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de La Noue, reprit le maire, d'avance nous étions sûrs du succès. — C'est Dieu qui donne et qui ôte la victoire à son gré, dit La Noue d'une voix calme, et ce n'est que lui qu'il faut remercier des succès de la guerre. Puis se tournant vers le maire, je vous prie, monsieur, de me procurer cent cinquante volontaires parmi les habitants, car je voudrais faire demain une sortie à la pointe du jour, au moment où les soldats qui ont passé la nuit dans les tranchées sont encore tout engourdis par le froid, comme les ours que l'on attaque au dégel. J'ai remarqué que des gens qui ont dormi sous un toit ont bon marché le matin de ceux qui viennent de passer la nuit à la belle étoile. M. de Mergy, si vous n'êtes pas trop pressé pour dîner, voulez-vous faire un tour avec moi au bastion de l'Evangile ? Je voudrais voir où en sont les travaux de l'ennemi. Il salua le maire, et s'appuyant sur l'épaule du jeune homme, il se dirigea vers le bastion. Ils y entrèrent un instant après qu'un coup de canon venait d'y blesser mortellement deux hommes. Les pierres étaient toutes teintes de sang, et l'un de ces malheureux criait à ses camarades de l'achever. La Noue, le coude appuyé sur le parapet, regarda quelque temps en silence les travaux des assiégeants, puis se tournant vers Mergy : C'est une horrible chose que la guerre, dit-il. Mais une guerre civile ! ... Ce boulet a été mis dans un canon français; c'est un Français qui a pointé le canon, et qui vient d'y mettre le feu; et ce sont deux Français que ce boulet a tués. Encore n'est-ce rien que de donner la mort à un demi-mille de distance; mais M. de Mergy, quand il faut plonger son épée dans le corps d'un homme qui vous crie grâce dans votre langue ! ... Et cependant nous venons de faire cela, ce matin même. — Ah! monsieur, si vous aviez vu les massacres du vingtquatre août ! Si vous aviez passé la Seine quand elle était rouge, et qu'elle portait plus de cadavres qu'elle ne charrie de glaçons après une débâcle, vous éprouveriez peu de pitié pour les IIerrig, La France litt.

hommes que nous combattons. Pour moi, tout papiste est un massacreur ... — Ne calomniez pas votre pays. Dans cette armée qui nous assiège, il y a bien peu de ces monstres dont vous parlez. Les soldats !sont des paysans français qui ont quitté leur charrue pour gagner la paie du roi; et les gentilshommes et les capitaines se battent parce qu'ils ont prêté serment de fidélité au roi. Ils ont raison peut-être, et nous ... nous sommes des rebelles. — Rebelles ! Notre cause est juste. Nous combattons pour notre religion et pour notre vie. — A ce que je vois, vous avez peu de scrupules; vous êtes heureux, M. de Mergy ! Et le vieux guerrier soupira profondément. Une pluie fine et froide, qui était tombée sans interruption pendant toute la nuit, venait enfin de cesser, au moment où le jour naissant s'annonçait dans le ciel par une lumière blafarde du côté de l'Orient. Elle perçait avec peine un brouillard lourd et rasant la terre, que le vent déplaçait çà et là, en y faisant comme de larges trouées; mais ces flocons grisâtres se réunissaient bientôt, comme les vagues séparées par un navire retombent et remplissent le sillage qu'il vient de tracer. La campagne, couverte de cette vapeur épaisse, que perçaient les cimes de quelques arbres, ressemblait à une vaste inondation. Dans la ville, la lumière incertaine du matin, mêlée à la lueur des torches, éclairait une troupe assez nombreuse de soldats et de volontaires, rassemblée dans la rue qui conduisait au bastion de l'Évangile. Ils frappaient le pavé du pied, et s'agitaient sans changer de place comme des gens pénétrés par ce froid humide et perçant qui accompagne le lever du soleil en hiver. Les jurements et les imprécations énergiques n'étaient point épargnés contre celui qui leur avait fait prendre les armes de si grand matin; mais, malgré leurs injures, on démêlait dans leurs discours la bonne humeur et l'espérance qui animent des soldats conduits par un chef estimé. Ils disaient d'un ton moitié plaisant, moitié colère : Ce maudit Bras-de-fer, ce Jean-qui-ne39

dort ne saurait déjeûner, qu'il n'ait donné un réveil-matin à ces tueurs de petits enfants! Que la fièvre le serre ! avec lui on n'est jamais sûr de faire une bonne nuit. Pendant que l'on distribuait du brandevin aux soldats, les officiers, entourant La Noue debout sous l'auvent d'une boutique, écoutaient avec intérêt le plan de l'attaque qu'il se proposait de faire contre l'armée assiégeante. Un roulement te tambours se fit entendre ; chacun reprit son poste; un ministre s'avança, bénit les soldats, les exhortant à bien faire, sous la promesse de la vie éternelle, s'il leur arrivait de ne pouvoir, et pour cause, rentrer dans la ville, et recevoir les récompenses et les remerciements de leurs concitoyens. Le sermon fut court, et La Noue le trouva trop long. Ce n'était plus le même homme qui, la veille, regrettait chaque goutte de sang français répandu dans cette guerre. Il n'était plus qu'un soldat, et semblait avoir hâte de revoir une scène de carnage. Aussitôt que le discours du ministre fut terminé, et que les soldats eurent répondu Amen, il s'écria d'un ton de voix ferme et dur : Camarades, monsieur vient de nous dire vrai; recommandons-nous à Dieu et à Notre-Dame de Frappe-Fort. Il fit un signal; on tira un coup de canon, et toute la troupe se dirigea à grands pas vers la campagne; en même temps les petits pelotons de soldats, sortant par différentes portes, allèrent donner l'alarme sur plusieurs points des lignes ennemies, afin que les catholiques, se croyant assaillis de toutes parts, n'osassent porter des secours contre l'attaque principale, de peur de dégarnir un endroit de leurs retranchements ménacés partout. Le bastion de l'Évangile, contre lequel les ingénieurs de l'armée catholique avaient dirigé leurs efforts, avait surtout a souffrir d'une batterie de cinq canons, établie sur une petite éminence surmontée d'un bâtiment ruiné qui, avant le siège, avait été un moulin. Un fossé avec un parapet en terre défendait les approches du côté de la ville; et en avant du fossé on avait placé plusieurs arquebusiers en sentinelle.

Mais ainsi que l'avait prévu le capitaine protestant, leurs arquebuses, exposées pendant plusieurs heures à l'humidité, devaient être à peu près inutiles, et les assaillants, bien pourvus de tout, préparés à l'attaque, avaient un grand avantage sur des gens surpris à l'improviste, fatigués par les veilles, trempés de pluie et transis de froid. Les premières sentinelles sont égorgées. Quelques arquebusades, parties par miracle, éveillent la garde de la batterie à temps pour voir les protestants déjà maitres du fossé, et grimpant contre la butte du moulin. Quelques-uns essaient de résister; mais leurs armes échappent à leurs mains raidies par le froid; presque toutes leurs arquebuses ratent, tandis que pas un seul coup des assaillants ne se perd. La victoire n'est pas douteuse, et déjà les protestants, maîtres de la batterie, poussent le cri féroce de: Point de quartier! Souvenez-vous du vingt-quatre août! Une cinquantaine de soldats avec leur capitaine étaient logés dans la tour du moulin; le capitaine, en bonnet de nuit et en caleçon, tenant un oreiller d'une main et son épée de l'autre, ouvre la porte, et sort en demandant d'où vient ce tumulte. Loin de penser à une sortie de l'ennemi, il s'imaginait que le bruit provenait d'une querelle entre ses propres soldats. Il fut cruellement détrompé : un coup de hallebarde l'étendit par terre baigné dans son sang. Les soldats eurent le temps de barricader la porte de la tour, et pendant quelque temps ils se défendirent avec avantage, en tirant par les fenêtres; mais il y avait tout contre ce bâtiment un grand amas de paille et de foin, ainsi que des branchages qui devaient servir à faire des gabions. Les protestants y mirent le feu, qui, en un instant, enveloppa la tour, et monta jusqu'au sommet. Bientôt on entendit des cris lamentables en sortir. Le toit était en flammes et allait tomber sur la tête des malheureux qu'il couvrait. La porte brûlait, et les barricades qu'ils avaient faites les empêchaient de sortir par cette issue. S'ils tentaient de sauter par les fenêtres, ils tombaient dans les flammes, ou bien

étaient reçus sur la pointe des piques. On vit alors un spectacle affreux. Un enseigne, revêtu d'une armure complète, essaya de sauter comme les autres par une fenêtre étroite. Sa cuirasse se terminait, suivant une mode alors assez commune, par une espêce de jupon en fer qui couvrait les cuisses et le ventre, et s'élargissait comme le haut d'un entonnoir, de manière à permettre de marcher facilement. La fenêtre n'était pas assez large pour laisser passer cette partie de son armure, et l'enseigne, dans son trouble, s'y était précipité avec tant de violence qu'il se trouva ayant la plus grande partie du corps en dehors sans pouvoir remuer, et pris comme dans un étau. Cependant, les flammes montaient jusqu'à lui, échauffaient son armure, et l'y brûlaient lentement comme dans une fournaise, ou dans ce fameux taureau d'airain inventé par Phalaris. Le malheureux poussait des cris épouvantables, et agitait vainement les bras comme pour demander du secours. Il se fit un moment de silence parmi les assaillants, puis, tous ensemble, et comme par un commun accord, ils poussèrent une clameur de guerre pour s'étourdir et ne pas entendre les gémissements de l'homme qui brûlait. Il disparut dans un tourbillon de flammes et de fumée, et l'on vit tomber au milieu des débris de la tour un casque rouge et fumant.

Pendant qu'une partie des Rochelois poursuivaient les fuyards, les autres enclouaient les canons, en brisaient les roues et précipitaient dans la fosse les gabions de la batterie et les cadavres de ses défenseurs.

MATEO FALCONE.

Un certain jour d'automne, Mateo sortit de bonne heure avec sa femme pour aller visiter un de ses troupeaux dans une clairière du mâquis. Le petit Fortunato voulait l'accompagner, mais la clairière était trop loin; d'ailleurs il fallait bien que quelqu'un restât pour garder la maison; le père refusa donc: on verra s'il n'eut pas lieu de s'en repentir.

Il était absent depuis quelques heures, et le petit Fortunato était tranquillement étendu au soleil, regardant les montagnes bleues, et pensant que le dimanche prochain il irait dîner à la ville, chez son oncle le caporal, quand il fut soudainement interrompu dans ses méditations par l'explosion d'une arme à feu. Il se leva et se tourna du côté de la plaine d'où partait ce bruit. D'autres coups de fusil se succédèrent, tirés à intervalles inégaux, et toujours de plus en plus rapprochés ; enfin, dans le sentier qui menait de la plaine à la maison de Mateo parut un homme, coiffé d'un bonnet pointu comme en portent les montagnards, barbu, couvert de haillons, et se traînant avec peine en s'appuyant sur son fusil. Il venait de recevoir un coup de feu dans la cuisse. Cet homme était un bandit, qui, étant parti de nuit pour aller acheter de la poudre a la ville, était tombé en route dans une embuscade de voltigeurs corses. Après une vigoureuse défense, il était parvenu à faire sa retraite, vivement poursuivi et tiraillant de rocher en rocher. Mais il avait peu d'avance sur les soldats, et sa blessure le mettait hors d'état de gagner le mâquis avant d'être rejoint. Il s'approcha de Fortunato et lui dit : , Tu es le fils de Mateo Falcone ? — Oui. — Moi, je suis Gianetto Sanpiero. Je suis poursuivi par les collets jaunes. Cache-moi, car je ne puis aller plus loin. — Et que dira mon père si je te cache sans sa permission ? Il dira que tu as bien fait. Qui sait ? Cache-moi vite; ils viennent. Attends que mon père soit revenu. Que j'attende! malédiction ! Ils seront ici dans cinq minutes. Allons, cache-moi, ou je te tue.o Fortunato lui répondit avec le plus grand sang-froid : ,Ton fusil est déchargé, et il n'y a plus de cartouches dans ta carchera. — J'ai mon stylet. — Mais courras-tu aussi moi ?*

vite que Il fit un saut, et se mit hors d'atteinte. ,Tu n'es pas le fils de Mateo Falcone! Me laisseras-tu donc arrêter devant ta maison ?* L'enfant parut touché. »Que me donneras-tu si je te cache?" dit-il en se rapprochant. Le bandit fouilla dans une poche de cuir qui pendait à sa ceinture, et il en tira une pièce de cinq francs qu'il avait réservée sans doute pour acheter de la poudre. Fortunato sourit à la vue de la pièce d'argent; il s'en saisit, et dit à Gianetto : ,Ne crains rien.o Aussitôt il fit un grand trou dans un tas de foin placé auprès de la maison. Gianetto s'y blottit, et l'enfant le recouvrit de manière à lui laisser un peu d'air pour respirer, sans qu'il fût possible cependant de soupçonner que ce foin cachât un homme. Il s'avisa, de plus, d'une finesse de sauvage ingénieuse. Il alla prendre une chatte et ses petits et les établit sur le tas de foin, pour faire croire qu'il n'avait pas été remué depuis peu. Ensuite, remarquant des traces de sang sur le sentier près de la maison, il les couvrit de poussière avec soin, et, cela fait, il se recoucha au soleil avec la plus grande tranquillité. Quelques minutes après, six hommes en uniforme brun à collet jaune, et commandés par un adjudant, étaient devant la porte de Mateo. Cet adjudant était quelque peu parent de Falcone. (On sait qu'en Corse on suit les degrés de parenté beaucoup plus loin qu'ailleurs.) Il se nommait Tiodoro Gamba : c'était un homme actif, fort redouté des bandits dont il avait déjà traqué plusieurs. » Bonjour, petit cousin, dit-il à Fortunato en l'abordant; comme te voila grandi! As-tu vu passer un homme tout à l'heure ? - Oh! je ne suis pas encore si grand que vous, mon cousin, répondit l'enfant d'un air niais. — Cela viendra. Mais n'as-tu pas vu passer un homme, dis-moi ? — Si j'ai vu passer un homme ? - Oui, un homme avec un bonnet oointu en velours noir, et une veste rodée de rouge et de jaune ?

— Un homme avec un bonnet pointu, et une veste brodée de rouge et de jaune ? — Oui, réponds vite, et ne répète pas mes questions. — Ce matin, M. le curé est passé devant notre porte, sur son cheval Piero. Il m'a demandé comment papa se portait, et je lui ai répondu . .. . — Ah! petit drôle, tu fais le malin ! Dis-moi vite par où est passé Gianetto, car c'est lui que nous cherchons; et, j'en suis certain, il a pris par ce sentier. Qui sait ? Qui sait ? C'est moi qui sais que tu l'as vu. — Est-ce qu'on voit les passants quand on dort ? — Tu ne dormais pas, vaurien; les coups de fusil t'ont réveillé. — Vous croyez donc, mon cousin, que vos fusils font tant de bruit. L'escopette de mon père en fait bien davantage. Que le diable te confonde, maudit garnement! Je suis bien sûr que tu as vu le Gianetto. Peut-être même l'as-tu caché. Allons, camarades, entrez dans cette maison, et voyez si notre homme n'y est pas. Il n'allait plus que d'une patte, et il a trop de bon sens, le coquin, pour avoir cherché à gagner le mâquis en clopinant. D'ailleurs les traces de sang s'arrêtent ici. — Et que dira papa ? demanda Fortunato en ricanant; que dira-t-il, s'il sait qu'on est entré dans sa maison pendant qu'il était sorti ? — Vaurien ! dit l'adjudant Gamba en le prenant par l'oreille, sais-tu qu'il ne tient qu'à moi de te faire changer de note ? Peut-être qu'en te donnant une vingtaine de coups de plat de sabre tu parleras enfin.o Et Fortunato ricanait toujours. » Mon père est Mateo Falcone! dit-il avec emphase. — Sais-tu bien, petit drôle, que je puis t'emmener à § ou à Bastia. Je te ferai coucher dans un cachot, sur la paille, les fers aux pieds, et je te ferai guillotiner si tu ne me dis où est Gianetto Sanpiero.o

L'enfant éclata de rire à cette ridicule menace. Il répéta : » Mon père est Mateo Falcone ! Adjudant, dit tout bas un des voltigeurs, ne nous brouillons pas avec Mateo.o Gamba paraissait évidemment embarrassé. Il causait à voix basse avec ses soldats qui avaient déjà visité toute la maison. Ce n'était pas une opération fort longue, car la cabane d'un Corse ne consiste qu'en une seule pièce carrée. L'ameublement se compose d'une table, de bancs, de coffres et d'ustensiles de chasse ou de ménage. Cependant le petit Fortunato caressait sa chatte, et semblait jouir malignement de la confusion des voltigeurs et de son cousin. Un soldat s'approcha du tas de foin. Il vit la chatte, et donna un coup de baïonnette dans le foin avec négligence, et haussant les épaules comme s'il sentait que sa précaution était ridicule. Rien ne remua; et le visage de l'enfant ne trahit pas la plus légère émotion. L'adjudant et sa troupe se donnaient au diable; déjà ils regardaient sérieusement du côté de la plaine comme disposés à s'en retourner par où ils étaient venus, quand leur chef, convaincu que les menaces ne produiraient aucune impression sur le fils de Falcone, voulut faire un dernier effort et tenter le pouvoir des caresses et des présents. » Petit cousin, dit-il, tu me parais un gaillard bien éveillé! Tu iras loin. Mais tu joues un vilain jeu avec moi ; et si je ne craignais de faire de la peine a mon cousin Mateo, le diable m'emporte! je t'emmènerais avec moi. — Bah ! — Mais quand mon cousin sera revenu, je lui conterai l'affaire, et pour ta peine d'avoir menti il te donnera le fouet jusqu'au sang. | — Savoir? — Tu verras . . .. mais, tiens, sois brave garçon, et je te donnerai quelque chose. — Moi, mon cousin, je vous donnerai un avis, c'est que si vous tardez davantage, le Gianetto sera dans le mâquis, et alors il faudra plus d'un

luron comme vous pour aller l'y cherCher.o L'adjudant tira de sa poche une montre d'argent qui valait bien dix écus; et, remarquant que les yeux du petit Fortunato étincelaient en la regardant, il lui dit en tenant la montre suspendue au bout de sa chaîne d'acier. » Fripon ! tu voudrais bien avoir une montre comme celle-ci suspendue à ton col, et tu te promènerais dans les rues de Porto-Vecchio, fier comme un paon ; et les gens te demanderaient : ð heure est-il ? et tu leur dirais : Regardez à ma montre. — Quand je serai grand, mon oncle le caporal me donnera une montre. — Oui, mais le fils de ton oncle en a déjà une, pas aussi belle que celle-ci, à la vérité ... Cependant il est plus jeune que toi.o L'enfant soupira. ,Eh bien, la veux-tu, cette montre, petit cousin ?* Fortunato, lorgnant la montre du coin de l'œil, ressemblait à un chat à qui l'on présente un poulet tout entier. Comme il sent qu'on se moque de lui, il n'ose y porter la griffe, et de temps en temps il détourne les yeux pour ne pas s'exposer à succomber à la tentation; mais il se lèche les babines à tout moment, et il a l'air de dire à son maître : Que votre plaisanterie est cruelle ! Cependant l'adjudant Gamba semblait de bonne foi en présentant sa montre. Fortunato n'avança pas la main; mais il lui dit avec un sourire amer: ,Pourquoi vous moquez-vous de moi ? - Par Dieu! je ne me moque pas. Dis-moi seulement où est Gianetto, et cette montre est à toi.* Fortunato laissa échapper un sourire d'incrédulité; et fixant ses yeux noirs sur ceux de l'adjudant, il s'efforçait d'y lire la foi qu'il devait avoir en ses paroles. »Que je perde mon épaulette, s'écria l'adjudant, si je ne te donne pas la montre a cette condition ! Les camarades sont témoins, et je ne puis m'en dédire.o En parlant ainsi il approchait tou

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