de raisons et qui destruit la plus belle action du règne présent. C'est la Déclaration d'Octobre mil six cens quarante-huit, où nous tenons à si grand honneur d'auoir contribué qu'il n'y a que nos ennemis capitaux qui puissent dire que nous soyons si perdus d'esprit et de sens que de consentir qu'elle soit violée en son plus noble article , et

nou

* Le cardinal Mazarin n'a quitté le ministère et Paris que le 6 février 1651. Je ne sais donc pas ce que veut dire ici le Coadjuteur, à moins qu'il ne prenne le voyage de Guienne pour une fuite; ce qui, en tout cas, reporterait le pamphlet après le 4 juillet 1630.

que nous ayons prostitué cette sainte Vierge, Patrone et Protectrice de l'Estat, à son plus grand ennemy et à son bourreau. N'importe que M. le Prince se soit opposé à la naissance de cette nouuelle Thémis. C'est vne Déesse aueugle qui ne considère point les personnes et qui doit accourir à la voix et aux plaintes de tous les affligez; et nous exhortons Messieurs du Parlement ', ses Oracles et ses membres, d'obéir généreusement aux courageuses inspirations qu'elle leur redouble à tout moment, d'adiouter à la conseruation de l'Estat celle d'vn Prince qui en a mérité sa part par tant de playes et de trauaux, et de deux autres qui ne sont seconds qu'à luy seul de rang et de seruices et qui n'ont de crime que la plus glorieuse affinité du Royaume et la qualité qui leur deuroit estre la plus fauorable.

C'est à cette Cour Auguste d'agir d'authorité et d'acheuer heureusement ce que nous ne pouuons que désirer après nous estre despouillez pour le bien de l'Estat du cresdit que nos seruices nous auoient donné auprez du public. Nous la coniurons d'user de sa puissance qu'elle a recouurée, dans la plus notable occasion qu'elle puisse iamais rencontrer pour l'employer si glorieusement pour elle et si vtilement pour l'Estat, que l'on peut dire qu'estant auiourd’huy l’Arbitre du Royaume elle s'enseuelira dans les ruines dont il est menacé, si elle ne se fait Iustice malgré quelque ressentiment particulier qui l'a trop long-temps retenue, et suspendu la ioye que l'on espéroit de l'accomplissement de la Déclaration violée à l'égard du Prince, outragéc dans toutes les Prouinces

COU

' La Remontrance faite an Roi par M. le premier Président pour la liberté de Messieurs les Princes (3328] est du 20 janvier 1651; mais l'idée en avait été proposée longtemps auparavant.

mais bourrelée dans le Lymosin particulièrement d'vne façon si estrange et par vne prescription si horrible, qu'il n'y a point d'exemples de réuolution que l'on ne doiue appréhender d'on peuple si cruellement Foule '.

Le Frondeur désintéressé [1452]

(15 novembre 1650).

Quel estrange bouleuersement!
On nous mange diuersement
Par la Guerre et par la Maltoste.
Ce qui nous reste depuis dix ans
Du rauage des Partisans,
Tout d'vn coup la Fronde nous l'oste.
. . . . . . . . . . . .

Ne soyons plus, amis Frondeurs,
ar i Ny demandeurs, ny deffendeurs.

* La Fronde a fait beaucoup de calembours. Ce n'est ici ni le meilleur, ni le plus mauvais. Foulé, maître des requêtes, était intendant du Limousin. On l'accusait de tyrannie et de cruauté dans la levée des tailles. Il y a, sous la date du 18 mars 1650, un Arrêt de la Cour du parlement de Bordeaux portant cassation de ses iugements, condamnations et ordonnances, etc. [177]; en 1652 il fut mis en prison par ordre du parlement de Bordeaux : Relation de ce qui s'est fait et passé en l'emprisonnement du sieur Foulé, Maistre des Requestes, etc. [3106).

2 Ce pamphlet est d'Isaac de Laffemas. Il a été l'objet d'une violente polémique. Davenne a publié une Réponse au Frondeur désintéressé, etc. (3376] et la Satyre ou Feu à l'épreuue de l'eau, etc. (3592). Du Châtelet est auteur de l’Apologie pour Malefas, etc. qui suit [124]. Le Faux Frondeur conuerti, etc. [1375); la Réponse des vrais Frondeurs, etc. (3424) et la Défense pour le Frondeur désintéressé, etc. [989) sont anonymes. Laffemas a répondu au Faux Frondeur conuerti dans une seconde partie du Frondeur désintéressé qui ne vaut pas la première.

Renonçons à nos garanties ;
Et démeslons les différens
D'entre les petits et les grans ,
Sans nous rendre iamais parties.

N'est ce pas vn enchantement
De chercher du soulagement
Dans le désordre et dans la guerre ?
La Fronde désormais ne sert
Qu'à vous faire manger en vert
Tous les biens qui sont sur la terre.

Les pauures qui meurent de faim,
Demandent la paix ou du pain;
Et ceux qui viuoient de leurs rentes,
Forcez par la nécessité,
Vendent ce qui leur est resté,
Et ne viuent que de leurs ventes.
. . . . . . . . . . . .

Ces gens qui faisoient les tribuns,
Ces pères du peuple importuns,
Ont bien engendré des misères.
Iamais les enfans de Paris
Ne se virent si mal nourris
Que lorsqu'ils eurent tant de pères.

Les soins de ces réformateurs
Qui veulent estre vos tuteurs,
Ne sont point du tout supportables.
Sortons de cet aueuglement;
Car pour vn faux soulagement
Nous souffrons des maux véritables.

Grand Roy, des Roys le plus humain, Le remède est en vostre main.

Il est digne de vos pensées.
Vous pouuez sans bruit, sans esclat
Terminer les maux de l'Estat
Par l'oubli des choses passées.

Réconciliez ces esprits
Qu'vn zèle indiscret a surpris.
Bannissez loin d'eux le diuorce.
La douceur fait par ses appas
Ce que la rigueur ne fait pas;
Et l'amour entraisne la force.

Frondeurs autrefois si puissans,
le vous voy desià languissans.
Vostre Fronde à demy destruite
Vous fait cognoistre que le fruit
Que vostre grand zèle a produit,
A bien trompé vostre conduite.

Il est permis de souhaiter Vn règne doux à supporter; Mais tel qu'il est , il le faut prendre; Et s'il faut vn temperament A l'absolu gouuernement, C'est de Dieu qu'il le faut attendre.

Que s’il arriue quelquefois
Que des Ministres de nos Roys
Le gouuernement soit trop rude,
Lorsqu'ils en seront recherchez,
Recherchons en nous les péchez
Qui causent cette seruitude.

Il est bien vray que les impos Qui nous consommoient iusqu'aux os ,

« 前へ次へ »