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faction. Le peuple se souleuant contre les Mazarins, le feu y fut mis; et chacun animé, de part et d'autre, se défendit pour la destruction entière de cette engeance, l'ayant bien fait paroistre par la mort de tant de braues Bourgeois et gens de mérite dont s'ensuiuent les noms :

Monsieur Boulanger, blessé au bras gauche;

Monsieur de lanury, dit de Feran, conseiller, place Maubert, tué;

Monsieur de Precen, marchand de fer, rue Galande, dit la place Maubert, tué;

Le fils de Monsieur Flexelle y a esté tué;

Le Vicaire de Sainct Iean en Grèue fut bruslé dans les flammes pensant se sauuer.

Celuy de Sainct Sauueur, pareillement bruslé.

Le Curé de Sainct Barthélemy, estropié d'vne busche que l'on iettoit dans le feu;

Le Curé de Sainct Symphorien, blessé à la cuisse;

Le Vicaire de Sainct Estienne n'eust aucun mal; mais sa constance fut telle qu'il demeura trois heures entières entre trois Archers de la Ville qui estoient tuez, dont nous dirons les noms cy dessous:

Le premier est Garualet dans la rue des Petits Champs;

Le second est Maurice, à la rue de Croisay, proche la rue des Célestins;

Le troisiesme est du faulxbourg Sainct Germain, à la Marmite.

Plus, Monsieur Yon, escheuin, blessé au bras; Monsieur le Mair, Greffier en l'Hostel de Ville, blessé au bras';

· Le Maire ne fut pas seulement blessé au bras. Attaqué dans son bureau par des hommes qui cherchaient la caisse de la ville, il reçut plusieurs coups de baionnette. Il fut enfin, après une énergique défense,

Monsieur l'Enfant, marchand en la rue Sainct Denis, blessé.

Le Préuost des Marchands fut blessé à l'espaule par yn Archer ou quelque autre personne inconnue, dans leur déroute, dont il demeura trois heures sans dire mot, ne sçachant s'il contrefaisoit le mort ou viuant; puis après il reuint à luy et sortit par vne fenestre qui iette dans l'église du Saint Esprit , vis à vis du grand Autel, auec les Escheuins.

Deux Crocheteurs, demeurant l'vn et l'autre dans la rue de la Mortellerie au Coq, proche du petit Iardinet , y ont esté tuez;

Deux compagnons Coutelliers, demeurant dans la rue de la Coutellerie, l'vn au Coutelas, et l'autre à la Hallebarde, y ont esté tuez.

Plus, vn nommé Liégault, blessé à la gorge d'vn coup de mousquetade;

Deux Trompettes, arriuez de la part du Roy au Préuost des Marchands, tuez et bruslez, se voulant sauuer; · Vn Chanoine du Sépulchre, Mazarin, tué;

Le Vicaire de Sainct Leu Sainct Gilles, blessé à la cuisse d'un coup de mousquet;

Vn Marchand de fer de la rue Sainct Martin, proche Sainct Iulien le Ménestrier, blessé.

Plusieurs Portefez, Charbonniers et autres gens trauaillant sur le port, y ont esté blessez.

obligé de racheter ce qui lui restait de vie à prix d'argent. L'assemblée de ville prit, le 18 juillet, une délibération par laquelle, en reconnaissance de ses services et en témoignage de satisfaction pour son courage, elle lui conserva son office de greffier « pour en disposer par sa veuve, enfants et héritiers après sa mort, à leur volonté. »

Monsieur Mathieu, Médecin, demeurant en la Montagne Saincte Géneuiefue, blessé au bras droit.

Deux Colonels, Mazarins, y estant incognito, l'vn blessé à la cuisse et l'autre au costé'. .

Le Vray semblable sur la conduite de Mgr le

cardinal de Retz [4081] ”.

(4 juillet 1652).

Ie ne puis comprendre l'emportement ou plustost l'aueuglement de nostre siècle ; je ne void personne qui ne se pique de Politique; je ne void personne qui ne décide sur les affaires d'Estat; et ie ne void personne qui les cognoisse. Le vulgaire ne se contente pas de former des coniectures; il pénètre iusques dans le secret des cabinets; il perce les mystères les plus cachez; il aioute à des cognoissances imaginaires des phantaisies chimériques. Ainsi tout est plein de fausses lumières ; ainsi les impressions ou iettées par l'artifice des imposteurs, ou naissantes dans les esprits par vn raisonnement bizarre et mal fondé estouffent les plus belles véritez; ainsi nous calomnions nos libérateurs, et nous couronnons nos tyrans.

· L'exemplaire de la Bibliothèque nationale porte une note manuscrite d'une écriture du temps, qui est ainsi conçue : « Tuez: M. Le Gras, Maistre des Requestes; M. Miron, maistre des comptes, qui sont les 2 collonnels sy dessus, des plus affectionnez pour le parti des Princes. » Je trouve en effet Miron, sieur du Tremblay, maître des Comptes, dans la Liste de messieurs les colonels de la ville de Paris, etc., en 1649 [2307), mais point Le Gras.

Ce pamphlet est avoué par le cardinal de Retz dans ses Mémoires.

l'ay essayé, pour me tirer de ces labyrintes dans lesquels nos esprits se trouuent enueloppez, de démesler ces confusions; ie me suis proposé de ne plus chercher la vérité dans le discernement des faits, qui reçoiuent vne infinité de iours tout différends, qui sont contestez iusques dans leurs moindres circonstances par les deux partis; et i'ay voulu iuger du vray par le vray semblable, qui ne fait pas tousiours, à la vérité, vne raison démonstratiue , mais qui est pourtant assez souuent et presque tousiours opposé au faux, et à mon sens la règle la plus certaine dans ces sortes de suiets si diuersifiez, si mystérieux, si pleins d'obscuritez et de nuages, que l'on peut dire auec beaucoup de raison qu'il est impossible de les pénétrer par d'autres moyens.

Sur ce fondement, i'ay fait des réflections sur la plus grande partie de tout ce qui s'est fait depuis nos derniers troubles. l'espère de les donner au Public dans quelque temps. Celles que vous lisez présentement sur la conduite de M. le Cardinal de Retz, ne seruent que d'essay pour vn plus grand ouurage; ie les ay choisis de préférence pour cet effet parceque les bruits que l'on a respandu contre luy, m'ont paru plus particulièrement que tous les autres opposez au vraysemblable.

Les Libelles qui ont esté composez depuis quelque temps sur son suiet , nous veulent faire croire qu'il a soustenu les intérests du Mazarin. Y a-t-il apparence qu'il souhaitte la conseruation et qu'il procure l'agrandissement d'vn Ministre qu'il a attaqué dans sa plus grande puissance, qu'il a cruellement offensé dans vne infinité de rencontres différentes et dont la grandeur est incompatible auec la sienne par la ialousie naturelle qui est entre eux par leurs dignitez ? Le Cardinal de Retz

est il assez stupide pour prendre confiance aux promesses du Cardinal Mazarin ? Le Cardinal Mazarin est il assez hardi pour ne pas craindre la vigueur du Cardinal de Retz? Le Cardinal de Retz a-t-il paru iusques icy assez attaché aux intérests de M. le Prince pour auoir procuré le retour du Cardinal Mazarin, qui luy a redonné tous les aduantages que les succez si malheureux qu'il auoit eus en Guyenne, luy auoient fait perdre? Le Cardinal de Retz trouuoit il quelque utilité à la seule chose qui estoit capable d'obliger Paris à receuoir M. le Prince? Si le Cardinal de Retz vouloit agir en homme de bien, se pouuoit il résoudre à contribuer à vne action si fatale à l'Estat? et si l'ambition estoit le Principe de sa conduite, prenoit il le restablissement du Mazarin, d'vn Ministre tout puissant à la Cour, d'vn Fauory qui ne laisse aucune part dans les affaires, mesme à ses meilleurs amis; se seruoit il, dis ie, de son restablissement comme d'un instrument fort propre pour contenter sa passion ? Cela peut estre vray; mais il faut auouer que cela n'est pas vraysemblable.

On nous a voulu persuader par vne infinité d'escrits et de discours respandus dans le Public, que M. le Cardinal de Retz auoit des négociations à la Cour. Est il croyable que ses intrigues, ses cabales, ses traittez ayent esté si secrets que l'on n'ait iamais pu, ie ne dis pas le conuaincre, mais auancer vne seule preuue particulière; que ceux qui auoient tant d'intérest à iustifier ce qu'ils publioient si hautement, ayent esté obligez de se contenter de ietter des bruits vagues, des bruits que l'on iette également contre les plus innocens et contre les plus coupables ? et y a-t-il apparence qu'vn homme ob

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