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Ensis erat, Tyrioque ardebat murice lama,

Demissa ex hnmeris, clives quae munera Dido

Fccerat, et tenui telas discreverat auro.

Gontinuo invadit: « Tu nunc Carthaginis alto*

F'undamenta locas, pulchramquc uxorius urbeni

Exstruis? heu! regni rerumque oblite tuarum!

Ipse deum tibi meclaro demittit Olympo Regnator, cœlum et terras qui numine torquet, Ipse haec ferre jubet céleris mandata per auras:Quid struis? aut qua spe Libycis teris otia terris?Si te nulla movet tantarum gloria rerum, Nec super ipse tua moliris laude laborem; Ascanium surgentem, et spcs heredis Iuli

Respice, cui rcgnum Italiac Romanaque tellus

Debentur. » Tali Cyllenius ore locutus Mortalis visus medio sermone reliquit, Et procul in tenuem ex oculis evanuit auram. At vero /Eneas adspectu obmutuit amens,
Adrectaequc horrorc comœ, et vox faucibus haesit(36).
Ardet abire fuga, dulcisque relinquere terras,
Adtonitus tanto monitu imperioque dcorum.
Heu ! quid agat? quo nunc reginam ambirc furentem
Audeat adfatu? quae prima exordia sumat?
*Atque animum nunc hue celerem, nunc dividit illuc,
*In partisque rapit varias, perque omnia versât.
Hœc alternant! potior sententia visa est.
Mnesthea Sergestumque vocat, fortemque Cloanthnm;

A son côté pendoit une éclatante épée, Où se dessine en cercle une étoile jaspée:De son épaule tombe un manteau précieux,

Où d'une riche pourpre étincellent les feux;

Et de ce beau tissu, brodé par son amante,

L'or flexible parcourt la trame éblouissante.

Le dieu l'aborde: « Eh quoi! dans des moments si chers,

Oubliant tes destins, oubliant l'univers,

Tu bâtis donc Carthage! Esclave d'une femme,

Voilà donc les grands soins qui remplissent ton ame!

Le souverain du monde et le maître des dieux

M'a député vers toi de la voûte des cieux.

Va le trouver, mon fils, m'a-t-il dit: qui l'arrête?

S'il peut d'un vaste empire oublier la conquête,

Si sa propre grandeur ne le peut émouvoir,

De sa postérité pourquoi trahir l'espoir?

Pourquoi trahir un fils sur qui déjà se fonde

Le sort de l'Italie et l'empire du monde? »

Il dit, et s'évapore, et disparoît dans l'air. Le héros, à l'aspect du fils de Jupiter,
Reste interdit; sa voix sur ses lèvres s'arrête,
Et ses cheveux d'horreur se dressent sur sa tête.
Il brûle de partir et d'obéir aux dieux;
Mais comment s'arracher à ces aimables lieux?
Et son amante, hélas!... où, quand, par quelle adresse,
A ce fatal départ préparer sa tendresse?
Comment l'en prévenir? et par où commencer?
Son ame irrésolue hésite à se fixer;
Il veut, il se repent, et cette incertitude
Egare en cent projets sa vague inquiétude;

Classem aptent taciti, socios ad litora codant; Arma parent, et, quae sit rebus caussa novandis, Dissimulent; sese interea, quando optima Dido Nesciat, et tantos rumpi non speret amores, Tentaturum aditus, et quae mollissima fandi Tempora, quis rebus dexter modus. Ocius omnes Imperio laeti parent, ac jussa facessunt.

At regina dolos, quis fallere possit amantem (3?)! Praesensit, motusque excepit prima futuros, Omnia tuta timens. Eadem impia Fama furenti Detulit armari classem, cursumque parari. Saevit inops animi, totamque incensa per urbem Bacchatur; qualiscommotis excita sacris Thyias, ubi audito stimulant trieterica Baccho Orgia, nocturnusque vocat clamore Cithaeron.

Tandem his jEnean compellat vocibus ultro: « Dissimulare etiam sperasti, perfide, tantum(38) Posse nefas, tacitusque mea decedere terra? Nec te noster amor, nec te data dextera quondam, Nec moritura tenet crudeli funere Dido? Quin etiam hibcrno moliris sidere classem, Et mediis properas Aquilonibus ire per altum, Crudelis! Quid? si non arva aliéna domosque

Mais son esprit flottant se détermine enfin.

Il convoque les chefs, leur ouvre son dessein:

« Qu'on équipe la flotte, et qu'on s'arme en silence;

Que d'un prétexte adroit la trompeuse apparence

Colore ces apprêts. Lui, tandis que Didon

A son crédule amour se livre sans soupçon, »

Pour disposer son ame à ce grand sacrifice,

Il épiera le temps, le lieu le plus propice. »

A ces mots, s'empressant d'obéir à sa voix,

Les Troyens enchantés exécutent ses lois.

Mais la reine...ah! qui peut tromper l'œil d'une amante?
Même avant le danger elle est déjà tremblante.
Par des pressentiments ou des avis secrets,
La reine la première a su tous ces apprêts.
Déja la Renommée, indiscrète déesse,
A de ce bruit fatal consterné sa tendresse.
Soudain un noir courroux.allume ses regards:
Furieuse, égarée, et les cheveux épars,
Elle vole, pareille à la jeune bacchante
Qui dans l'ombre des nuits, échevelée, errante,
Ivre du dieu puissant qui maîtrise son cœur,
Par de saints hurlements exhale sa fureur.

Enfin dans ses transports elle rencontre Énée,
Et livre ainsi passage à sa rage effrénée:
« Perfide! as-tu bien cru pouvoir tromper mes yeux?
As-tu cru me cacher ton départ odieux?
Quoi! notre amour... la foi que tu m'avois donnée...
QuoiJ la triste Didon, à mourir condamnée... Rien ne t'arrête! Hélas! si tu fuis pour toujours,
Fais-moi mourir, ingrat, sans exposer tes jours:

Ignotas peteres,et Troja antiqua maneret,
Troja per undosum pcteretur classibus aequor!
Mené fugisPPer ego haslacrimas,dextramquetuam, te,
Quando aliud mihi jam misera? nihil ipsa reliqui,
Per connubia nostra, per inceptos hymenaeos,
Si bene quid de te merui, fuit aut tibi quidquam
Dulce meum, miserere domus labentis, et istam,
Oro, si quis adhuc precibus locus, exuc ment<?m!

Te propter Libycae gentes Nomadumque tyranni
Odere; infensi Tyrii; te propter eumdem
Exstinctus pudor, et, qua sola sidera adibam,
Fama prior. Cui me moribundam deseris, hospes?
Hoc solum nomen quoniam de conjuge restât.

Quid moror? an mea Pygmalion dum mœnia frater
Destruat, aut captam ducat Gaetulus Iarbas?

Saltem si qua mihi de te suscepta fuisset
Ante fugam soboles; si quis mihi parvulus aula
Luderet /Eneas, qui te tamen ore referret,
Non equidem omnino capta ac déserta viderer. »

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