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fixé pour l'expiation était enfin écoulé. Il y avait, dans ce mythe, une grande leçon pour les rois, comme pour les faibles mortels. 93. – Page 134. Multa putans, sortemque animo miseratus iniquam.

Les dieux pouvaient être accusés d'injustice, en punissant d'un exil centenaire les mortels dont les corps étaient restés privés des honneurs funèbres, contre le désir et la volonté de ces mêmes mortels : mais la théologie payenne avait voulu inspirer aux vivans le respect pour les morts, et les obliger, par la sévérité d'un dogme qui les frappât de terreur, à ne pas laisser les morts sans sépulture.

Cependant ce dogme devait inspirer aux anciens un grand éloignement pour les voyages maritimes; et il dut retarder les progrès de la navigation, du commerce et de la civilisation. 94. – Page 134. Leucaspim, et lyciæ ductorem classis Orontem.

Variantes dans les anciens manuscrits : Leucapsim, Leucaspin. 95. – Page 134. Obruit Auster, aqua involvens navemque virosque.

Leucaspis et Oronte avaient péri avec leurs vaisseaux, dans la tempête qui est décrite au commencement du premier livre. 96. – Page 134. Ille autem : « Neque te Phobi cortina fefellit. »

Dans le xie livre de l'Odyssée , Ulysse rencontre aussi son ami Elpenor dans les enfers; mais tout l'avantage est ici pour l'heureux imitateur d'Homère. 97. – Page 134. ................ Maria aspera juro.

Un pareil serment est placé convenablement dans la bouche d'un pilote. Notandi mores.

98. – Page 134. Tres Notus hibernas immensa per æquora noctes.

M. Binet traduit ainsi hibernas noctes : « Trois jours, ou plutôt trois nuits des plus orageuses, j'ai lutté, etc. » 99. – Page 136. Ni gens crudelis madida cum veste gravatum.

Cette cruauté envers les naufragés, exercée ici par les Lucaniens, est attribuée, dans l'Odyssée, aux Lestrigons. On retrouve III.

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cette coutume barbare, dans les temps modernes, sur les côtes de l'Armorique et de l'Écosse. 100. – Page 136. ...... ........ Tu mihi terram

Injice. L'ombre de Patrocle fait, dans l'Iliade, la même prière à Achille. Une loi d'Athènes enjoignait de couvrir d'un peu de terre les cadavres trouvés sans sépulture. Horace dit :

At tu, nauta, vagæ ne parce malignus arenæ

Ossibus et capiti inhumato
Particulam dare.

Il dit encore ailleurs ( Od., liv. 1, 28):

......... Licebit Injecto ter pulvere curras.

« Quand tu auras trois fois jeté de la poussière sur mon corps, tu pourras partir. »

101. --- Page 136. ................. Portusque require velinos.

La ville de Velia , ou Elea selon les Grecs, aujourd'hui Castel a mare della Brucca , ne fut bâtie dans la Lucanie, par une colonie de Phocéens, que plusieurs siècles après Énée. Cette ville donna son nom au port : c'est donc par anticipation que Virgile parle du port de Vélie.

102. – Page 136. Æternumque locus Palinuri nomen habebit.

Cette prédiction du poète s'est réalisée comme celle qu'il avait faite sur Misène. Le promontoire de Palinure a conservé le nom de capo di Palinuro; il s'élève dans la principauté citérieure, province du royaume de Naples, et qui était appelée Lucanie par les anciens.

103. - Page 138. Nec vero Alciden me sum lætatus euntem,

Lorsqu'Hercule descendit aux enfers, dit Servius, citant les poésies Orphiques, Charon, saisi d'une terreur soudaine , le reçut aussitôt et le passa dans sa nacelle : ce qui fit condamner le nautonnier infernal à rester un an entier enfermé dans un cachot du

Tartare. C'est pourquoi, ajoute l'ancien commentateur, il n'était point joyeux : Ideo ergo non LÆTATus propter supplicium suum. 104. – Page 138. Quæ contra breviter fata est amphrysia vates.

La Sibylle est appelée vates amphrysia, parce qu'Apollon, qui l'inspirait, était nommé souvent Amphrysius ou pastor ab Amphryso, depuis que, chassé de l'Olympe, il avait été réduit à garder les troupeaux d’Admète, sur les bords du fleuve Amphryse, dans la Thessalie.

105. – Page 138. ................ Ingens janitor antro.

Cerbère, chien de Pluton, et gardien des enfers, janitor Orci, était né de Typhon, vent orageux, et d’Echidna, moitié nymphe et moitié serpent. Hesiode lui donne cinquante têtes; Horace lui en prête cent (bellua centiceps ). Mais, selon presque tous les · mythographes, il n'en avait que trois, et le merveilleux se trouve encore suffisant. Ces trois têtes étaient celles d'un chien, d'un loup et d'un lion. Sur son triple cou, au lieu de poil, se hérissaient des couleuvres. Homère parle du chien des enfers sans le nommer, ni sans le dépeindre. Hésiode lui a donné le premier le nom de Cerbère, du mot grec Cresboros, carnivore. Fourmont fait dériver son nom de celui de Chébrés, donné à plusieurs anciens rois d'Égypte. Paléphate le nomme chien de Géryon; mais il le confond avec Orthros, son frère, chien de ce géant. Cerbère était surnommé Trigeminus, Triceps et Trifaux. Hésiode le représente flattant de ses caresses les morts qui arrivent, et menaçant de dévorer ceux qui voudraient sortir de l'empire des Mânes.

Horace peint ainsi le gardien de cet empire (Od., liv. 111, 11):

Cerberus , quamvis furiale centum
Muniant angues caput ejus, atque
Spiritus teter, saniesque manet

Ore trilingui.

Cerbère fut enchaîné par Hercule, assoupi par la lyre d'Orphée et par le caducée de Mercure, endormi par le gâteau de la Sibylle, et fasciné par le rameau d'Enée. Selon quelques auteurs, la fable de Cerbère devrait son origine à la coutume des Égyptiens, de faire garder les tombeaux par des dogues. Les Platoniciens ont vu dans Cerbère le mauvais génie dont les funestes influences, dit Porphyrę, se répandent sur les trois élémens, l'air, la terre et l'eau. D'autres enfin ont cru reconnaître, dans le mythe de Cerbère, le temps avec ses trois divisions, dévorant, sur la terre, dont les anciens ne connaissaient que les trois premières parties, les trois principaux âges de la vie, l'enfance, la jeunesse et la vieillesse, par trois genres de mort, naturelle, violente et fortuite. Pythagore avait mis en réputation la science des nombres : cette science a été appliquée à toutes les religions, et a fait beaucoup rêver les savans. 106.– Page 138. Casta licet patrui servet Proserpina limen.

Fille de Jupiter et de Cérès, Proserpine était en même temps nièce et femme de Pluton.

107. - Page 140. ..... Ille admirans venerabile donum

Fatalis virgæ, longo post tempore visum.

Virgile semblerait dire ici qu’Hercule et Thésée n'avaient fait leur descente aux royaumes sombres qu'en présentant le rameau d'or. Mais comment Charon aurait-il été puni pour avoir reçu dans sa barque le grand Alcide, si ce héros lui avait montré le rameau d'or? 108. – Page 140. Ingentem Ænean.

Par cette épithète, ingentem, Virgile désigne la haute stature et la force matérielle d'Énée. Ce sont les premiers avantages qu'Homère donne à ses héros; et tous les poètes de l'antiquité ont imité, sur ce point, Homère, comme La Cerda le remarque et le prouve par les exemples qu'il cite.

109. – Page 140. ........ Gemuit sub pondere cymba

Sutilis, et multam accepit rimosa paludem. C'est avec un soin singulier et une stérile érudition que les commentateurs ont disserté sur la barque infernale. Était-elleformée de planches comme les bateaux de nos rivières, ou de peaux cousues , ou de joncs ployés ? Plusieurs ont pensé que, puisqu'il y avait un Charon dans l'enfer des Égyptiens, la nacelle devait être composée de l'écorce du papyrus. Desfontaines et M. Binet

ont traduit ainsi : composée d'écorces cousues' ensemble. Ni Virgile, ni aucun autre poète ne font connaître la matière dont était formée la barque de Charon. En la peignant fragile et délabrée, l'auteur de l'Énéide a-t-il voulu prouver que tout était pauvre et misérable dans les enfers ? Les ombres étaient légères et sans aucune pesanteur; mais puisque cette barque porta le puissant Alcide, elle devait avoir quelque solidité. Ce sont les mots sutilis, cousu, et riinosa, plein de fentes, qui ont si péniblement exercé la patience des érudits, souvent plus infatigable que celle de leurs lecteurs. 110. – Page 140. Informi lino glaucaque cxponit in ulva.

La plante aquatique appelée ulva, et dont Virgile a déjà parlé dans le second livre de l'Énéide (v. 135), est demeurée inconnue aux botanistes modernes ; ils se contentent de dire : Lulva est dans les marais ce que l'algue est dans la mer. Quelques savans ont cru que lulva est la typhe de Dioscoride, c'est-à-dire cette espèce de jonc qui a des masses à son sommet. Un des derniers traducteurs de l'Énéide a transformé lulva glauca , le jonc vert pâle, en roseaux noirs : 111. – Page 140. Melle soporalam el medicatis frugibus offam.

Tout, jusqu'au gâteau de la Sibylle, a exercé la sagacité des scoliastes. De quoi était composé ce gâteau? les uns disent que c'était un potage somnifère ou une bouillie assoupissante; les autres prétendent qu'il était pétri avec des plantes magiques. Comprenez, dit gravement Heyne, que c'était une boulette : intellige globulum ex pulte factum, mais où il entrait du miel, des pavots et d'autres semences soporifiques, sed admixto melle et papavere, aliisque seminibus et succis ita temperatum, ut vim soporificam haberet. 112. - Page 140. Infantumque animæ flentes in limine primo.

Delille mêle trop souvent ses idées à celles de Virgile. C'est ainsi qu'après avoir montré le héros entendant les cris des enfans qui

... Ravis en naissant aux baisers de leur mère,
N'ont qu'entrevu le jour et fermé la paupière,

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