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Maiesté à luy persuader, il y a plus de deux ans, cette conuocation des Estats Généraux ; et les Lettres en ayant esté expédiées dès ce temps-là par toutes les Prouinces du Royaume, afin qu'on procédast à l'eslection des Députez et qu'ils se pussent trouuer au temps et lieu de l'Assemblée qu'on leur prescriuoit, nous ne pouuons pas comprendre ce qui peut auoir iusques icy empesché l'effet d'vne si sainte résolution; car tant s'en faut que les raisons et les nécessitez des Estats Généraux soyent cessées qu'au contraire elles sont deuenues et deuiennent tous les iours plus pressantes par le continuel accroissement de nos calamitez.

Nous supplions donc très-humblement Vostre Maieste, SIRE, et la coniurons par l'intérest et le salut de son Estat, de ne différer pas d'auantage l'exécution de ce qui a esté si iudicieusement résolu en son Conseil, les années passées, touchant cette conuocation des Estats Généraux , et de commander de nouueau et très-expressément à tous les Baillifs, Sénéchaux et autres Magistrats des Prouinces de son Royaume d'eslire et enuoyer leurs Députez au lieu et dans le temps qui plaira à vostre Maiesté de leur prescrire, afin que conspirant tous au bien et à la conseruation de l'Estat, ils proposent les moyens qu'ils iugeront les plus raisonnables et les plus vtiles pour le maintien de la Monarchie et le soulagement des peuples.

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Déclaration des prétentions de la noblesse
assemblée aux Cordeliers à Paris (892).

(28 février 1651.) La Noblesse ne demande que le bien de l'Estat et du public, et rien pour son intérest particulier, remettant

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aux Estats généraux toutes les infractions qui ont esté faites contre leurs droicts, et les réduisant aux Ordonnances des Rois et arrestez des Estats généraux; et pour cet effect, elle demande qu'ils soient tenus au plustost dans la ville de Paris, qui est le principal lieu de la France, et le plus considérable pour y tenir vne si grande Assemblée. Ce dessein a esté trouué si iuste par Messieurs du Clergé qui est le premier Corps, qu'ils se sont ioints auec la Noblesse pour demander au plustost lesdits Estats; et l'on s'estonne que le tiers Estat, qui est le plus intéressé au désordre présent, tant par le retranchement, retardement et mauuais payement des rentes que par les violences que les gens de guerre font dans les Prouinces faute de payement, ne se ioigne auec les deux autres Corps pour demander ensemble lesdits Estats, qui sont vn remède innocent pour empescher la suitte des maux qu'a causez le ministère du Cardinal Mazarin et que ceux de sa cabale s'efforcent tous les jours de continuer'.

' L'auteur de la Réponse des bourgeois de Paris à la Lettre écrite des prouinces, etc. (3415) dit : « Les Estats Généraux pourroient commencer par de la corruption et finir par de nouuelles surcharges. » N. Pasquier, conseiller et maître des requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roi , a écrit dans les Remontrances très-humbles à la Reyne mère.... pour la conseruation de l'Estat pendant la minorité du Roy, son fils (3343] : « N'assemblez pas les Estats Généraux. Ils ne réduiroient pas vostre autorité, comme on le prétend ; au contraire. Mais ils pourroient estre yn instrument de diuision et de trouble. Les Grands s'y feroient des partisans qui agiteroient les Prouinces, »

La Mazarinade [2436)".

(11 mars 1651.)

Muse qui pinces et fais rire, :
Vien à moy de grace et m'inspire
L'esprit qui Catulle inspira
Quand il entreprit Mamurra.
l'en veux aussi bien que Catulle
Au tyran qui s'appelle Iule;
Mais mon Iule n'est pas Cæsar.
C'est vn caprice du hazard
Qui naquit Garçon et fut Garce,
Qui n'estoit né que pour la farce,
Pour les cartes et pour les dez,
Pour tous les plaisirs desbordez
Et pour la perte du Royaume,
Si quelque Maistre Iean Guillaume ?
Ne nous en déliure à la fin.
Et vrayment il sera bien fin
S'il s'en sauue, le galant homme.
Haï dans Paris et dans Rome,
Où diable pourra t'il trouuer

'C'est le plus célèbre des pamphlets contre le cardinal Mazarin, mais non le meilleur. On y trouve si peu d'esprit et de gaieté, il est si plein de saletés et d'ordures que je ne l'aurais pas donné si je n'avais craint qu'un recueil de mazarinades sans la Mazarinade ne fût pas compris. J'aime à dire que l'auteur en est resté inconnu. Il n'y a, en effet , pas de bonnes raisons pour ne pas admettre le désaveu que Scarron en a fait dans les

Cent quatre vers, etc. [675], et qu'il a renouvelé dans une lettre adressée à · la reine mère après la Fronde.

· Maistre Jean Guillaume, c'est le bourreau. Le Triomphe du faquinissime cardinal Mazarin , etc. [3883] a lieu en place de Grève, sur l'échelle de M. Jean Guillaume,

Vn lieu qui le puisse sauuer?
Bon! ie sens eschauffer ma verue.
Ça, ne disops rien qui ne serue,
Et que chaque vers ait son trait,
Pour bien acheuer le portrait
De ce prodige de fortune,
Sans en oublier chose aucune.
A toy donc , Calabrois Romain,
Bon pied, bon vil, et bonne main.
Pare le coup que ie te porte,
Ou que le grand Diable t'emporte.
Et toy, mon braue Marigni,
Qui plus qu'aucun sur le Zani
As décoché mainte balade,
Escoute ma Mazarinade.
A la malheure, Mazarin,
Du pays d'où vint Tabarin,
Es tu venu brouiller le nostre !
On te prenoit bien pour vn autre
Lorsqu'on te croyoit raffiné.
On t'auoit fort mal deuiné.
Et de science et de pratique,
Tu n'es pas vn grand politique.
Tous tes desseins prennent vn rat
Dans la moindre affaire d'estat.
Singe du Prélat de Sorbonne ? ,
Ma foy, tu nous la bailles bonne.
Tu n'es à ce Cardinal Duc
Comparable qu'en aqueduc.
Illustre en ta partie honteuse,
Ta seule braguette est fameuse.
Outre cette vertu de Coc,

· Ballade [61]; les Ballades seruant à l'histoire, reueues et augmentées (570). ? Le cardinal de Richelieu.

On te tient inuenteur du Hoc,
Du beau ieu de trente et quarante,
De certaine chaize courante",
Autre cheual de Pacolet,
Et de plus de ce cher ballet,
Ce beau, mais malheureux Orphée ?,
Ou, pour mieux parler, ce Morphée
Puisque tant de monde y dormit.
Ma foy, ce beau chef d'auure mit
En grand credit ton Eminenee,
Ou plustost ton Impertinence.
Tes Courtizannes, tes chastrez
Y furent les mieux chapitrez.
Pour auoir fermé tes bougettes
Aux gueux qu'on appelle Poëtes,
Si chers au feu rouge bonnet
Qui sçauoit le mal qu’yn sonnet
Qu'on a mal récompensé, cause
Et qui craignoit sur toute chose
Que par ces diuins affamez
Ses beaux faits fussent diffamez,
Pour auoir, dis ie , enuers Pégaze
Esté par trop raquedenaze,
N'en as tu pas bien dans le cu ?
Au lieu qu'en donnant quelque escu,
Ton immortelle renommée
Par l'Europe eust esté semée,
Et ne passerois pas partout
Pour vn forfante, et haye au bout!

· Voyez, dans le 1er volume, l'Inuentaire des merueilles du monde rencon. trées dans le palais du cardinal Mazarin.

* Opéra joué par la troupe italienne que Mazarin avait appelée à Paris. Je ne sais plus où un pamphlétaire a dit :

« Si vous n'êtes italien,

Vous ne verrez pas l'Orphée. »

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