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de la discipline de la vraye Religion, attaqué par les ar-
mes, irrité par les plumes, diffamé par vn million d'in-
uectiues, estant paruenu enfin à la Royauté, il s'y est
comporté si légalement qu'il n'a iamais fait bresche à
aucune loy fondamentale de l'Estat, n'a iamais contraint
aucune compagnie de Iudicature, n'a pas mesme molesté
aucun particulier de ceux qui les composoient, iusques-
là que pour faire passer l'Edict de Nantes, il prit soin
d'honorer le Président Séguier de l'ambassade de Ve-
nise pour éuiter sa contradiction. Nous sçauons encore
que s'estant échappé à quelque parole yn peu dure con-
tre le Président de Harlay, il le renuoya quérir dès le
lendemain pour luy en faire des excuses. C'est pour
cette raison plustost que pour ses exploits militaires, que
nous luy auons donné le titre de Grand; et ce fut en
cette veue qu'on mit sous son pourtraict (ie pense que ce
fut le Cardinal du Perron) :

Ce grand roy que tu vois, de sa guerrière lance
Subiugua ses suiets contre lui réuoltez;
Mais d'vn plus braue cæur, quand il les eut domtez,

Luy mesme se vainquit, oubliant leur offense. C'est ce modèle que le Mareschal de Villeroy deuroit faire voir à son disciple, et non pas des exemples d'authorité absolue, que les Grecs appelleroient tyrannie. Quant à cette clause impérieuse laquelle on a coustume d'apposer à la fin des ordonnances et lettres Royaux, Car tel est nostre bon plaisir, c'est vne légère obiection, de laquelle néantmoins tous les autres peuples nous font reproche, comme de la marque de nostre esclauage. Mais ceux qui sont tant soit peu intelligens dans nos formalitez, sçauent que ces termes ne signifient autre chose, sinon : tale est placitum nostrum; tel est notre Conseil. Il dépend, puis après, des Parlemens ou des autres moindres luges d'examiner la iustice de telles Lettres et de les vérifier si elles sont trouuées légitimes et raisonnables. Mais de penser que ce mot de car, soit vne causatiue, qui influe vn charactère d'authorité aux lettres et qui tienne lieu d'vne raison inéluctable, il n'y a point d'apparence; et la pratique des Iurisdictions ordinaires y résiste, qui refuse tous les jours des lettres munies et fermées de cette clause. Et c'est ce car là qu'on pourroit iustement abandonner à la correction des Docteurs de l'Académie, non seulement comme inutile, mais comme de pernicieuse conséquence. Or, la première ordonnance où nous trouuons qu'il a esté mis en vsage, ç'a esté celle de Charles VIII, de l'an 1485, par laquelle il défend les habits d'or et de soye aux gens de moindre condition et les réserue pour la noblesse. A la fin de cette ordonnance il adiouste : Car tel est nostre plaaisir. A la vérité on ne peut pas dire que le Royaume de France se peut plaindre d'un tel édict; et on pourroit bien le pardonner à ce Roy là, quand il n'auroit pas allégué d'autre raison. C'est vne des confusions de nostre siécle que les gens de néant s'habillent et se meublent aussi somptueusement que les Princes et qu'ils ne leur laissent aucun discernement. Et ce n'est pas simplement vne faute de bienséance que le luxe ; c'est l'origine de toutes les concussions et de tous les vols publics.

Reuenons à cette puissance absolue; et disons qu'elle n'est pas compatible auec nos meurs, soit chrestiennes, soit françoises. Il ne faudroit plus d'Estat; il ne faudroit plus de Parlement; il faudroit abolir le sacre de nos Rois et le serment qu'ils font sur les saincts Euan

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giles, de rendre iustice, d'empescher les exactions et de traicter leurs subiets auec équité et miséricorde : Ce sont les propres termes de la formule de leurs sermens. Nous n'auons pourtant pas faute d'Escriuains, qui par le titre de leurs offices, et pour se monstrer excessiuement fiscaux, portent cette authorité absolue au delà de toutes bornes, iusque à soustenir que les Rois peuuent dispenser de la simonie.

Mais ce qu'ils en ont dit, soit en plaidant ou en escriuant, ç'a esté par vn zèle de party; les vns pour refuter les premiers Huguenots qui vouloient mettre l'Estat en République; les autres pour s'opposer aux attentats et pernicieuses maximes de la Ligue. Et au lieu de se tenir dans des opinions modérées, ils se sont iettez aux extrémitez, en attribuant aux Princes plus de pouuoir qu'il ne leur est expédient d'en auoir pour leur propre seureté. Bodin en sa République, leg. 2, chapitre 3, pense beaucoup dire et croit que c'est vne grande bonté aux Rois de se sousmettre aux loix de la nature; quant aux loix ciuiles, il estime qu'ils sont releuez par-dessus d'une grande hauteur! C'est dans ce chapitre où il est si téméraire de qualifier d'impertinence le discours d'Aristote sur la diuision qu'il fait des différentes Royautez, au 14° chap, du 3 l. de ses Politiques. Mais dans cette partie, c'est vn indiscret zelé et qui n'est pas demeuré sans réplique. Cuias (qui viuoit du mesme temps), auec beaucoup moins d'affectation, et beaucoup plus grande cognoissance, a escrit vne décision capitale sur cette matière, en ces terines : Hodiè Principes non sunt soluti legibus , quod est certissimum, quoniam iurunt in leges Patrias ; c'est sur la loy 5. ff. de Iust. et Iure. Le Pythagore des Gaules, le Seigneur de Pibrac, qui auoit esté aduocat général du Parlement, autant passionné pour l'honneur du Roy comme équitable aux intérests du peuple, ne feint point de dire qu'il hait ces mots de puissance absolue. Au reste, toutes ces flatteries d'adorateurs qui font des Panégériques aux Empereurs, toutes ces paroles de braueries que les poëtes mettent en la bouche de leurs rois de théatre, ne sont pas des authoritez considérables pour establir cette puissance excessiue ; au contraire, ce qui est prononcé par vn Atreus , vn Thyestes ou vn Tibère, doit estre abhorré par vn bon Prince. Il faut plustost prendre langue et instruction de philosophes , qui auancent leurs maximes en cognoissance de cause et sur des fondemens de raison et d'équité. Or, on n'en trouuera aucun qui approuue cette puissance sans limites : l'on veut qu'il y ait vn Conseil composé de gens expérimentez; l'autre veut qu'il y ait vne loy dominante , dont vn Prince ne soit que l'exécuteur et l'estre. L'empire de la loy, dit Aristote, c'est quelque chose de diuin, de permanent et d'incorruptible; l'empire absolu de l'homme seul est brutal, à cause de la conuoitise et de la fureur des passions , et ausquelles les Princes sont suiets, aussi bien et plus que les autres hommes. Nos aduersaires obiectent et disent : si celuy qui commande, est réglé et circonscrit par les loix, s'il est attaché à des gens de conseil, ce n'est plus yn Roy; ce n'est qu'vn simple Magistrat. Nous répondons que nous ne disputons pas du nom ny des termes, mais que nous trauaillons à la définition et à l'établissement solide et légitime de la chose. Ce que nous appelons Roy en France, en Allemagne c'est vn Empereur; en Moscouie c'est vn duc; à Constantinople c'est vn grand Seigneur; mais partout, de ces Seigneurs et de ces Roys, les peuples en attendent iustice, protection et soulagement. En quelques endroits les Roys iouyssent d'vne pleine souueraineté ; en d'autres ils ne sont que feudataires; les vns et les autres obligez de rendre iustice. Il y en a qui sont électifs ; il y en a de successifs; mais tous également obligez à rendre iustice et à régir en équité. Pour cet effet ils ont des officiers et des gardes, tant pour l'exécution de leurs volontez que pour la conseruation de leurs personnes ; encore est-il à considérer que ce nombre de gardes qu'on leur donne, doit estre limité et modéré pour deux respects; d'vn costé afin qu'ils soient plus forts que les particuliers , pour les tenir en deuoir; et de l'autre , afin qu'ils ne soient pas trop puissans pour opprimer toute la cité. C'est le temperament et les précautions que baille le grand Aristote, dont l'authorité est préférable à celle de suppôts de la domination violente. Au reste, on peut apprendre de ce sage philosophe , et l'expérience nous le monstre , qu'autant qu'il y a de nations diuerses, autant y a-t-il de différentes formules de gouvernement, selon lesquelles elles ont estably leurs souuerains , en leur imposant des noms selon leurs diuers langages. Mais toutes ces nations conuiennent en ce principe, à ce que iustice leur soit administrée. Toutes les autres qualitez sont accidens et circonstances. La Iustice fait le corps et la substance de la Royauté; c'est celle qu'on a requise en la création des premiers Roys, lorsqu'on les a esleus. Deus iudicium tuum Regi Da; c'est celle qu'on demande pour les Roys successifs, et iustitiam tuam filio Regis.

On peut dire à présent de la Politique ce qu'Hippo. crate a dit de la Médecine, à sçauoir que de tous les

SUT

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