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Il a pris sa naissance au dommage public;
Et de tout ce qu'il voit, il est le Basilic.
O dieux! quel passe temps quand ce fou sanguinaire
Fait vn valet bourreau, l'autre questionnaire!
Qu'il dit en les parant de cet illustre employ :
« Nous serons compagnons; nous seruirons le Roy.
La moisson sera bonne; et i’ay sur mes tablettes
Pour vous faire gagner plus gros d'or que vous n'estes.
Mais gardez vous aussi qu'au lieu de bien agir,
Vostre incapacité ne me fasse rougir.
l'en voy de si lourdaux que l'on iroit à Rome
Tandis que ces coquins sont à me pendre vn homme.
L'autre se prend si mal à faire entrer les coins,
Que pour faire un procès, il faut mille tesmoins;
Et faute d'vn bon mot, vn pauure commissaire
Ne pourra nettement acheuer vne affaire.
Or à n'en point mentir, ie sçay que ie l'entends
Mieux que les Lugolis et mieux que les Tristans;
Et sans que mon argent courust aucune risque,
le pourrois à tous deux leur donner quinze et bisque.
Le Roy m'a fait l'honneur de le dire en bon lieu;
Et ie sçay mon mestier par la grâce de Dieu.
Deuant moy les muets disent tout ce qu'ils sauent;
Et les plus innocens à grand peine se lauent.
le fais dire en vn iour plus qu'vn autre en vn mois;
Et ie ferois parler vne pièce de bois.
La farine et le son, tout passe quand ie blutte;
Et si ie veux trouuer de l'ordure à la fluste,
Addresse ny vertu ne m'en peut empescher.
Mes ruses tireroient de l'huile d'vn rocher.
Mais bien qu'en ce bel art mon industrie excelle,
On ne peut pas tousiours se rompre la ceruelle,
Et suer iusqu'au sang pour faire discourir
Vn meschant obstiné qui ne veut point mourir,
Et qui faisant le sainct à deux doigts du supplice,

Ne voudra réuéler ny crime ny complice,
Affin qu'vn peuple sot mette en pièces mon nom

C'est alors que vos soins me doiuent de l'escorte
Et peuuent soulager vn homme de ma sorte.
Vn aiz, yn trait de corde, vn poids mis à propos
Me vaudroient quelquefois six heures de repos,
Et feront sur-le-champ treuuer le don des langues
A tel qui seroit sourd à toutes mes harangues.
Ha que ie suis troublé! que mes sens sont esmus
En me représentant combien ie fus camus
Quand pour ne sçauoir pas estendre la courroye,
Vn Richard se sauua de la fausse monnoye;
Et que pour me fier à l'ouurage d'autruy,
Nous ne pusmes iamais faire parler de luy!
le fis bien mes efforts sur cette âme ferrée
Qui iamais ne voulust me la mettre en curée;
Mais ie deuois moy. mesme adiuster les ressorts,
Et pour tenter l'esprit, taster si bien le corps
Que i’apperceusse au moins qu'il gagnast son auoine
Et que l'on l'entendist du petit sainct Anthoine.
Dieux que i'eusse fermé d'vn merueilleux blocus
Le Palais enchanté de ce père aux escus!
Que i’eusse plumé l’oye et qu'il eust eu de peine
A sauuer ses moutons qui portent de grand' laine!
Ne songeons plus pourtant à ce maudit voleur
Contre qui mon addresse a ioué de malheur;
Et songeons seulement à vous rendre capables
De mettre à mesme point innocens et coupables.
Iamais homme entendu ne sera satisfait
Quand vous ne ferez rien que ce que chacun fait;
Et pour tirer vn mot d'vn qui veut bien le dire,
Ie prendrois à regret le soin de vous instruire.
Aprenez donc tous deux à faire de tels coups
Qu'aux grandes actions on ait besoin de vous.

le sçay qu'on n'estoit point quand on commença d'estre,
Et que du premier coup l'apprentif n'est pas maistre;
Mais sachez que ma main vous peut rendre excellens
Et vous faire en vn iour aussi bien qu'en mille ans.
Ne manquez à me voir ni Dimanche ni Feste
Quand ie ne feray pas de capture ou d'enqueste.
Il ne me faudra pas douze ou quinze leçons
Pour vous en enseigner de toutes les façons.
Si iamais vostre esprit est capable d'entendre,
En huict iours de loisir ie vous feray comprendre
La beurrière, les poids, la corde, le bandeau,
Le feu, les brodequins, le cheualet et l'eau.
Faisant de mon costé, faites aussi du vostre.
Ne vous quittez iamais. Exercez vous l'vn l'autre.
Et lorsque vous verrez que ie vous estandray
Sur l’ais, sur les tretteaux , sur la croix Saint-André,
Et qu'il ne sera point de morts ni de torture
De quoy ie ne vous donne vne ample tablature,
Soyez à m'obseruer actifs et diligens.
Aymez vostre mestier comme d'honnestes gens;
Et que vous puissiez dire en semblable mistère :
« C'est ainsi que Monsieur nous a dit qu'il faut faire. »
Rendez vous seulement dignes de ce bonheur;
Vous serez bien venu chez tous les gens d'honneur.
Et ie me voudrois mal si dans tout le Royaume
Quelqu'vn vous prisoit moins que Maistre Iean Guillaume".
N'en desplaise à Messieurs de ce beau Parlement
Dont les Arrests boiteux marchent si lentement
Que pour exécuter ce qui sort de leur cage,
Ils ne mériteroient qu'vn bourreau de village,
Et non pas ce héros de qui les bras pendans
Ne sont presque employez qu'à luy curer les dens.

"Le bourreau.

Pardieu, ie suis honteux de voir comme l'on frustre
De son droit légitime yne personne illustre
Qui dans les derniers temps mouroit de faim sans moy.
Cela rebute fort de bien seruir le Roy.
On n'en sçauroit auoir de prétextes plus amples;
Et ie me mets en quatre après de tels exemples.
Mais quoy? C'est que i'espère et que ie croy qu'vn iour
Les hommes de vertu régneront à leur tour,
Et qu'ayant bonne main à chercher playe et bosse,
Le plus gueux de nous trois aura double carrosse.
Alors, chers compagnons, tous vestus de velours,
Nous pendrons, nous rouerons cent hommes tous les jours.
Nous ferons renuerser toutes les loix de Rome.
Vn tesmoin suffira pour condamner vn homme. »

Par ce graue discours, l'excrément du Palais
Se met en bonne odeur auprès de ses valets,
Tandis que le badaud se presse à voir la moue
D'vn que ce bon Chrestien fait damner sur la roue.
La potence a blessé l'esprit de ce vautour,
Et n'en guérira point s'il n'y perche à son tour.
Là tendent ses désirs; et quoy qu'il en marmotte,
Le malheureux qu'il est, n'a point d'autre marotte.
Quand vne heure de nuict luy ferme la prison,
Que le gibet garny le chasse à la maison,
Il fait venir à luy les enfans de la matte.
Le bourreau réparé d'vn habit d'escarlate
Que le roigneur laissa , mourant au carrefour,
Vient pour luy rendre compte et luy faire la cou.
L'espion, le tesmoin, le vendeur de complices
Et les donneurs d'aduis font toutes ses délices.
C'est là qu'enuironné de ce peuple inhumain,
Il met iacquette bas, et le verre à la main,
Entonne à haute voix vne chanson pour boire.
C'est là qu'en bégayant il rime quelque histoire
De ceux que son addresse a mis dans les hazards.

Il chante les frayeurs du cheualier de Iars,
Et iure à ses amis par le vin qu'il leur donne,
Que iamais son aduis n'eslargira personne.
Quand l'Hippocras l'a mis dessus ses grands cheuaux,
Il dit qu'il a fait pendre et Ducs et Mareschaux,
Qu'il ne pardonne à rien, que quelque temps qui vienne,
Il faudra tousiours bien que son art se maintienne ,
Que les meilleurs François ne seront point contens
Que le bonheur public n'ait amené le temps
Où le sort fera voir au peuple misérable
Malefas chancelier, Hautdessens Connestable.
Il leur dit : « Si iamais ie viens à ce crédit,
I'anobliray vostre ordre; et par vn bel Edit
le purgeray bientost vos charges d'infamie,
Scachant ce que l'on doit à vostre prudhommie.
Vous serez anoblis; et sans payer le sceau
Et tous les petits droits d'vn partisan nouueau,
Vous aurez sans finance et gages et salaires.
l'aboliray la loy du ban et des galères,
Et celle qui vouloit qu'on eust à tout le moins,
Pour faire pendre vn homme, vn couple de tesmoins.
le rempliray l'Estat de causes criminelles.
En chasque Parlement ie feray trois Tournelles.
Vous aurez la paulette et la beuuette aussi
Qui boira tout le vin de Beaune et d'Irancy.
Ce qui vient de Bayonne ou de Troye et de Vanure,
Sera le desieusner des officiers du Chanure. »
Il en embrasse l’vn; il baise l'autre au front.
Il leur demande : « Hé! bien m'a-t-on fait vn affront?
l'ay parlé, ce matin, comme eust fait Martillière.
Montauban” a iazé comme vne chambrière. »

· Le Chevalier, depuis commandeur de Jars, avait été compris dans le procès de Cinq-Mars.

2 Montauban et Martillière, avocats célèbres au parlement de Paris,

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