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Récit véritable de tout ce qui s'est passé à

lHostel de Ville touchant ľVnion de Messieurs de Ville et du Parlement auec Messieurs les Princes pour la destruction du Cardinal Mazarin (3028]'.

(4 juillet 1682.)

Enfin c'est à ce coup,'chers Parisiens, que le Ciel vous fauorise puisque Messieurs de Ville et Messieurs du Parlement ont signé l'vnion auec Messieurs les Princes pour la destruction du Cardinal Mazarin, puisque iamais vous ne fussiez sortis de la misère où vous estiez, si vous n'eussiez pris les armes pour les contraindre à se ioindre auec ceux qui vous ont monstré auec tant de valeur que leur sang n'a pas esté épargné pour vous deffendre. Mais ie serois trop prolixe si ie voulois vous entretenir de la dernière deffaite, veu que vous en auez veu diuerses Relations, n'ayant mis la main à la plume que pour vous réciter ce qui s'est passé à l’Hostel de cette Ville de Paris touchant l'vnion que Messieurs de l'Hostel de Ville et du Parlement ont esté contraincts de signer pour se ioindre auec Messieurs les Princes pour la destruction du Mazarin. Vous sçaurez donc que Monsieur le Prince s'estant acheminé au Palais d'Orléans pour parler à son Altesse Royale, vn marchand de cette ville estant à la porte du Palais d'Orléans, luy dit : « Monseigneur, les Boulangers nous ont apporté du pain; mais ils remportent de la poudre et des boulets pour nous battre. » Sur quoy Monsieur le Prince n'a fait que baisser la teste; et puis ensuite tous les Princes et Seigneurs sont arriuez en après afin d'accompagner Messieurs les Princes à l'Hostel de Ville , afin de sçauoir de ces Messieurs s'ils auoient dessein de se ioindre auec eux; où estans dedans, vn Soldat qui gardoit la venue de la rue de la Mortellerie, est venu dire aux autres qui gardoient la porte, qu'il estoit besoin de sçauoir ce qu'ils résouderoient, et qu'il falloit enuoyer quelque officier en haut pour sçauoir si on laisseroit sortir Messieurs de Ville sans auoir signé l'Union; mais en vn instant on s'est mis à crier: Point de Mazarin ! par plusieurs fois des fenestres de l'Hostel de Ville, où Monsieur le Duc d'Orléans disoit à Messieurs qu'il les remercioit d'auoir laissé passer ses troupes par cette Ville et qu'il ne l'oublieroit pas. Monsieur le Prince leur en ayant dit autant, puis S. A. R. ayant repris la parole, leur a dit qu'il estoit venu aussi pour sçauoir d'eux s'ils estoient résolus de signer l'Vnion pour éloigner le C. M. Mais ils luy ont répondu qu'ils désiroient auoir encore huit iours. Mais après, Messieurs les Princes estant sortis de l’Hostel de Ville, ils dirent au peuple qu'ils n'auoient pas voulu signer l’Vnion et qu'ils eussent à les contraindre et qu'il ne falloit plus de remise; où la populace s'estant assemblée, on voulut entrer dedans ; mais ayant fermé la porte , les Bourgeois se mirent à tirer aux fenestres de l’Hostel de Ville, et d'autres en deuoir d'aller querir des fagots pour mettre le feu aux portes d'icelle; mais ceux qui estoient dedans, s'estant mis en effet de les empescher, ont tiré enuiron quelques quatre vingts coups de fusil par la visière de la grande porte, mais sans aucun effet que d'auoir tué deux ou trois hommes ; ce qui n'a seruy que de r'animer ceux qui y estoient, lesquels ayant allumé le feu à toutes les portes, ont fait encor plusieurs décharges et se sont mis à courir de tous costez pour voir s'ils pourroient entrer dedans et forcer les portes; mais Messieurs de l'Hostel de Ville et du Parlement, ayant veu qu'ils ne pouuoient pas résister et qu'il falloit signer l'engagement auec Messieurs les Princes, ont fait paroistre yn drap aux fenestres, tandis qu'vn Trompette les sommoit de parler; lequel a esté exposé l'espace d'vn quart d'heure, tandis qu'ils escriuoient l'Union, lequel ayant ietté par la fenestre, ce peuple l'a ramassé à dessein de le lire; mais vne troupe estant suruenue sur nous, nous n'auons pas eu le temps de le lire qu'à moitié, le Peuple s'estant ietté sur nous et nous l'ayant déchiré, criant après nous aux Mazarins ! Mais ie ne vous diray pas ce qu'il y avoit dedans, d'autant qu'ils en ont encor ietté vu autre après celuy là, sinon que voyans qu'on ne cessoit de tirer, ils ont ietté le drap qu'ils auoient exposé à la fenestre en bas; où le Peuple l'ayant ramassé et veu s'il n'y auoit point d'argent, s'est mis à crier : « Iettez le au feu ; il faut tout tuer. Point de quartier! point de quartier! » Et l'ayant ielté au feu, ils ont encor ietté vn autre billet pour monstrer qu'ils désiroient l’Vnion , duquel la teneur ensuit : « L'Vnion de la Ville et du Parlement auec Messieurs les Princes pour la destruction du Cardinal Mazarin. » Signé LEMAIRE'.

On verra plus loin que ce récit a été écrit par un témoin oculaire qui était sur la place de Grève pendant l'incendie.

2 Il s'agit ici du combat livré le 2 juillet dans les rues du faubonrg Saint-Antoine. On trouvera les titres de ces diverses relations dans la Liste chronologique des Mazarinades.

Greffier en l'Hôtel de Ville.

Mais le Peuple n'a pas délaissé de redoubler ses charges et de tirer encor aux' fenestres ; puis se sont mis encor à porter des pièces de bois pour acheuer de brusler la grand’porte; mais les Messieurs voyans qu'ils estoient en danger de périr et que l'on ne cessoit point de tirer et de crier : Point de quartier! en ont ietté encor vn autre, lequel ayant esté porté à S. A. R., l’a signé aussi tost et a enuoyé Monsieur le Duc de Beaufort pour pacifier le tout. Mais cela n'a pas empesché qu'il n'y ait eu plusieurs de Messieurs de tuez et toutes les portes de l'Hostel de Ville bruslées. Mais ce seroit faire tort aux Parisiens et à tous ceux qui se sont trouuez en ce rencontre, que de ne pas louer la prudence qu'ils ont eue en se monstrant plus sages que non pas les Soldats, veu qu'ayant tiré d'une caue plusieurs pièces de vin et l'ayant exposé en pleine Grèue pour le boire, ils n'en ont iamais voulu gouster, disant : « Ne buuons point. Point de vin ! Point de vin ! » et ie vous asseure que si nous secondons nos Princes et que le courage ne nous manque non plus que là, nous emporterons la victoire sur tous les Mazarins, moyennant le secours du Tout Puissant, lequel ie prie de vouloir seconder nos desseins afin que , iouissant d'vne parfaite Paix, nous puissions luy rendre grâce des bénéfices qu'il nous a faits et fait tous les iours.

Liste générale de tous les morts et blessez, tant

Mazarins que Bourgeois de Paris, à la généreuse résolution faicte à l'Hostel de Ville pour la destruction entière des Mazarins, ensemble le suiet de l'Institution de l'Ordre des Cheualiers de la Paille par l'ordre de Messieurs les Princes et de Mademoiselle [2320].

(4 juillet 1652.)

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Ieudy, quatriesme iour de Iuillet', Messieurs les Princes auec Mademoiselle se transportèrent tous à l'Hostel de Ville pour faire conclusion de toute l'assemblée et faire vne Vnion générale par ensemble. Et chacun désirant de voir cette fin et Mademoiselle estant contente de voir cette amitié si grande pour le seruice du Roy et de Messieurs les Princes, il fut conclud ainsi qu'il auoit esté faict à la bataille dernière, que tous les Soldats sous la conduite de Monsieur le Prince porteroient vne reconnoissance de leur partie, sçauoir de la paille tous à leur chapeau; et Mademoiselle voyant le Peuple si animé au seruice de leur liberté, c'est-à-dire la Paix en ce Royaume , elle ordonna que chacun porteroit de la paille au chapeau, tant que la Paix fut faite; dont son Altesse Royale et Messieurs les Princes et aussi Mademoiselle en portoient les premiers; et que si aucun y auoit qui ne voulust accepter cette belle marque, il seroit déclaré Mazarin. L'Assemblée estant finie, les Princes et Mademoiselle se retirèrent sans aucune satis

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