ページの画像
PDF
ePub

le prends vostre coeur pour garand,
Et dans vn malheur si funeste
le luy laisse à faire le reste.
C'est luy qui vous consolera ,
Qui mieux que moy diuertira
L'ennuy mortel qui vous accable.
C'est luy qui combattra le diable,
S'il vous tentoit de désespoir,
Et c'est luy qui doit faire voir
Que vous, le vainqueur d'Allemagne,
La terreur de Flandre et d'Espagne,
Riez du sort et de ses coups
Qui sont grands, mais bien moins que vous.
A donc sur cette confiance
Que ie prends de vostre constance
Et de vostre religion
(Car contre la tentation,
En prenant vn peu d'eau beniste
Vous la ferez courir bien viste),
le viens pour charmer vos douleurs,
Iustes dans de si grands malheurs;
Et connoissant que la lecture
En peut seule faire la cure,
le viens avec ce lénitif
Très propre à guérir vn captif,
Et pour commencer vne histoire
Toute fraîche en vostre mémoire
Par la mort du grand Chastillon;
Voilà vos dames, tous de bon;
C'est fait. Dego s'en va. Silence !
Paix là! Monseigneur, ie commence.

L'an estoit encore tout neuf
De mil six cens quarante-neuf.
C'estoit la cinquième journée
De l’aisné des mois de l'année,

5 janv.

Quand le Roy vint dans le faubourg
A l'hostel iadis Luxembourg,
Et qu’vne grammaire nouuelle
Le palais d'Orléans appelle.
Là, dans la chambre où s'aliсtoit
Madame, qui fébricitoit;
« Comment vous portez-vous, ma tante?
Disoit le Roy. - Vostre seruante,
Respondit Madame, assez mal. »
Mais la Reine et le Cardinal
S'entretenoient dans vne salle
Auec son Altesse Royalle.
Ce qu'ils dirent, ie ne scays pas;
Car ils causèrent assez bas;
Mais dans tout ce qu'ils purent dire,
Ie n'y vois point le mot pour rire.
Ils parloient de nous assiéger,
(Fi pour ceux qui veulent manger!),
En quel terme? il ne m'importe;
Soit qu'vn d'eux parla de la sorte :

Ces baricadeurs scélérats ;
- Foin de vous, repartit la Reine.
Où courrons-nous la pretantaine
Auec vn peigne en vn chausson? »
Monsieur répéta la chanson :
« Ce qu'on peut prendre, est bon à rendre. »
Et le succez a fait comprendre
Que tous trois conclurent sans moy
Qu'il falloit emmener le Roy.

Ce soir, Prince, tu fis ripaille
Chez vn fameux pour la bataille
Qu'il perdit deuant Honnecour",

heureuse bataille d'Honnecourt. Par exemple, dans le Testament véritable

Grammont, le poli de la Cour.
Là changeant d'habit et de linge,
Comme l'on voit sauter vn singe
Pour la Reine ou le Cardinal,
Presto, vous voilà sur cheual ;
Et tous deux qui ne voyant goutte
De Saint Germain prenez la routte.

Unze heures de nuict enuiron,
Vray temps d'amant ou de larron,
Monsieur arriua chez Madame,
Et luy dit : « Dormez-vous, ma femme?
- Quy, respondit-elle, ie dors.
– Prenez, luy dit-il, vostre corps;
Venez à Saint-Germain en Laye.
- A Saint-Germain, luy dit-elle, aye !
(Repettant trois fois Saint-Germain),
Mon cœur, ie partiray demain. »
A quoy Monsieur fit repartie :
« A demain donc, soit, la partie ; »
Et vint dans le Palais Royal
Auec son confident loyal,
L'abbé, digne de la rivière;
Palais où l'aube la première
Ne treuuant plus leurs Maiestez,
Ains seulement des chatz restez ,
Les vit prés Saint-Germain en Laye
Auec Messieurs la Mesleraye,
Le Cardinal, le Chancelier,

du cardinal lules Mazarin (3767], le cardinal lègue au maréchal de Gramont son meilleur cheval « pour s'enfuir auecque furie. »

| La Porte, Mareschal goutteux,

Et l'homme que l’Hostel de Luyne
Mit à couuert de sa ruyne.
Pour le reste de leur party
Il estoit deuant eux party.

Dont le dernier ne peut nier
Qu'vn peu deuant l'Hostel de Luyne
Le garantit de sa ruine.
Harcourt, Longueuille, Conty,
Et tout le reste estoit party;
Vne nuict que l'excez de boire
Nous donna presque à tous la foire,
(Car pour en parler franchement,
Tout eut depuis le déuoyement),
Nuict des Rois, mais sans Roy passée,
Nuict fatale, qui commencée
Par l'abondance d'vn festin,
Nous laissa la faim sur sa fin.

Ces nouuelles ne furent sceues
Qu'après les sept heures venues ;
Mais sept heures ayant sonné
Tout Paris fut bien estonné.
La Bourgeoise estoit soucieuse;
La boulangère estoit ioyeuse;
Tous les artisans détestoient;
Les Escholiers se promettoient
D'auoir campo durant le siége,
Et qu’on fermeroit leur collége;
Les moines disoient chapelets ;
L'habitant courroit au Palais;
Le plus zellé courroit aux armes ;
Le maltotier versoit des larmes;
Et tout regardoit à son pain,
Le soupesant avec la main.
C'estoit de Ianuier le sixiesme;
Si ce n'est assez du quantiesme,
C'estoit vn triste Mercredy
Que fut fait vn coup si hardy,
Et que du Parlement les membres
Dispersez par toutes les chambres,

6 janv

Dirent qu'il estoit à propos
D'en faire vn seul qui fust plus gros,
Où les Escheuins de la Ville
Eurent audience ciuille;
Les gens du Roy pareillement.
En suite on fit vn règlement
Qu'on feroit garde à chaque porte
Nuict et iour de la mesme sorte.
A cela nul ne contredit;
Et de plus il fut interdit
A tous de tout sexe et tout âge
D'emporter armes ny bagage".
Le reste de ce règlement
Est au journal du Parlement ?.
Ce mesme iour vne charette
Où fut treuuée vne cassette
Que réclama Monsieur Bonneau,
Trop pleine d'argent bon et beau,
Parut au peuple trop chargée,
Dont elle fut fort soulagée.
Et l'on traita pareillement
Quelque autre charitablement.

[ocr errors][merged small]

Journal contenant tout ce qui s'est fait et passé en la Cour de parlement de Paris, etc. |1741). Le règlement a été publié sous le titre d'Arrêt de la Cour de parlement... pour la sureté et police de la ville de Paris [216].

> On peut citer le secrétaire d'État Guénégaud, qui fit publier une

« 前へ次へ »