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Puis il boit dans leur verre; ils boiuent dans le sien.
Et puis chacun s'en va quand il se porte bien;
Sinon que ces Messieurs trop chargez de vendange
Se gistent quelquefois dans la première fange,
Quand ce noble troupeau s'eschauffe de santez,
Que leurs foibles esprits par la vigne enchantez
Oublient à la fin toute la différence
D'entre les Conseillers et les marauts de France.
Bacchus égale tout; et cet amy des Dieux
Mespriseroit vn Roy s'il ne beuuoit le mieux.
Dans les charmes plaisans de cette phrénésie,
Chacun d'eux fait et dit selon sa phantaisie.
La liberté rendue à leur profession
Fait voir le naturel de chaque passion.
Ils se prennent l'vn l'autre; ils s'entreueulent pendre.
L'vn se laisse lier; l'autre se veut deffendre.
L'yn croit estre le moine et l'autre le pendard.
Malefas couronné d'vne coine de lard
Tantost pense estre iuge et tantost Gros Guillaume”;
Tantost il pense voir quelqu'horrible phantosme
D'un homme que sa voix fait manger aux corbeaux,
Et hurle comme vn fou qui sous de vieux tombeaux
Du desmon ou du loup se croit estre l'image.
Quelque frayeur qu'il ait, il mord dans le fromage;
Il serre d'vne main son ample gobelet;
La vision dans l'autre a mis vn chapelet;
Et tout d'vn mesme temps cet insensé bourdonne
Vne farce, yn arrest, vn que Dieu me pardonne!
A la fin le sommeil les vient mettre d'accord.
L'vn se croit condamné; l'autre pense estre mort.
Et le maistre au matin sans colet et sans fraize
Se treuue entre les bras du bourreau qui le baise.

· Tallemant des Beaux dit que Laffemas jouait agréablement en société le personnage de Gros-Guillaume.

Il s'esueille en sursaut; et quand il est leue,
Il apporte au conseil tout ce qu'il a resué.
Plein de mesme fureur, cet yurogne déclame
Tout ce que peut vomir la gueule d'vn infâme.
Il tonne; il mord; il gronde; il menace; et pourtant
Il en a fait brancher qui n'en disoient pas tant.
Iamais il n'a fait voir qu'il ait eu la puissance
De dire son aduis pour aider l'innocence.
A ses yeux tout est crime et tout digne de mort.
Le suiet de rigueur est tousiours le plus fort.
Il pend d'vn mesme coup le iuste et le coupable.
Et si la cruauté du sort impitoiable
Eust commis d'autres gens aussi fascheux que luy,
Paris, vous n'auriez plus d'habitans auiourd’huy.
Il sait sonder la peur de celuy que l'on traine
Deuant son tribunal pour endurer la gesne,
Promet de le sauuer s'il daigne seulement
Accuser quelque riche au milieu du tourinent.
Il déuore en esprit son argent et ses rentes.
Il adiouste aussitost des preuues apparentes.
L'espérance du bien flatte cet imposteur.
Vn mesme icur le voit et iuge et délateur.
Il marche; il trotte; il court; il inuente; il suppose;
Il forge à tous momens quelque nouuelle chose
Et veut que nous croyons, tant ce badin est fat,
Que l'ordure qu'il fait, a releué l'Estat.
Escoute encore yn mot : la torche, la potence
Vengeront tout le mal qu'a fait ton impudence.

Le Temple de la déesse Bourbonie [3759]'.

(20 janvier 1681.)

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MADAME, Depuis que le Ciel consentit à vostre liberté pour fauoriser celle de nos Princes, et que cette prouince d'Argonne fut esclairée du flambeau de vos rares vertus, Vostre Altesse n'a cessé de nous faire naistre de iour en iour des suiets d'admirer vos Actions, toutes esclatantes d'un nouueau lustre des vertus qui estoient enueloppées et cachées sous le voile de sa modestie naturelle, et qui se descouurent tousiours d'auantage à mesure que l'occasion se présente de rechercher et pratiquer les moyens nécessaires pour la liberté de nos Princes. Ie sçay trèsbien, MADAME, que toutes les belles vertus qui esclattent en vous, seront plutost ternies qu'illustrées par le vain effort de mon discours, qui est incapable de fournir des paroles releuées à l'égal de leur mérite; mais il m'est impossible de cacher à V. A. que tout le monde ne remarque rien dans son adınirable conduitte qui ne soit au dessus de vostre sexe, puis qu'en toutes les expédia tions de guerre vous agissez comme vn Alexandre ou vn César, tant pour les choses qui regardent les armées, que celles qui concernent les fortifications et restablissement des places frontières. Cette réparation de Villefranche,

* Cette pièce et l'Apothéose de Mme la Duchesse de Longueuille qui suit, sont assurément des plus originales. Il n'y a pas dans toute la Fronde un autre exemple d'imaginations pareilles. On y troure d'ailleurs beau coup de noms des principaux personnages du parti des princes.

MADAME, est encore vn effet de vostre brillante lumière d'esprit qui fait honte aux personnes les plus consommées dans l'aage et dans la cognoissance des choses les plus difficiles. Ce fut en 1545 que cette place fut bastie par François premier et nommée Villefranche pour les franchises, libertez et beaux priuilèges dont ce Monarque la décora. Mais comme les villes les plus fortes et les plus florissantes ne sont pas tousiours les plus asseurées, qu'il n'y a point de iour sans nuit ny de commencement sans fin, Louys treiziesme, de très-auguste mémoire, la fit desmolir l'an 1634. Et V, A., portée d'yn iuste et passionné désir de la liberté de deux frères et d'yn mary, trois Princes d'inestimable vertu, l'a restablie en l'année dernière 1650, année de réuolution, de liberté et de Iubilé; et dans huit iours de temps, par les soins et par les vigilances ordinaires de Monsieur de Varenne", cette place se trouue en deffense et en estat de receuoir V. A. Vous sçauez, MADAME, qu'ordinairement les villes et les forteresses portent le nom de leurs fondateurs, et qu'à ce suiet les Poëtes nous représentent le grand débat d'entre Minerue et Neptune pour le nom de la grande ville d'Athènes. Ce dieu Marin prétendoit luy donner son nom pour auoir, par ses grandes armées naualles, puissamment contribué à l'édification et accroissement d'une ville si superbe; et la Déesse soustenoit qu'à cause de la Prudence et du Conseil qui donnent le succez aux armes, elle deuoit porter le nom de Minerue. C'est ce qui donna lieu à l'opinion de Platon, qui vouloit mettre les sceptres entre les mains des Philosophes; opinion pourtant assez mal

* Il servit dans toutes les campagnes de Turenne en qualité de lieutenant général.

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S

receue en ce temps, puisque la Philosophie et tous les discours les plus doctes que produisent les Sciences, sont [de] foibles pilotis pour l'establissement d'vne haute entreprise s'ils ne sont secondez du bras de Mars. Mais en ce rencontre, MADAME, puisque V. A. renferme en elle et les forces de Neptune et la prudence de Minerue, et que c'est par ses forces et par son industrie que Villefranche trouue auiourd'huy son restablissement et sa renaissance dans ses ruines, il me semble que le droict et la raison veulent que d'oresnauant cette place tienne lieu d'vn Temple dédié à vostre Générosité et à vostre Sagesse. Et comme vn monument si prétieux doit estre exactement gardé et deffendu contre les violences et les surprises des ennemys, les clefs et la garde de ce Temple se rencontrent heureusement desposées et confiées à la valeur de Monsieur le Marquis de la Moussaie, qui en est le Polémique Agaton souuerain Pontife, qui ne manquera pas ny de bonté pour régir ses habitans, ny de générosité pour les défendre, et qui sans doute par vn excez de piété qui est inséparablement attaché à la grauité de cette Pontificature, s'efforcera de ne donner moins d'esclat à vostre superbe Temple qu'il ne reçoit de luy de lustre et d'honneur par vne charge si éminente. Et d'autant que par les Antiquitez de cette prouince, i'apprends que la ville de Stenay tire son nom et son origine du dieu Saturne, père de Iuppiter, Marseille du dieu Mars, Luxembourg du Soleil, Arlon de la Lune, Dun de la Déesse Dyane, la niche de laquelle ie vois encore auiourd'huy dans les ruines de sa superbe Tour, à l'exemple de cette vénérable Antiquité, i'appelleray hardiment et nommeray ce Temple Templum Deæ Borboniæ, Temple de la Déesse Borbonie, dans lequel, de l'aduis et par les

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