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Les Tailles et la Subsistance,
L’Emprunt des maisons, les Toisez,
Les Estapes et les Aisez,
Ont déuore nostre substance.

Mais le remède à nos trauaux
Est plus violent que nos maux;
Et cette frondeuse vermine
Qui deffendoit nos bastions,
Nous couste douze millions,
Sans la guerre et sans la famine.

Ces gens que nous auons armez, Pires que des loups affamez, Ont enchéri sur les pillages De ces sergens irréguliers, Mangeurs de peuple, Fuziliers, Qui désertoient tous les villages.

Calculons les frais des conuois Que nous ont fait durant trois mois Les soldats des Portes Cochères; Nous trouuerons que les Flamans, Les Lorrains ni les Allemans N'ont point eu de troupes si chères.

Souuenez vous, amis Frondeurs, Que ces mutins et ces grondeurs Qui vouloient forcer vos suffrages, Lorsqu'on trauailloit à la paix , Vous assiégeoient dans le Palais Et vous estouffoient aux passages.

Que ce douloureux souuenir Vous détache pour l'aduenir

De cette iniuste populace
Qui , n'aymant au gouuernement
Que la nouueauté seulement ,
Des meilleures choses se lasse.

Fuyez donc ces séditieux,
Ces mutins et ces factieux.
Laissez la Fronde à ces canailles;
Et pour esuiter tant de maux,
N'enfermez pas vos généraux
Vne autre fois dans vos murailles.

Pour vous dont les pieux desseins
Vous font réuérer comme des saints“,
le n'entends pas bien vos mystères ;
Mais sans pénétrer dans le fons,
Si les motifs en estoient bons,
Les effects estoient bien contraires.

le n'ose appeler attentat
Vostre grand zèle pour l'Estat.
Voulant nous tirer de souffrance,
Vous ne iugiez pas que ce vou
Pourroit vn iour mettre le feu
Dans les quatre coins de la France.

Nous respectons votre support;
Mais puisque vous estes au port
Où toutes les grâces arriuent,
Permettez nous de prier Dieu
Que ce port ne soit pas le lieu
D'où nos calamitez dériuent.

· Les jansenistes. On sait que leur chef , le duc de Luynes , commandait un régiment de l'armée parlementaire.

Que nous puissions voir désormais Régner la Iustice et la Paix; Que ces deux Grâces s'entrebaisent; Et que, suiuant d'vn coeur loyal La voix du Prophète Royal, Toutes ces tempestes s'appaisent.

Qu'à l'aduenir mieux aduisez
Nous ne soyons plus diuisez;
Mais que, chassant de bonne sorte
Ce monstre de diuision,
L'Estat et la Religion
Pour iamais lui ferment la porte.

Que Dieu nous fasse moissonner La Paix que lui seul peut donner, Et qu'il la rappelle en ce monde ; Que pour comble de nos souhaits, Nous puissions trouuer cette paix Dedans le tombeau de la Fronde.

Qu'enfin cette sainte vnion
Bannisse la confusion
Qui fait les discordes ciuiles;
Que Paris soit comme autrefois
La bonne ville de nos Rois
Et la reine des bonnes villes.

Apologie pour Malefas [124] '.

(15 novembre 1650.)

Escolite, Malefas; il faut que ie te die
Que tu nous dois la farce après la Comédie,
Et que cette iument du coup qu'elle a tiré,
Vengera le cheual du Baron de Ciré,
Ce grand cheual de Mars qui donna tant de ioye
Aux peuples assemblez dans les places de Troye,
Et qui fut aux limons d'un sale tombereau
Pour conduire au marché la fiente et le bourreau.
Le sort encore vn coup te rappelle au Théâtre.
Ton visage blanchi de farine ou de plastre
Fera rire bientost le noble et le bourgeois.
Tes sangles, ton béguin et ta dague de bois,
Tes deux pouces passez dans ta double ceinture
Donneront du plaisir à toute la nature.
Que l'on trouuera bon de voir ton demi froc
Couuert d'vn bonnet rouge et de plumes de coq,
De voir ton corps de caute et ta fesse embourrée
Danser la Bergamasque et la vieille bourrée !
Tu seras la nourrice ou l'enfant au maillot.
Tu seras compagnon de ce braue Guillot;
Et ta voix ridicule auec ta grosse trogne
Fera doubler le prix à l’Hostel de Bourgogne.
Les desseins de Hardy, de Beys ou de Pichou
Ne peuuent près du tien valoir vn tronc de chou.
Le meilleur brodequin d'Aignan ou de La Porte
N'estoit qu'vne sauate; et leur muse estoit morte.

· Malefas est Isaac de Laffemas, l'auteur du Frondeur désintéresse qui précède. L'Apologie a été composée par Paul Hay, marquis du Châtelet.

Il n'est rien de pareil à tes doctes chansons.
le regrette desià le temps que nous passons
Priué de la douceur que nous promet la Scène
Quand ta muse voudra se redonner la peine
De te feindre amoureux de la vieille Alizon.
Qu'il t'en reste le mal ou bien la guérison,
Que tu passes pour laid ou bien pour agréable,
Tu nous seras tousiours également aymable.
Que tu fasses le jeune ou le vieillard tremblant,
On ne verra plus rien qui vaille Beausemblant".
Retirez vous d'icy, Fracasse et Belleroze;
Allez porter ailleurs vos vers et vostre proze.
Emmenez Turlupin et tous les Iodelets.
Vous n'aurez plus d'argent que des moindres valets.
Vous n'aurez plus besoin de parterres ou de loges.
Malefas ne va point Commissaire à Limoges.
Puisqu'vn si bon acteur se remet au mestier,
Il vauldra , luy tout seul, et Guillaume et Gaultier.
Ce n'est pas que iamais il ait quitté la farce.
. . . . . . . . . . . . . . .

Quand le falot monta dessus les Fleurs de Lys,
Tantost il fust Roland et tantost Brandelys.
Il n'est iamais sans masque; et son humeur bouffonne
Contrefait aussi bien Momus que Tisiphone.
Dehors il est hautain, séuère et glorieux.
La morgue en est tragique et le front furieux.
Il remplit l'vniuers d'eschaffaux et de roues.
Son plaisir est d'abattre et de voir dans les boues
Tout ce que le destin a fait de plus puissant.
Ce sacre est bien appris à voler l'innocent.
Le sang est son ragoust; et les yeux pleins de larmes
Pour d'autres que pour luy n'ont iamais eu de charmes.

' Beausemblant est la terre où Laffemas naquit en Dauphiné. Ses ennemis prétendaient qu'il avait joué sous ce nom à l'hôtel de Bourgogne,

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