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Les Sentimens ďvn fidelle subiet du Roy sur

l'Arrest du Parlement du 29e déc. 1651 (3648]'.

(1er janvier 1652.)

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De mettre à prix la teste et la vie des hommes, en sorte que celuy qui se voit sousmis à vn iugement si rigoureux, ne considère plus tous les autres hommes que comme autant de furies et de bourreaux qui pensent auoir droit de le massacrer, et regarde toute la terre deuenue comme le théâtre de son supplice, c'est sans doute vn suiet capable de toucher de compassion les âmes les plus dures et les plus insensibles; mais que ce genre de condamnation , ou inouy en tant de lieux du monde, ou reserué à la punition des plus scélérats d'entre tous les Corsaires et les brigands publics , soit pratiqué nouuellement et où? dans vn païs estimé iusques à cette heure l'asyle général des malheureux, et par qui ? par vn peuple renommé sur tous les autres aussy bien pour la douceur que pour la grandeur de son courage, et contre qui? contre un Chef des Conseils du Roy, contre vn premier Ministre d'Estat, d'autant moins digne d'vn si rude traitement que ses plus cruels ennemis ne l'osent

· Cette pièce a été attribuée à Martineau , évêque de Bazas ; à Cohon, évêque de Dol, à Servien et à Silhon. Je pencherais plus volontiers pour l'un des deux prélats. Toujours est-il que les Sentimens d'vn fidelle subiet du Roy eurent une sorte de caractère officiel puisqu'ils furent d'abord imprimés au Louvre. Cette édition là ne se vendait pas. Celle qui fut livrée au commerce, ne parut que le jeudi saint. Elle se distingue de la première en ce qu'elle contient un passage où il est parlé de l'arrêt contre l'amiral de Coligny, et qu'elle n'a que quarante-huit pages.

accuser de la moindre cruauté, contre yn cardinal de la Maistresse auguste de toutes les Églises et contre øn Prince de la Ville capitale du Royaume de lésus-Christ, ie dis hardiment que c'est vñ prodige d'inhumanité qui doit attirer l'horreur de tous les siècles et couurir d'vn opprobre éternel et ineffaçable ceux qui se glorifient d'en estre les autheurs.

On sçait assez que Monseigneur le Duc d'Orléans, par vn malheur déplorable en vn si grand Prince, n'a pas éu peu de part à vne entreprise si estonnante ; mais aussy ceux qui scauent quelle est la bonté et la tendresse de son natürel , tout humain et tout royal, ne doutent point qu'en cette occasion il n'ait agi par des impressions estrangères, que l'on n'ait séduit son esprit pour abuser de la sincérité de ses intentions, et qu'il n'ait souffert violence auant que de la faire ou de l'authoriser par son suffrage.

l'en dis de même du puissant Sénat qui à prononcé cet arrest funeste tumultuairement et à l'impoúrueu, se laissant aller au torrent d'vne cabale née de l'animosité de peu de personnes offencées et intéressées, n'estant pas croyable qu'vne Compagnie qui a receu du Roy tout ce qu'elle a d'authorité, et qui pour l'ordinaire á paru ne point auoir de sentiment plus vif ny plus pressant que pour la défense de son Prince, ait esté capable d'ellemesme et par son propre mouuement d'vné résolution de cette qualité.

Mais quant à ceux qui ont esté les principaux et les véritables instrumens de cette action toute extraordinaire, à quoy pensoient-ils? et de quel esprit, de quel génie auoient-ils l'âme poussée et transportée ? Qu'a de commun la France auec vn dessein , ie ne dis pas si pernicieux, mais si bas et si sanglant, ou si contraire à l'humanité et à la générosité Françoise ? pour satisfaire la haine et la passion de peu d'auares , d'ambitieux et de brouillons contre vn Ministre qui s'est opposé à leurs factions et à leurs cabales, de tout ce qu'il y a de François, falloit-il en faire des bourreaux par vn arrest public et solemnel de la première des Cours souueraines de l'Estat ; abandonner à l'audace et à la rage du dernier des hommes vne teste couronnée de la pourpre Romaine; la proposer pour rançon des criminels qui l'auroient coupée; promettre ou vendre aux voleurs et aux meurtriers l'impunité de leurs excès pour vn assassinat et pour vn parricide; et signaler l'essay d'vne procédure si peu chrestienne sur vne personne honorée de la plus éminente des dignitez sacrées , après celle du très-sainct et du très-heureux Père de tous les fidelles ?

Et en effect , représentons-nous que quelque furieux, sous couleur d'exécuter le iugement d'vne Compagnie souueraine, vinst à plonger ses mains dans le sein et dans le sang de ce Prélat infortuné; qui ne frémiroit d'horreur à la nouuelle d'vne violence si tragique? Qui de tous ceux qui ont souhaité et coniuré le plus ardemment sa perte, ne changeroit sa haine et sa vengeance en effroy et en pitié ? Et qui ne seroit saisi de douleur voyant ou le nom François malheureusement flétry par l'infamie et par l'atrocité d'vn attentat qui paroistroit d'autant plus iniuste qu'on auroit voulu l'appuyer de l’authorité des Loix et de la Iustice ; ou le plus vénérable de tous les ordres du Royaume outragé et rendu méprisable par vne blessure et par vne infraction si insupportable de ses immunitez et de ses priuileges , que les Souuerains mesmes qui ont eu quelque teinture de la

piété chrestienne, ont tousiours réuérez; ou enfin la maiesté du Siège Apostolique violée presque au premier chef par le massacre et par la mort de l'vn de ses membres principaux qui forment et composent selon les Canons et le sentiment commun des Docteurs le corps inuiolable de lésus-Christ en terre ? Dieu par sa saincte grace nous veuille préseruer d'un accident si horrible et si détestable! ....................

Et pour examiner le premier de ces trois chefs qui prouuent en cette rencontre l'innocence du Cardinal Mazarin et le mettent à couuert également de la puissance des Magistrats et de la violence des particuliers, y a-t-il homme si ignorant et si peu versé dans les coustumes et dans les loix de ce Royaume qui ne sçache que les Euesques , et par conséquent ceux à qui la France donne vn rang d'honneur beaucoup plus esleué que celuy des Euesques, ne reconnaissent point, hors les causes ciuiles, la iuridiction des Cours séculières et ne répondent point directement deuant le tribunal des Iuges laicques, non pas même en cas de crime de lèseMaiesté? Cette vérité ne doit pas estre prouuée par d'autres ténioins que par ceux mesmes, lesquels au préiudice de l'authorité de leurs anciens arrests ont vsurpé celle de iuges en yn faict dont la connoissance, par leur propre aueu, ne leur appartient point. Le grand Roy François ayant résolu de faire le procès à deux Euesques qui luy auoient manqué de fidélité en coniurant contre son seruice auec les ennemis, et ayant consulté le Parlement des Pairs sur vne affaire de cette importance, cette Cour auguste répondit à cet auguste Prince, que son pouuoir Royal ne s'estendoit pas à ces matières et que dans l'ordre commun et légitime , elles

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deuojent être terminées par vn iugement Épiscopal et Apostolique. Et sans mentir, cette vénérable Compagnie ne pouuoit donner à son Roy yn aduis plus sage, plus iudicieux, plus euangélique, ny mieux fondé sur la pratique des Royaumes Chrestiens, et particulièrement du premier de tous , qui est le Royaume de France. . Et quant à ce qui nous touche pour la preuue d'vne coustume si louable, il me suffira dans une infinité d'exemples que l'histoire nous rapporte , d'en choisir quelques vns dont les premiers ont paru sous la plus ancienne race de nos Princes, dont la mémoire est en bénédiction pour auoir produit les premiers Roys Chrestiens de nostre nation; et les autres sous la seconde, dont la gloire doit estre immortelle pour auoir basty vn nouuel empire destiné à la défense de l'Eglise vniuerselle et du Royaume éternel de lésus-Christ en la personne de son Vicaire général en terre. ........ .......................... Et pour quel suiet donc, et par quel mystère faudra-t-il qu'vn seul Cardinal Mazarin n'ait point de part à vne immunité et à vne prérogatiue si considérable des Prélats de l'Eglise sainte? Estce peut estre que l'on n'estime pas qu'il soit raisonnable d'estendre aux cardinaux du throsne de sainct Pierre ce priuilege des Euesques ? Cette défaite seroit insensée, ridicule et opposée au sentiment commun de toute l'Eglise , par le consentement vnanime de laquelle ces premiers appuis de la chaire des Apostres, ces enfans choisis de la mère des fidelles, ces assistants et électeurs sacrés du chef visible du corps mystique de lésus-Christ, ces Pères reuestus et couuerts de pourpre par yn droict particulier en témoignage de leur dignité Royale se voyent esleuez à vn si haut comble de grandeur et de

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