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Au lieu des vertus cardinales
Tu n'as rien que les animales,
Le Vain orgueil d'vn Pantalon;
Et tu n'es qu'vn franc estalon,
Vn viel Bougre, anté sur bardache ,
Et par dessus tout, vn Gauache.
Ton Esprit, Esprit de Coyon,
Pour quelque froide allusion
Que par hazard il a sceu faire,
Dont on a fait vn grand mistère,
T'a fait, mais ie ne sçay comment,
Succéder à feu Maistre Armant.
Ha, ne tranche plus du Ministre.
Tu n'estois né que pour le Cistre ;
Mais la fortune en bonne humeur
T'a fait prince de Parfumeur.
Casse ta garde de Soudrilles ;
Va t'en trauailler en Pastilles;
Va t'en trauailler en Iasmin ,
Digne employ de ta blanche main;
Et que ta teste chauue et blonde
Se mette à couuert de la Fronde.
Fuy les Arrests du Parlement;
Trousse bagage et vistement.
Que ton Altesse Mazarine
Craigne le destin de Conchine.
Va, va t'en dans Rome estaller
Les biens qu'on t'a laissé voller.
Va, va t'en, Gredin de Calabre,
Filocobron, ou Filocabre.
Va, va t'en; repasse les monts;
Va viste et fay rompre les Ponts;
Car s'il faut que quelqu'vn te suiue,
Que l'on te demande, Qui viue!
Que tu répondes : Mazarin !

C'est fait de toy, cher Tabarin.
. . . . . . . . . . .
De tes fautes dans la police,
De tes ordres dans la milice
Ie ne te reprocheray rien;
Mais ie te veux, homme de bien,
Reprocher la cruelle guerre
Que tu fais viure en cette terre,
Où tu prétens malgré les dens
De tant et tant de braues gens
Tenir contre vent et marée.
Ton ignorance est auérée;
Et tu n'es, pour trancher le mot,
Quoy qu'vn grand Prélat, qu'vn grand sot.
Te souuiens tu bien, Seigneur Iule,
Du raisonnement ridicule
Que tu fis, vn iour, sur les Glans ? ?
Cela te mit en beaux draps blancs.
Depuis, la nation Françoise
A mesprisé la Calabroise.
Te souuient il bien d'Alcala
Quand Ganimede ou Quinola ,
L'amour de certaine fruictière
Te causa maint coup d'estriuière ;
Quand le cardinal Colonna
De paroles te malmena,
Et qu'a beaux pieds comme vo Bricone
Tu te sauuas à Barcelonne ?
De Barcelonne, tu gaignas
Ton Pays, où tu besoignas
Si bien que tu deuins la Gouge
D'un autre Bougre à bonnet rouge.
O que s'il t'eust abandonné,

· Voyez dans le 1er volume la Lettre à M. le cardinal, burlesque.

Ou bien s'il ne t'eust rien donné,
Ton incroyable destinée
Par ce très sortable Himenée
De toy, Prince des Maquignons,
Auec la vendeuse d'oignons,
Eust esté bornée en Espaigne
A reuendre quelque Chastaigne,
Sans nous faire vn Prince d'vn fou,
Et nous le mettre sur le cou !
Mais ton Altesse Mazarine
N’est qu'vne Altesse Triueline.
La fortune se changera,
Et son ouurage deffera
Par quelque rude coup de fronde,
Faisant raison à tout le monde.
O que l'aueugle resuoit bien
Quand au malheur des gens de bien
Elle fit du Val de Mazare
Sortir ce ministre si rare !
De Mazare, vient Mazarin,
Des Canaries, Canarin;
Comme on dit le Manceau du Maine,
Le Tourangeau de la Touraine,
Basque, Champagne ou le Picard,
Ou quelque autre nom d'autre part;
Comme en vsent en nostre France
Les faquins de basse naissance.
Tu nous as, par adresse ou non,
Escamoté quelque renom.
Moy, ie crois que c'est par fortune.
Ne m'en porte point de rancune.
Ie deffere à la verité
Plus qu'à la Cardinalité.
Va, va t'en donc où l'on t'enuoye ;
Qu'icy iamais on ne te voye.

Va rendre compte au Vatican
De tes meubles mis à l'encan;
Du vol de nos tapisseries;
De celuy de nos Pierreries;
Du sale trafic de Mondin',
Autre Gredin fils de Gredin;
De tes deux cers robes de chambre;
De tes excez de musque et d'ambre;
De tes habits, vieux et nouueaux;
Du beau palais de tes cheuaux ";
D'estre cause que tout se perde ;
De tes caneçons pleins de merde;
De tous tes manquemeris de foy;
De la nourriture du Roy;
De l'impudente simonie
Que tu fais sans cérémonie;
De tes conseils si violens ;
De tes procédez insolens;
Du désordre de nos armées ;
De nos Prouinces affamées;
De Courtray d'où par trahison
Tu fis sortir la garnison • ;
De Lérida deux fois manquée,
Quoy que deux fois bien attaquée" ;
Du fruict du grand combat de Lens
Perdu par tes conseils trop lens;
De la Catalogne réduite
Au désespoir par ta conduite;
Du Duc de Guize mal logé
Dans Naples qu'on a négligé;
De la dizette des Prouinces;
Du péril que courent nos princes,
Qui sont à la guerre, tandis
Qu'en ton palais tu t'ébaudis;
Du Duc de Beaufort mis en cage,
Digne effect de ton grand courage;
D'vn Mareschal de France pris
Pour la récompense et le prix
D'auoir bien fait à Barcelonne";
Du vol du Duché de Cardonne;
D'auoir fait prendre vn faux bouillon
Au feu président Barillon;
De la Reyne persuadée
De ta sincérité fardée ;
Des Anglois qui n'ont point de pain,
Que tu laisses mourir de faim ;
Et de leur Reyne désolée
De ses bagues par toy volées ;
Du Vénérable Parlement
Traitté par toy peu dignement;
Et de la pauure France Etique
Par ton auarice Hydropique;
De l'argent qu'on a destourné
Au nom de Portolongone;
D'auoir, courretier de Priape,

* L'abbé Mondini, domestique du cardinal Mazarin. « Il (le cardinal) sait fort bien... composer des pâtes et des eaux luxurieuses, telles que celles qu'il donnoit à garder à son fidèle dépositaire , Mondini, et qui ayant esté trouuées à l'inuentaire de cet honneste ecclésiastique, causèrent yn estrange scandale à ceux qui eurent la curiosité d'en goûter. »

Réponse au libelle intitulé : Bons auis, etc. [3377).

* Voyez dans les Diuerses pièces sur les colonnes et piliers des maltotiers les vers Sur les écuries du Sicilien, 1er volume.

3 En 1647, pendant que le prince de Condé faisait le siége d’Ypre. C'était Palluau, depuis maréchal de Clérambaut, qui commandait dans Courtray.

* Par le comte d'Harcourt en 1646, et en 1647 par le prince de Condé,

· Le maréchal de La Mothe Houdancourt, duc de Cardone.

* Les Anglais qui étaient venus à Paris avec Henriette de France, femme de Charles Ier.

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