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pitaine, qui revenait à l'instant même d'une reconnaissance. Ce capitaine, que je n'eus guère le temps de connaître, était un grand homme brun, d'une physionomie dure et repoussante. Il avait été simple soldat, et avait gagné ses épaulettes et sa croix sur les champs de bataille. Sa voix, qui était enrouée et faible, contrastait singulièrement avec les proportions presque gigantesques de sa personne. On me dit qu'il devait cette voix étrange à une balle qui l'avait percé de part en part à la bataille d'Iéna.o » En apprenant que je sortais de l'école de Fontainebleau, il fit la grimace et dit: ,Mon lieutenant est mort hier ...* Je compris qu'il voulait dire : ,C'est vous qui devez le remplacer, et vous n'en êtes pas capable.* Un mot piquant me vint sur les lèvres, mais je me contins.o ,La lune se leva derrière la redoute de Cheverino, située à deux portées de canon de notre bivouac. Elle était large et rouge, comme cela est ordinaire à son lever. Mais ce soir-là elle me parut d'une grandeur extraordinaire. Pendant un instant, la redoute se détacha en noir sur le disque éclatant de la lune. Elle ressemblait au cône d'un volcan au moment de l'éruption.o ,Un vieux soldat, auprès de qui je me trouvais, remarqua la couleur de la lune: , Elle est bien rouge, dit-il; c'est signe qu'il en coûtera bon pour l'avoir, cette fameuse redoute !* J'ai toujours été superstitieux; et cet augure, dans ce moment surtout, m'affecta. Je me couchai, mais je ne pus dormir. Je me levai, et je marchai quelque temps, regardant l'immense ligne de feux qui couvrait les hauteurs au-delà du village de Cheverino.o »Lorsque je crus que l'air frais et piquant de la nuit avait assez rafraichi mon sang, je revins auprès du feu; je m'enveloppai soigneusement de mon manteau, et je fermai les yeux, espérant ne pas les ouvrir avant le jour. Mais le sommeil me tint rigueur. Insensiblement mes pensées prenaient une teinte lugubre. Je me disais que je n'avais

pas un ami parmi les cent mille hommes qui couvraient la plaine. Si j'étais blessé, je serais dans un hôpital, traité sans égard par des chirurgiens ignorants. Ce que j'avais entendu dire des opérations chirurgicales me revint à la mémoire. Mon cœur battait avec violence, et machinalement je disposais comme une espèce de cuirasse le mouchoir et le portefeuille que j'avais sur la poitrine. La fatigue m'accablait, je m'assoupissais à chaque instant, et à chaque instant quelque pensée sinistre se reproduisait avec plus de force et me réveillait en sursaut.o ,Cependant la fatigue l'avait emporté, et quand on battit la diane, j'étais tout à fait endormi. Nous nous mîmes en bataille; on fit l'appel, puis on remit les armes en faisceaux, et tout annonçait que nous aIlions passer une journée tranquille.o ,Vers les trois heures un aide-decamp arriva, apportant un ordre. On nous fit prendre les armes; nos tirailleurs se répandirent dans la plaine; nous les suivîmes lentement, et au bout de vingt minutes nous vîmes tous les avant-postes des Russes se replier et rentrer dans la redoute.o ,Un corps d'artillerie vint s'établir à notre droite, un autre à notre gauche, mais tous les deux bien en avant de nous. Ils commencèrent un feu très vif sur l'ennemi, qui riposta énergiquement, et bientôt la redoute de Cheverino disparut sous des nuages épais de fumée.o » Notre régiment était presque à couvert du feu des Russes par un pli de terrain. Leurs boulets, rares d'ailleurs pour nous, car ils tiraient de préférence sur nos canonniers, passaient au-dessus de nos têtes, ou tout au plus nous envoyaient de la terre et de petites pierres.o »Aussitôt que l'ordre de marcher en avant eut été donné, mon capitaine me regarda avec une attention qui m'obligea à passer deux ou trois fois la main sur ma jeune moustache d'un air aussi dégagé qu'il me fut possible. Au reste, je n'avais pas peur, et la seule crainte que j'éprouvasse, c'était que l'on s'ima

ginât que j'avais peur. Les boulets inoffensifs contribuèrent encore à me maintenir dans mon calme héroïque. Mon amour-propre me disait que je courais un grand danger, puisque enfin j'étais sous le feu d'une batterie. J'étais enchanté d'être si a mon aise, et je pensai au plaisir de raconter la prise de Cheverino dans le salon de madame de Saint-Luxan, rue de Provence.o »Le colonel passa devant notre compagnie; il m'adressa la parole : , Eh bien, vous allez en voir de grises, pour votre début.* Je souris d'un air tout à fait martial, en brossant la manche de mon habit, sur laquelle un boulet, tombé à trente pas de moi, avait envoyé un peu de poussière.o » Il paraît que les Russes s'aperçurent du peu d'effet de leurs boulets, car ils les remplacèrent par des obus, qui pouvaient plus facilement nous atteindre dans le creux où nous étions postés. Un assez gros éclat m'enleva mon shako, et tua un homme auprès de moi.o »,Je vous fais mon compliment, me dit le capitaine, comme je venais de ramasser mon shako. Vous en voilà quitte pour la journée.* Je connaissais cette superstition militaire qui croit que ce mot non bis in idem est un axiome aussi bień sur un champ de bataille que dans une cour de justice. Je remis fièrement mon shako. , C'est faire saluer les gens sans cérémonie,o dis-je aussi gaiement que je pus. Cette mauvaise plaisanterie, vu la circonstance, parut excellente. , Je vous félicite, reprit le capitaine; vous n'aurez rien de plus, et vous commanderez une compagnie ce soir, car je sens bien que le four chauffe pour moi. Toutes les fois que j'ai été blessé, l'officier auprès de moi a reçu quelque balle morte; et, ajouta-t-il d'un ton plus bas et plus honteux, leurs noms commençaient toujours par un P.** »Je fis l'esprit fort; bien des gens auraient fait comme moi : bien des gens auraient été, aussi bien que moi, frappés de ces paroles prophétiques. Conscrit comme je l'étais, je sentais que je ne pouvais confier mes sentiments à

personne, et que je devais toujours paraître froidement intrépide.o »Au bout d'une demi-heure, le feu des Russes diminua sensiblement, alors nous sortimes de notre couvert pour marcher sur la redoute.o ,Notre régiment était composé de trois bataillons. Le deuxième fut chargé de tourner la redoute du côté de la gorge, les deux autres devaient donner l'assaut. J'étais dans le troisième bataillon.o » En sortant de derrière l'espèce d'épaulement qui nous avait protégés, nous fûmes reçus par plusieurs décharges de mousqueterie qui ne firent que peu de mal dans nos rangs. Le sifflement des balles me surprit ; souvent je tournais la téte, et je m'attirai ainsi quelques plaisanteries de la part de mes camarades plus familiarisés avec ce bruit. A tout prendre, me dis-je, une bataille n'est pas une chose si terrible.o » Nous avancions au pas de course, récédés de tirailleurs; tout à coup les § poussèrent trois hourras, trois hourras distincts, et restèrent silencieux sans tirer. ,Je n'aime pas ce silence, dit mon capitaine, cela ne présage rien de bon.o Je trouvai que nos gens étaient un peu trop bruyants, et je ne pus m'empêcher de faire intérieurement la comparaison de leurs clameurs tumultueuses avec le silence imposant de l'ennemi.o »Nous parvînmes rapidement au pied de la redoute; les palissades avaient été brisées et la terre labourée par nos boulets. Les soldats s'élancèrent sur ces ruines nouvelles avec des cris de vive l'empereur ! plus forts qu'on ne l'aurait attendu de gens qui avaient déjà tant crié.* »Je levai les yeux, et jamais je n'oublierai le spectacle que je vis. La plus grande partie de la fumée s'était élevée et restait suspendue comme un dais à vingt pieds au-dessus de la redoute. Au travers d'une vapeur bleuâtre, on apercevait derrière leur parapet à demi détruit les grenadiers russes, l'arme haut, immobiles comme des statues. Je crois voir encore chaque soldat, l'œil gauche attaché sur nous, le droit caché par le fusil élevé. Dans une embrasure à quelques pieds de nous, un homme tenant un boute-feu était auprès d'un canon.o »Je frissonnai, et je crus que ma dernière heure était venue. ,Voilà la danse qui va commencer, s'écria mon capitaine. Bonsoir.* Ce furent les dernières paroles que je lui entendis prononcer.o ,Un roulement de tambours retentit dans la redoute. Je vis se baisser tous les fusils. Je fermai les yeux, et j'entendis un fracas épouvantable, suivi de cris et de gémissements. J'ouvris les yeux, surpris de me trouver encore au monde. La redoute était de nouveau enveloppée de fumée. J'étais entouré de blessés et de morts. Mon capitaine était étendu à mes pieds : sa tête avait été broyée par un boulet, et j'étais couvert de sa cervelle et de son sang. De toute ma compagnie il ne restait debout que six hommes et moi.o , ,A ce carnage succéda un moment de stupeur. Le colonel, mettant son chapeau au bout de son épée, gravit le premier le parapet, en criant vive l'empereur ! Il fut suivi aussitôt de tous les survivants. Je n'ai presque plus de souvenir net de ce qui suivit. Nous entrâmes dans la redoute je ne sais comment. On se battit corps à corps au milieu d'une fumée si épaisse, que l'on ne pouvait se voir. Je crois que je frappai, car mon sabre se trouva tout sanglant. Enfin j'entendis crier victoire ! et la fumée diminuant, j'aperçus du sang et des morts sous lesquels disparaissait la terre de la redoute. Les canons surtout étaient encombrés sous des tas de cadavres. Environ deux cents hommes debout, en uniforme français, étaient groupés sans ordre, les uns chargeant leurs fusils, les autres essuyant leurs baïonnettes. Onze prisonniers russes étaient avec eux.o ,Le colonel était renversé tout sanglant, sur un caisson brisé, près de la gorge. Quelques soldats s'empressaient autour de lui; je m'approchai : ,Où est le plus ancien capitaine ?* demanda-t-il à un sergent. — Le sergent haussa les épaules d'une manière très expressive.

— ,Et le plus ancien lieutenant ?* — ,Voici monsieur qui est arrivé d'hier,* dit le sergent d'un ton tout à fait calme. Le colonel sourit amèrement. , Allons, monsieur, me dit-il, vous commandez en chef; faites promptement fortifier la gorge de la redoute avec ces chariots, car l'ennemi est en force ; mais le général C ... va nous faire soutenir.o — ,Colonel, lui dis-je, vous êtes grièvement blessé ?* — ,Flambé, mon cher; mais la redoute est prise.**

SIÈGE DE LA ROCHELLE.

La Rochelle, dont presque tous les habitants professaient la religion réformée, était alors comme la capitale des provinces du Midi, et le plus ferme boulevard du parti protestant. Un commerce étendu avec l'Angleterre et l'Espagne y avait introduit des richesses considérables, et cet esprit d'indépendance qu'elles font naître et qu'elles soutiennent. Les bourgeois, pêcheurs ou matelots, souvent corsaires, familiarisés de bonne heure avec les dangers d'une vie aventureuse, possédaient une énergie qui leur tenait lieu de discipline et d'habitude de la guerre. Aussi à la nouvelle du massacre du 24 août (la St.-Barthélemy), loin de sentir cette résignation stupide qui s'était emparée de la plupart des protestants, et les avaient fait désespérer de leur cause, les Rochelois furent animés de ce courage actif et redoutable que donne quelquefois le désespoir. D'un commun accord, ils résolurent de subir les dernières extrémités, plutôt que d'ouvrir leurs portes à un ennemi qui venait de leur donner une preuve aussi éclatante de sa mauvaise foi et de sa perfidie. Tandis que les ministres entretenaient ce zèle par leurs discours fanatiques, femmes, enfants, vieillards, travaillaient à l'envi à réparer les anciennes fortifications, à en élever de nouvelles. On ramassait des vivres et des armes, on équipait des barques et des navires, enfin, on ne perdait pas un moment pour organiser et préparer tous les moyens de défense dont la ville était susceptible. Plusieurs gentilshommes échappés au massacre se joignirent aux Rochelois, et par le tableau qu'ils faisaient des crimes de la Saint-Barthélemy, donnaient du courage aux plus timides. Pour des hommes sauvés d'une mort qui semblait certaine, la guerre et ses hasards étaient comme un vent léger est pour des matelots qui viennent d'échapper à une tempête. Mergy et son compagnon furent du nombre de ces réfugiés qui vinrent grossir les rangs des défenseurs de la Rochelle. La cour de Paris, alarmée de ces préparatifs, se repentit de ne pas les avoir prévenus. Le maréchal de Biron s'approcha de la Rochelle, porteur de propositions d'accomodement. Le roi avait quelques raisons d'espérer que le choix de Biron serait agréable aux Rochelois; car ce maréchal, loin de prendre part aux massacres de la SaintBarthélemy, avait sauvé plusieurs protestants de marque, et même avait pointé les canons de l'arsenal, qu'il commandait, contre les assassins qui portaient les enseignes royales. Il ne demandait que d'être reçu dans la ville, et d'y être reconnu en qualité de gouverneur pour le roi, promettant de respecter les privilèges et les franchises · des habitants, et de leur laisser le libre exercice de leur religion. Mais après l'assassinat de soixante mille protestants, pouvait-on croire encore aux promesses de Charles IX ? D'ailleurs, pendant le cours même des négociations, les massacres continuaient à Bordeaux; les soldats de Biron pillaient le territoire de la Rochelle, et une flotte royale arrêtait les bâtiments marchands et bloquait le port. Les Rochelois refusèrent de recevoir Biron, et répondirent qu'ils ne pourraient traiter avec le roi tant qu'il serait captif des Guises, soit qu'ils crussent ces derniers les seuls auteurs des maux que souffrait le calvinisme, soit que par cette fiction, souvent répétée, ils voulussent rassurer la conscience de ceux qui auraient cru que la fidélité à leur roi devait l'emporter sur les intérêts de leur religion. Dès lors il n'y eut plus moyen de s'entendre. Le roi s'avisa

d'un autre négociateur, et ce fut La Noue qu'il envoya. La Noue, surnommé Bras-de-fer, à cause d'un bras postiche, par lequel il avait remplacé celui qu'il avait perdu dans un combat, était un calviniste zélé, qui, dans les dernières guerres civiles, avait fait preuve d'un grand courage et de talents militaires. L'amiral, dont il était l'ami, n'avait pas eu de lieutenant plus dévoué. Au moment de la Saint-Barthélemy, il était dans les Pays-Bas dirigeant les bandes sans discipline des Flamands insurgés contre la puissance espagnole. Trahi par la fortune, il avait été contraint de se rendre au duc d'Alba, qui l'avait assez bien traité. Depuis, et lorsque tant de sang versé eut excité quelques remords, Charles IX le réclama, et contre toute attente, le reçut avec la plus grande affabilité. Ce prince, extrême en tout, accablait de caresses un protestant, et venait d'en faire égorger cent mille. Une espèce de fatalité semblait protéger le destin de La Noue; déjà dans la troisième guerre civile, il avait été fait prisonnier, d'abord à Jarnac, puis à Montcontour, et toujours relâché sans rançon par le frère du roi, malgré les instances d'une partie de ses capitaines, qui le pressaient de sacrifier un homme trop dangereux pour être épargné et trop honnête pour être séduit. Charles pensa que La Noue se souviendrait de sa clémence, et il le chargea d'exhorter les Rochelois à la soumission. La Noue accepta, mais à condition que le roi n'exigerait rien de lui qui fût incompatible avec son honneur. Il partit, accompagné d'un prêtre italien qui devait le surveiller. D'abord il éprouva la mortification de s'apercevoir qu'on se défiait de lui. Il ne put être admis dans la Rochelle, mais on lui assigna pour lieu d'entrevue un petit village des environs. Ce fut à Tadon qu'il rencontra les députés de la Rochelle. Il les connaissait tous comme l'on connait de vieux compagnons d'armes; mais à son aspect pas un seul ne lui tendit une main amie; pas un seul ne parut le connaître; il se nomma et exposa les propositions du roi. La substance de son discours était : Fiez-vous aux promesses du roi; la guerre civile est le pire des maux. Le maire de la Rochelle répondit avec un sourire amer : Nous voyons bien un homme qui ressemble à La Noue, mais La Noue n'aurait pas proposé à ses frères de se soumettre à des assassins. La Noue aimait feu M. l'amiral, et il aurait voulu le venger plutôt que de traiter avec ses meurtriers. Non, vous n'êtes point La Noue. Le malheureux ambassadeur que ces reproches perçaient jusqu'à l'âme, rappela les services qu'il avait rendus à la cause des calvinistes, montra son bras mutilé, et protesta de son dévouement à sa religion. Peu à peu la méfiance des Rochelois se dissipa; leurs portes s'ouvrirent pour La Noue; ils lui montrèrent leurs ressources, et le pressèrent même de se mettre à leur tête. L'offre était bien tentante pour un vieux soldat. Le serment fait à Charles avait été prêté à une condition que l'on pouvait interpréter suivant sa conscience. La Noue espéra qu'en se mettant à la tête des Rochelois il serait plus à même de les ramener à des dispositions pacifiques; il crut qu'il pourrait en même temps concilier la fidélité jurée à son roi et celle qu'il devait à sa religion. Il se trompait. Une armée royale vint attaquer la Rochelle : La Noue conduisait toutes les sorties, tuait bon nombre de catholiques; puis, rentré dans la ville, exhortait les habitants à faire la paix. Qu'arriva-t-il ? Les catholiques criaient qu'il avait manqué de parole au roi; les protestants l'accusaient de les trahir. Dans cette position, La Noue, abreuvé de dégoûts, cherchait à se faire tuer en s'exposant vingt fois par jour. Les assiégés venaient de faire une sortie assez heureuse contre les ouvrages avancés de l'armée catholique. Ils avaient comblé plusieurs toises de tranchées, culbuté des gabions, et tué une centaine de soldats. Le détachement qui avait remporté cet avantage rentrait dans la ville par la porte de Tadon. D'abord, marchait le capitaine Dietrich, avec une compagnie d'arquebusiers, tous

le visage échauffé, haletants et demandant à boire, marque certaine qu'ils ne s'étaient pas épargnés. Venait ensuite une grosse troupe de bourgeois, parmi lesquels on remarquait plusieurs femmes qui paraissaient avoir pris part au combat. Suivait une quarantaine de prisonniers, la plupart couverts de blessures, et placés entre deux files de soldats, qui avaient beaucoup de peine à les défendre de la fureur du peuple rassemblé sur leur passage. Environ vingt cavaliers formaient l'arrière-garde. La Noue, à qui Mergy servait d'aidede-camp, marchait le dernier. Sa cuirasse avait été faussée par une balle, et son cheval était blessé en deux endroits. De sa main gauche, il tenait encore un pistolet déchargé, et au moyen d'un crochet qui sortait au lieu de main de son brassard droit, il gouvernait la bride de son cheval. Laissez passer les prisonniers, mes amis, s'écriait-il à tous moments. Soyez humains, bons Rochelois : ils sont blessés, ils ne peuvent plus se défendre, ils ne sont plus ennemis. Mais la canaille lui répondit par des vociférations sauvages : Au gibet les papistes! à la potence! et vive La Noue ! Mergy et les cavaliers, en distribuant à propos quelques coups du bois de leurs lances, ajoutèrent à l'effet des recommandations généreuses de leur capitaine. Les prisonniers furent enfin conduits dans la prison de ville, et placés sous bonne garde dans un endroit où ils n'avaient rien à craindre des fureurs de la populace. Le détachement se dispersa dans la ville, et La Noue, accompagné de quelques gentilshommes seulement, mit pied à terre devant l'hôtel-de-ville, au moment où le maire en sortait suivi de plusieurs bourgeois. Eh bien, vaillant La Noue! dit le maire en lui tendant la main, vous venez de montrer à ces massacreurs que tous les braves ne sont pas morts avec M. l'amiral. — L'affaire a tourné assez heureusement, monsieur, répondit La Noue avec modestie. Nous n'avons eu que cinq morts, et peu de blessés. — Puisque vous conduisiez la sortie, M.

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