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Et voilà qu'aujourd'hui dans de timides cœurs
Par un nouveau forfait allumant ses fureurs,
A brûler leurs vaisseaux elle excite leur rage!
La flamme a dévoré ce qu'épargna l'orage,
Et force, hélas! mon fils, après tant de dangers,
D'abandonner les siens sur des bords étrangers.
Je n'ai plus qu'un désir : qu'un destin moins funeste
Des Troyens opprimés respecte au moins le reste!
Et, si l'arrêt du sort ne dément pas mes vœux,
Conduise aux champs latins ce peuple malheureux.
Voilà l'ambition du fils et de la mère. »

Neptune, en souriant, entend sa plainte amère,
Console sa douleur, et dit: « Non, ce n'est pas
A la fille des mers à craindre mes états:
Vénus dans mon empire a reçu la naissance.
Moi-même ai quelques droits à votre confiance:
Souvent, pour votre Énée employant mon pouvoir,
J'ai fait rentrer les vents, les flots dans leur devoir;
Et sur la terre encor, dans plus d'une journée,
Vénus, vous m'avez vu soigner sa destinée.
Quand le terrible Achille, au milieu des combats,
Des Troyens haletants, que poursuivoit son bras,
Moissonnoit des milliers, ou contre leurs murailles
Écrasoit leurs débris échappés aux batailles;
Lorsque, chargé de morts, le Xanthe épouvanté
Suivoit péniblement son cours ensanglanté;
Alors vous m'avez vu du fier vainqueur de Troie
Sauver dans un nuage une si noble proie;
Et, trompant de ce fils le terrible rival,
L'arracher malgré lui d'un combat inégal:

Nunc quoque mens eadem perstatmihi : pelle timorem.
Tutus, quos optas, portus adcedet Averni:
Unus erit tantum, amissum quem gurgite quseret;
Unum pro multis dabitur caput. »

His ubi lœta deas permulsit pectora dictis:
Jungit equos auro genitor, spumantiaque addit
Frena feris, manibusque omnis effundit habenas.
Caeruleo per summa levis volat aequora curru (îo):
Subsidunt undae, tumidumque sub axe tonanti
Sternitur aequor aquis: fugiunt vasto aethere nimbi.
Tum variœ comitum faciès, immania cete,
Et senior Glauci chorus, Inousque Palaemon,
Tritonesque citi, Phorcique exercitus omnis.
Laeva tenent Thetis, et Melite, Panopeaque virgo,
Nesaee, Spioque, Thaliaque Cymodoceque.

Uic patris JEnex suspensam blanda vicissim Gaudia pertentant mentem : jubet ocius omnis Adtolli malos, intendi brachia velis. Una omnes fecere pedem, pariterque sinistros, Nunc dextros solvere sinus; una ardua torquent Gornua, detorquentque : ferunt sua flamina classem. Princeps ante omnis densum Palinurus agebat Agmen ; ad hune alii cursum contendere jussi.

Pourtant, vous le savez, une cruelle injure
Livroit à mon courroux cette cité parjure.
Même intérêt m'anime; et-', conduits jusqu'au port,
Ses vaisseaux de l'Averne iront toucher le bord:
Un seul de ses Troyens périra dans l'abîme.
Pour le salut de tous un seul sera victime. »

Vénus calme à ces mots ses déplaisirs cruels.
Le char du dieu l'attend: ses coursiers immortels
Ont reconnu sa voix et ses mains souveraines.
A leur bouche écumante il a rendu les rênes;
Il vole; et d'un côté le jeune Palémon,
Et les fils de Glaucus, et l'agile Triton;
De l'autre, Panopée, etThalie, et Mélite,
Et Nésée, et Spio, sont sa brillante suite:
De déesses, de dieux l'immortel entouré
Rase, en volant, les eaux sur son char azuré.
Dès qu'elle entend rouler sa conque impétueuse,
Autour d'elle se tait l'onde respectueuse;
Les vents tombent: les flots s'aplanissent sous lui,
Et des cieux épurés les nuages ont fui.

Le héros s'applaudit; dans son ame flottante L'espoir d'un sort meilleur verse la douce attente. Par son ordre on relève, on redresse les mâts, La vergue sur leur tige étend son double bras; A ce mobile appui la toile suspendue, Et tantôt resserrée et tantôt étendue, Tourne d'un bord à l'autre, et de ses plis mouvants Interroge, saisit, et recueille les vents. La flotte agile vole, et d'une main habile Palinure conduit sa vitesse docile.

Jamque fere mediam cœli nox humida metam Contigerat; placida laxarant membra quiete Sub remis fusi per dura scdilia nautae: Quuin levis aetbcriis delapsus Somnus ab astris Aera dimovit tenebrosum, et dispulit umbras, Te, Palinure, petens; tibi somnia tristia portans Insonti, puppique deus consedit in alta, « Phorbanti similis; fuditque has ore loquelas: « laside Palinure, ferunt ipsa aequora classcm; ^Equatae spirant aurae; datur hora quieti: Pone caput, fessosque oculos furare labori. Ipse ego paullisper pro te tua munera inibo. »

Gui vix adtollcns Palinurus lumina fatur: « Mene salis placidi voltum fluctusque quietos Ignorare jubcs? mené huic confidere monstro? dSneam credam quid enim fallacibus austris, Et cœli toties deceptus fraude sereni? »

Talia dicta dabat, clavumque adfixus et haerens Nusquam amittebat, oculosque subastra tenebat. Ecce deus ramum Lethaeo rore madentem, Vique soporatum Stygia, super utraque quassat Tempora, cunctantique natantia lumina solvit.

La nuit avoit rempli la moitié de son cours, Et chacun du sommeil imploroit le secours: Les nautoniers, lassés sous leurs oisives rames, Aux songes de la nuit abandonnoient leurs ames, Quand, de l'air ténébreux dissipant la vapeur, Glisse du haut des cieux un fantôme trompeur. Il cherche Palinure au milieu de la troupe; Sous les traits de Phorbas il s'assied sur la poupe, S'adresse au vieux nocher, et lui parle en ces mots: « Palinure, tu vois, tout se livre au repos; D'elle-même, et docile au souffle qui la guide, La flotte sans effort suit sa course rapide: Dors, dérobe un instant à ton pénible emploi; Auprès du gouvernail je veillerai pour toi.— Qui? moi! moi ! je pourrois du généreux Énée Confier à la mer la haute destinée! Non, non; je connois trop les flots capricieux, Et du traître élément le calme insidieux. Du ciel le plus serein, de la mer la plus belle, Écoute qui voudra la promesse infidèle; Je ne me livre point à ces garants trompeurs. »

Il dit; et, du sommeil repoussant les vapeurs, Tient constamment les yeux fixés sur les étoiles, S'attache au gouvernail, et dirige les voiles. Alors le dieu sur lui secouant ses pavots, Que du Léthé paisible abreuvèrent les flots, Sur sa paupière humide et déjà languissante Il épanche en secret la sève assoupissante; Et son œil, vers le ciel, levé non sans effort, Tombe, s'ouvre à demi, se referme, et s'endort.

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