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gloire que selon la pensée de tous les Docteurs les loix publiques ne les peuuent obliger si elles ne les marquent expressément, comme il fut allégué dans le sainct Concile général de Trente. Estce que les crimes et les désordres imputez à ce déplorable Cardinal sont des désordres et des crimes inouis? et qu'ils surpassent incomparablement ceux qui n'ont pas priyé de cet auantage les anciens Euesques, dont ie viens de parler ? Mais le Cardinal Mazarin a-t-il eu, comme eux, des intelligences ou signé des traitez auec les ennemis de l'Estat ? A-t-il, comme eux, corrompu la fidélité des suiets du Roy? L'a-t-il, comme eux, exposé à la risée et à la fureur de ses rebelles? L'a-t-il, comme eux, traité d'excommunié, esloigné des autels et du commerce des Chrestiens ? Luy a-t-il, comme eux, rauy la liberté auec la couronne, ou attenté, comme eux, sur sa personne et coniuré sa mort? Qu'on choisisse le moindre de ces excez dont les anciens Prélats de France ont esté coupables ou chargez , et que l'on consulte la haine ou l'enuie la plus implacable qui se soit allumée depuis peu d'années contre ce Ministre malheureux; il est sans doute qu'elle n'oseroit, je ne dis pas l'en accuser, mais l'en soupçonner.

Que si l'ayant trouué pur et innocent de toutes fautes mesmes apparentes enuers son Roy et son Prince souuerain, on recherche les iniures qu'il auroit pu faire aux particuliers, on verra pour la pluspart qu'ayant comblé de grâces les vns, et pardonné, souffert ou dissimulé les outrages des autres, il ue s'est procuré l'inimitié et attiré la persécution de tous que par l'excez de ses largesses enuers les vns, et de sa patience enuers les autres; l'oubly des iniures ne luy estant pas moins naturel que le souuenir l'est pour l'ordinaire au reste des hommes, et sa bonté ayant paru si rare et si inuincible que ses ennemis sont tousiours en estat de pouuoir l'offenser ou se réconcilier auec luy impunément, sçachant qu'ils font la guerre ou la paix auec vn homme qui ne se venge point. Ie ne veux donc point que l'on considère les seruices signalez qu'il a rendus par ses soins et ses conseils au Roy et à l'Estat : L'Espagne domptée, l'Italie protégée,

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frontières tousiours reculées, iusques à tant que le tumulte des nouuelles intrigues eust trauersé le cours de nos prospéritez domestiques et estrangères. Que l'on n'ait égard purement qu'à l'innocence de ses mœurs et de sa conduite; faut-il qu'autrefois des Prélats atteints de crimes les plus noirs et les plus irrémissibles ayent pu d'abord se garantir de la séuérité des Cours Royales et Ciuiles pour ne respondre et ne comparoistre que deuant leurs confrères, et qu'vn seul Cardinal Mazarin qui les précède en rang et en honneur et dont la vie particulière et l'administration publique n'ont esté suiettes iusques à cette heure à aucun reproche iuste et légitime , trouue cet azile et ce port fermé à la défense de sa réputation, de ses biens, de son salut et de sa dignité ?

Mais en cette occasion n'appuyons pas le droit infail

morables de ce qui s'est veu et pratiqué de tout temps en France, ny sur le témoignage et les arrests exprès de ceux qui ont depuis peu entrepris de le iuger. Consultons l'oracle de l'une des plus sainctes et des plus inuiolables conuentions qui ayent esté passées entre nos Roys et les Souuerains Pontifes. Ce fameux Concordat arresté depuis plus de cent trente ans entre le Pape Léon X et

CON

le grand Roy François, et ensuite vérifié et enregistré dans cette première de nos Compagnies souueraines et obserué de part et d'autre auec tant de religion, ne porte-t-il pas formellement qu'en cas de crime le Pape enuoyera et commettra des Iuges sur les lieux pour connoistre des crimes des Éuesques ; mais pour les Cardinaux de l'Eglise Romaine, il en retient les causes et s'en réserue à luy seul la connoissance ?

Que peut-on souhaiter de plus décisif, de plus authentique, de plus fort, de plus inuincible en faueur de ce Prélat? En haine d'vn seul homme, est-il iuste de violer la saincteté d'vn traité si solemnel ? Ne pouuons-nous estre Iuges d'vn coupable prétendu sans esbranler les fondemens de la Iustice? Et pour authoriser vn parricide en la personne d'vn Cardinal, faut-il deuenir infidelle au Pape mesme et au souuerain maistre de la Foy ?

Il est donc visible que Monsieur le Cardinal peut establir la première nullité de sa condamnation sur l'incompétence et sur l'entreprise de ses Iuges : il est Cardinal; en matière criminelle, il ne doit répondre qu'à l'Église.

Mais supposons néantmoins que ceux qui l'ont iugé, ne soient blasmables d'aucune vsurpation et qu'ils soient demeurez dans les limites de leur puissance légitime; ont-ils suiuy l'ordre de la Iustice? ont-ils gardé scrupuleusement, comme le réquéroit vne si grande affaire, les formes iuridiques et accoustumées en pareilles occasions ? Le Cardinal Mazarin est accusé d'estre entré dans le Royaume au préiudice de la déclaration du Roy'; et

Déclaration du Roy portant défenses au Cardinal Mazarin .... de rentrer dans ce Royaume , etc. (923]. Sammen

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là-dessus on condamne ce Prélat, on le proscrit, on met sa vie en proye à la rage des meschans. Mais dans vne rencontre si importante, ne falloit-il pas employer auec la dernière exactitude les formes ordinaires qui accompagnent les iugemens publics et solemnels et qui peuuent estre appelés auec raison le fondement des Loix, la lumière de la Iustice, le rempart de l'innocence, l'âme des conseils et vn frein qui arreste la licence et la témérité de Iuges passionnez ou corrompus ?

On asseure donc que le Cardinal Mazarin est entré en France et que par cette entrée il a violé les défenses du Roy; mais dans cette occasion, l'ordre naturel de la Iustice ne demandoit-il pas que l'on s'éclaircist et que l'on informast iuridiquement d'vn faict de cette conséquence? Or où sont les tesmoins qui chargent ce coupable? Deuant quel Iuge ont-ils faict serment de ne point blesser la vérité ? Et les a-t-on ensuite confrontez , selon qu'il s'obserue en pareilles occasions ? Toute la déposition que l'on a receue, est celle de Monseigneur le Duc d'Orléans, dont la naissance et la condition Royalle ne permettoient pas que l'on pratiquast en sa personne ce qui se pratique ordinairement en celle des tesmoins. .... . .. .... .. .... .. ... ... ... ... Mais pour venir au suiet particulier dont il s'agit icy, la régularité de la procédure, en ce qui touche la vie des hommes, est vne condition si fondamentalle et si essentielle pour authoriser vn meurtre qu'vn docte Religieux, illustre par sa probité et par ses ouurages et Confesseur du grand Empereur et Roy d'Espagne Charles Quint, s'estant proposé cette question particulière, de sçauoir si on est obligé d'obéyr au Roy quand il nous commande de tuer vn homme, la résout en répondant, qu'on y est

obligé ou qu'on le peut en conscience quand le Roy procède par les formes légitimes; qu'autrement on ne le doit ny on ne le peut. Que si la distinction de ce Théologien célèbre a lieu à l'égard du Roy dont la puissance paroist estre sans limites et à qui mesme la nécessité des occasions et des affaires ne permet pas quelquefois de recourir aux moyens accoustumez, combien plus est-il iuste et nécessaire d'en vser à l'égard des Magistrats qui n'ont point de part aux mystères de l'Estat et dont l'authorité et la iuridiction doiuent tousiours estre renfermées dans les formes qu'il a plu au Roy de leur donner? Et l'on croira néantmoins que sous prétexte d'vn commandement donné irrégulièrement, sans enqueste, sans témoins, non par le Roy, mais par vn Parlement, non par vn oracle du Souuerain, mais par vne ordonnance d'vne simple Cour de ses Officiers et de ses ministres, il est permis, chose détestable! de répandre le sang d'vn Cardinal et en mesme temps de couurir d'vn deuil général et éternel l'auguste corps des Princes de l'Église , de qui ce coup mortel auroit offensé sacrilègement la dignité, comme l'arrest qui le commande, réduiroit, s'il auoit lieu, leur personne sacrée à la condition des plus infasmes criminels!

Mais auouons, ce qui n'est pas, que dans cette occasion le Cardinal Mazarin a esté iugé et condamné par ses Iuges naturels et qu'en le condamnant d'une manière aussy rigoureuse que nouuelle, ils n'ont rien obmis des formalitez de la Iustice; ont-ils eu matière de conclure et de prononcer contre luy vn si séuère iugement ?

Vn Prince du sang esleué plus que iamais nul autre en biens, en charges , en Gouuernemens, en places, en

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