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jours la montre, tant, qu'elle touchait presque la joue pâle de l'enfant. Celui-ci montrait bien sur sa figure le combat que se livraient en son âme la convoitise et le respect dû à l'hospitalité. Sa poitrine nue se soulevait avec force, et il semblait près d'étouffer. Cependant la montre oscillait, tournait et quelquefois lui heurtait le bout du nez. Enfin peu à peu sa main droite s'éleva vers la montre : le bout de ses doigts la toucha; et elle pesait tout entière dans sa main sans que l'adjudant lâchât pourtant le bout de la chaîne. Le cadran était azuré ... la boite nouvellement fQurbie . .. au soleil elle paraissait tout de feu ... La tentation était trop forte. Fortunato éleva aussi sa main gauche, et indiqua du pouce, par-dessus son épaule, le tas de foin auquel il était adossé. L'adjudant le comprit aussitôt. Il abandonna l'extrémité de la chaîne ; Fortunato se sentit seul possesseur de la montre. Il se leva avec l'agilité d'un daim, et s'éloigna de dix pas du tas de foin, que les voltigeurs se mirent aussitôt à culbuter. On ne tarda pas à voir le foin s'agiter; et un homme sanglant, le poignard à la main, en sortit : mais, comme il essayait de se lever en pieds, sa blessure refroidie ne lui permit plus de se tenir debout. Il tomba. L'adjudant se jeta sur lui et lui arracha son stylet. Aussitôt on le garrotta fortement, malgré sa résistance. Gianetto, couché par terre et lié comme un fagot, tourna la tête vers Fortunato, qui s'était rapproché. » Fils de . .. !o lui dit-il avec plus de mépris que de colère. L'enfant lui jeta la pièce d'argent qu'il en avait reçue, sentant qu'il avait cessé de la mériter; mais le proscrit n'eut pas l'air de faire attention à ce mouvement. Il dit avec beaucoup de sang-froid à l'adjudant: »Mon cher Gamba, je ne puis marcher; vous allez être obligé de me porter a la ville. — Tu courais tout à l'heure plus vite qu'un chevreuil, repartit le cruel vainqueur; mais sois tranquille : je suis si content de te tenir, que je te porte

rais une lieue sur mon dos sans être fatigué. Au reste, mon camarade, nous allons te faire une litière avec des branches et ta capote; et à la ferme de Crespoli nous trouverons des chevaux. — Bien, dit le prisonnier; vous mettrez aussi un peu de paille sur votre litière, pour que je sois plus commodément.o Pendant que les voltigeurs s'occupaient, les uns à faire une espèce de brancard avec des branches de châtaignier, les autres à panser la blessure de Gianetto, Mateo Falcone et sa femme parurent tout d'un coup au détour d'un sentier qui conduisait au mâquis. La femme s'avançait courbée péniblement sous le poids d'un énorme sac de châtaignes, tandis que son mari se prélassait, ne portant qu'un fusil à la main et un autre en bandoulière; car il est indigne d'un homme de porter d'autre fardeau que ses armes. A la vue des soldats, la première pensée de Mateo fut qu'ils venaient pour l'arrêter. Mais pourquoi cette idée ? Mateo avait-il donc quelques démêlés avec la justice ? Non. Il jouissait d'une bonne réputation. C'était, comme on dit, un particulier bien famé; mais il était Corse et montagnard, et il y a peu de Corses montagnards qui, en scrutant bien leur mémoire, n'y trouvent quelque peccadille, telle que coups de fusil, coups de stylet et autres bagatelles. Mateo, plus qu'un autre, avait la conscience nette; car depuis plus de dix ans il n'avait dirigé son fusil contre un homme; mais toutefois il était prudent, et il se mit en posture de faire une belle défense, s'il en était besoin. » Femme, dit-il à Giuseppa, mets bas ton sac et tiens-toi prête.o Elle obéit sur-le-champ. Il lui donna le fusil qu'il avait en bandoulière et qui aurait pu le gêner. Il arma celui qu'il avait à la main, et il s'avança lentement vers la maison, longeant les arbres qui bordaient le chemin, et prêt, à la moindre démonstration hostile, à se jeter derrière le plus gros tronc, d'où il aurait pu faire feu à couvert. Sa femme marchait sur ses talons, tenant

son fusil de rechange et sa giberne. L'emploi d'une bonne ménagère, en cas de combat, est de charger les armes de son mari.

D'un autre côté, l'adjudant était fort en peine en voyant Mateo s'avancer ainsi, à pas comptés, le fusil en avant et le doigt sur la détente. Si par hasard, pensa-t-il, Mateo se trouvait parent de Gianetto, ou s'il était son ami, et qu'il voulût le défendre, les bourres de ses deux fusils arriveraient à deux d'entre nous, aussi sûr qu'une lettre à la poste, et s'il me visait, nonobstant la parenté ! ... .

Dans cette perplexité, il prit un parti fort courageux, ce fut de s'avancer seul vers Mateo pour lui conter l'affaire, en l'abordant comme une vieille connaissance ; mais le court intervalle qui le séparait de Mateo lui parut terriblement long.

,Holà ! eh! mon vieux camarade, cria-t-il, comment cela va-t-il, mon brave ? C'est moi, je suis Gamba, ton cousin.o

Mateo, sans répondre un mot, s'était arrêté, et à mesure que l'autre parlait, il relevait doucement le canon de son fusil, de sorte qu'il était dirigé vers le ciel au moment où l'adjudant le joignit. ,Bonjour, frère, dit l'adjudant en lui tendant la main. Il y a bien longtemps que je ne t'ai vu. — Bonjour, frère. — J'étais venu pour te dire bonjour en passant, et à ma cousine Pepa. Nous avons fait une longue traite aujourd'hui; mais il ne faut pas plaindre notre fatigue, car nous avons fait une fameuse prise. Nous venons d'empoigner Gianetto Sanpiero. — Dieu soit loué! s'écria Giuseppa. Il nous a volé une chèvre laitière la semaine passée." Ces mots réjouirent Gamba. , Pauvre diable ! dit Mateo, il avait faim. — Le drôle s'est défendu comme un lion, poursuivit l'adjudant un peu mortifié; il m'a tué un de mes voltigeurs, et non content de cela, il a cassé le bras au caporal Chardon; mais il n'y a pas grand mal, ce n'était qu'un Fran

çais . .. Ensuite il s'était si bien caché que le diable ne l'aurait pu découvrir. Sans mon petit cousin Fortunato, je ne l'aurais jamais pu trouver. — Fortunato ! s'écria Mateo. — Fortunato ! répéta Giuseppa. — Oui, le Gianetto s'était caché sous ce tas de foin là-bas; mais mon petit cousin m'a montré la malice. Aussi je le dirai à son oncle le caporal, afin qu'il lui envoie un beau cadeau pour sa peine. Et son nom et le tien seront dans le rapport que j'enverrai à M. l'avocat général. — Malédiction !o dit tout bas Mateo. Ils avaient rejoint le détachement. Gianetto était déjà couché sur la litière et prêt à partir. Quand il vit Mateo en la compagnie de Gamba, il sourit d'un sourire étrange; puis, se tournant vers la porte de la maison, il cracha sur le seuil en disant : ,Maison d'un traître !o Il n'y avait qu'un homme décidé à mourir qui eût osé prononcer le mot de traître en l'appliquant à Falcone. Un bon coup de stylet, qui n'aurait pas eu besoin d'être répété, aurait immédiatement payé l'insulte. Cependant Mateo ne fit pas d'autre geste que celui de porter sa main à son front comme un homme accablé. Fortunato était entré dans la maison en voyant arriver son père. Il reparut bientôt avec une jatte de lait, qu'il présenta les yeux baissés à Gianetto. ,Loin de moi !* lui cria le proscrit d'une voix foudroyante. Puis se tournant vers un des voltigeurs : »Camarade, donne-moi à boire,* dit-il. Le soldat remit sa gourde entre ses mains, et le bandit but l'eau que lui donnait un homme avec lequel il venait d'échanger des coups de fusil. Ensuite il demanda qu'on lui attachât les mains de manière qu'il les eût croisées sur sa poitrine, au lieu de les avoir liées derrière le dos. »J'aime, disait-il, à être couché à mon aise.* On s'empressa de le satisfaire; puis l'adjudant donna le signal du départ, dit adieu à Mateo, qui ne lui répondit pas, et descendit au pas accéléré vers la plaine. Il se passa près de dix minutes avant que Mateo ouvrit la bouche. L'enfant regardait d'un œil inquiet tantôt sa mère et tantôt son père, qui, s'appuyant sur son fusil, le considérait avec une expression de colère concentrée. ,Tu commences bien! dit enfin Mateo d'une voix calme, mais effrayante pour qui connaissait l'homme. — Mon père!o s'écria l'enfant en s'avançant les larmes aux yeux comme pour se jeter à ses genoux. Mais Mateo lui cria : ,Arrière de moi !* Et l'enfant s'arrêta et sanglota, immobile à quelques pas de son père. Giuseppa s'approcha. Elle venait d'apercevoir la chaîne de la montre, dont un bout sortait de la chemise de Fortunato. »Qui t'a donné cette montre ? demanda-t-elle d'un ton sévère. — Mon cousin l'adjudant.o Falcone saisit la montre, et, la jetant avec force contre une pierre, il la mit en mille pièces. »Femme, dit-il, cet enfant est le premier de sa race qui ait fait une trahison.o Les sanglots et les hoquets de Fortunato redoublèrent, et Falcone tenait ses yeux de lynx toujours attachés sur lui. Enfin il frappa la terre de la crosse de son fusil, puis le rejeta sur son épaule, et reprit le chemin du mâquis en criant à Fortunato de la suivre. L'enfant obéit. Giuseppa courut après Mateo et lui saisit le bras. »C'est ton fils, lui dit-elle d'une voix tremblante, en attachant ses yeux noirs sur ceux de son mari, comme pour lire ce qui se passait dans son âme. — Laisse-moi, répondit Mateo; je suis son père." Giuseppa embrassa son fils et rentra en pleurant dans sa cabane. Elle se jeta à genoux devant une image de la Vierge et pria avec ferveur. Cependant Mateo marcha quelque deux cents pas dans le sentier, et ne s'arrêta que dans un petit ravin où il descendit. Il sonda la terre avec la crosse de son fusil et la trouva molle et facile à

creuser. L'endroit lui parut convenable pour son dessein. » Fortunato, va auprès de cette grosse pierre.o L'enfant fit ce qu'il lui commandait, puis il s'agenouilla. » Dis tes prières !o - Mon père, mon père, ne me tuez pas ! — Dis tes prières !" répéta Mateo d'une voix terrible. L'enfant, tout en balbutiant et en sanglotant, récita le Pater et le Credo. Le père, d'une voix forte, répondait Amen ! à la fin de chaque prière. »Sont-ce là toutes les prières que tu sais ? — Mon père, je sais encore l'Ave Maria et la litanie que ma tante m'a apprise. — Elle est bien longue, n'importe.* L'enfant acheva la litanie d'une voix éteinte. »As-tu fini? — Oh! mon père, grâce! pardonnezmoi ! Je ne le ferai plus! Je prierai tant mon cousin le caporal qu'on fera grâce au Gianetto !o Il parlait encore; Mateo avait armé son fusil et le couchait en joue en lui disant : »Que Dieu te pardonne !o L'enfant fit un effort désespéré pour se relever et embrasser les genoux de son père; mais il n'en eut pas le temps. Mateo fit feu, et Fortunato tomba raide mort. Sans jeter un coup d'œil sur le cadavre, Mateo reprit le chemin de sa maison pour aller chercher une bêche afin d'enterrer son fils. Il avait fait à peine quelques pas qu'il rencontra Giuseppa qui accourait, alarmée du coup de feu. »Qu'as-tu fait ? s'écria-t-elle. — Justice. — Où est-il ? — Dans le ravin. Je vais l'enterrer. Il est mort en chrétien; je lui ferai chanter une messe. Qu'on dise à mon gendre Tiodoro Bianchi de venir demeurer avec nous !*

A. G. DE BARANTE.

Amable Guillaume Prosper Brugière, baron de Barante, naquit à Riom (Auvergne), en 1782. Il fit ses études humanitaires dans une pension de Paris, passa à l'Ecole polytechnique, où il resta trois aus, et, à sa sortie, il entra en qualité de surnuméraire au ministère de l'intérieur. Admis comme auditeur au conseil d'État (1806), il fut chargé de plusieurs missions en Allemagne, puis fut nommé sous-préfet (1807) et enfin préfet (1809). Après la chute de Napoléon I., Barante se montra zélé partisan des Bourbons. Élu député, il prit place parmi les royalistes constitutionnels et combattit les excès de la réaction. En 1819, il fut élevé à la dignité de pair et nommé directeur général des contributions indirectes. Lorsque son ami Decazes ne fut plus à la téte des affaires, Barante entra dans l'opposition, perdit sa place et publia plusieurs discours dans lesquels il attaqua vivement la politique de la Restauration. — Il applaudit à la révolution de Juillet (1830), et fut un des partisans les plus dévoués de Louis-Philippe, qui l'envoya comme ambassadeur à Turin et à St.-Pétersbourg. La révolution de 1848

LA BATAILLE D'AZINCOURT.

Lorsque la prise de Harfleur fut connue, la consternation fut grande, et l'on murmura beaucoup de ce que le royaume était si mal défendu. On faisait cent récits sur la prise de Harfleur. Il n'était question que de trahison et de gens gagnés. On taxait les seigneurs de lâcheté, et chaque jour on parlait d'eux avec plus de mécontentement. En effet, les gens de guerre que les princes amenaient successivement au roi, qui pour lors était à Rouen avec son fils, paraissaient bien plus empressés à piller les Français qu'à combattre les Anglais.

L'occasion semblait pourtant favorable; l'armée du roi d'Angleterre était ravagée par les maladies. Au lieu de s'avancer en Normandie, il avait été contraint de prendre le chemin de Calais : et comme le connétable, qui était en Picardie, défendait les passages de la Somme, les Anglais avaient à faire une route longue et difficile, en remontant la rive gauche de la rivière. Ils manquaient de vivres. La saison était mauvaise; ils souffraient beaucoup. Leur présomption était fort abattue.

C'était bien le moment de venger le royaume. Presque tous les princes et les grands seigneurs étaient arrivés auprès du Dauphin. Le duc d'Orléans, nonobstant les ordres qu'il avait reçus,

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était venu en personne. Ses frères, les ducs de Berri, d'Alençon, de Bourbon, de Bar, les comtes de Richemont et Vendôme, plus de quinze autres grands barons du royaume avaient conduit leurs hommes d'armes. Mais, comme les princes n'avaient point voulu que le duc de Bourgogne vînt partager avec eux une gloire qu'ils regardaient en ce moment comme assurée, les ordres du roi avaient été maintenus en ce qui le touchait; aussi n'avait-il pas envoyé les hommes d'armes de Bourgogne, de Savoie, de Lorraine, avec lesquels il se tenait prêt à venir. Il avait même fait défense à ses vassaux de Picardie et d'Artois de marcher sans son commandement, encore qu'ils eussent reçu celui du roi; bien peu lui obéirent. Quant à son fils, le comte Charolais, il désirait de tout son cœur d'aller combattre les Anglais : mais son père avait chargé les sires de Roubais et de La Viefville, ses gouverneurs, de l'empêcher de se rendre à l'armée du roi. Ils le tenaient dans le château d'Aire et lui cachaient les nouvelles de la guerre, le flattant toujours de partir et lui disant qu'il n'était pas temps encore. Le comte de Nevers, frère du duc Jean, avait obéi au mandement du roi. Les bourgeois de Paris offrirent six mille hommes bien armés, en demandant qu'on les fit marcher en téte les jours de bataille; leur offre fut dédaignée. Le duc de Berri rappela inutilement la valeur qu'ils avaient montrée dans les derniers troubles et leurs beaux faits de guerre; le maréchal Boucicault, le connétable et d'autres anciens chevaliers étaient bien du méme avis ; mais le duc de Bourbon, le duc d'Alençon et les jeunes seigneurs ne voulaient point des gens des communes, et disaient que ceux qui n'étaient point de leur avis avaient peur. »Qu'avons-nous à faire de ces gens de boutique ? disaient-ils; nous sommes déjà trois fois plus nombreux que les Anglais." Les personnes sages blamèrent beaucoup cette présomption, et remarquèrent que la noblesse oubliait les journées de Crécy, de Poitiers, de Nicopolis, dans lesquelles le salut ou l'honneur du royaume leur avaient été si malheureusement confiés. On disait que, dans les temps de gloire de la France, on avait reçu également sous les armes tous les hommes de cœur, quelle que fût leur condition. Le duc de Bretagne avait d'abord répondu qu'il ne viendrait pas, à moins que son cousin le duc de Bourgogne ne fût aussi mandé ; mais le conseil du roi, et surtout l'évêque de Chartres, qui conduisait tout, lui firent faire de grandes offres; le roi lui abandonna la ville de Saint-Malo, lui promit cent mille francs, lui donna de magnifiques présents, et il consentit a se mettre en route avec six mille gens d'armes. Bien qu'il ne fût pas encore arrivé, non plus que beaucoup d'autres seigneurs, l'armée de France était devenue belle et nombreuse; elle avait passé la Somme, et fermait le chemin du retour au roi d'Angleterre, qui suivait toujours la gauche de la rivière, cherchant le moyen de la traverser, et perdant beaucoup de ses gens par la faim et les maladies. Enfin, grâce à la négligence de la garnison de Saint-Quentin, qui ne garda point le passage de Béthencourt, il réussit à entrer en Picardie. Alors le connétable et les princes envoyèrent demander au roi l'ordre de livrer bataille. Un nombreux conseil fut réuni pour résoudre cette grande affaire. D'après tout ce qu'on savait,

la victoire semblait si bien assurée que, sur trente-cinq conseillers, trente furent d'avis qu'il fallait combattre. Le duc d'Aquitaine, et même le roi, voulaient se rendre à l'armée ; mais le duc de Berri, qui déjà s'était opposé à la bataille, ne voulut point que le roi y allât. Il se souvenait de Poitiers, où soixante ans auparavant il avait combattu; on s'assurait aussi de la victoire, et le roi Jean son père y avait été pris par les Anglais. » Il vaut mieux, disait-il, perdre la bataille que de perdre le roi et la bataille.o Après la réponse du roi, le connétable et les princes envoyèrent au roi d'Angleterre trois officiers d'armes, pour lui dire qu'étant résolus de combattre, ils lui offraient de convenir du jour et du lieu. Le roi d'Angleterre reçut joyeusement ses messagers, et leur donna de beaux présents; puis il envoya sa réponse par ses hérauts. Il faisait savoir aux princes de France qu'étant parti de sa ville de Harfleur il se rendit en Angleterre, et que, ne s'arrêtant dans aucune ville ni forteresse, on pouvait tous les jours à toute heure le trouver en pleine campagne. Il continua sa route sans trouver d'obstacles pendant cinq jours, en se dirigeant toujours vers Calais. Comme il s'attendait à chaque heure qu'il allait rencontrer les Français, il marchait avec récaution, vêtu de sa cotte d'armes. † jour que par mégarde il avait passé au-delà du village où ses fourriers lui avaient fait un logis, on voulut l'y faire retourner. »A Dieu ne plaise, dit-il, que je retourne jamais en arrière quand une fois j'ai vétu ma cotte d'armes.o Le lendemain, il sut que les Français marchaient à lui, coupant la route de Calais, et allaient venir se loger dans les villages de Rousseauville et d'Azincourt. Il avait devant lui la rivière de Blangy, dont le passage était difficile et dangereux. Les Français n'avaient point songé à la garder; il se hâta de passer. Alors les armées se trouvèrent en présence; on crut que la bataille allait commencer. Des deux côtés on se prépara à combattre; mais les Français n'attaquèrent point. On vit que

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