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léans, à tout cinq cens bacinets, vindrent à Clermont en Beauvoisis et descendirent par la Normandie. Mais le conte de Vertus ne demoura mie longuement là, ains print une partie de ses gens d'armes et se parti dudit duc de Bourbon, et s'en ala ès parties de Soissonnois et de Valois et en la baronnie de Coucy, qui estoient à son frère le duc d'Orléans, et là mist lesdictes gens d'armes en garnison.

Et est vérité que quant le duc de Bourgongne, qui estoit adonc à Arras, oy ces nouvelles, il en fut moult troublé, et le plus brief qu'il pot manda de toutes pars gens de guerre, et qu'ilz feussent tous ou chastel en Cambrésis le pénultime jour d'avril. Mais quant ce vint à la congnoissance du Roy et de son conseil, il envoya tantost devers lesdiz ducs, notables et solennelz ambaxadeurs, et leur manda et fist faire défense sur peine de confiscacion de tous leurs biens et de leurs seigneuries, et avecques ce d'estre tenus et réputez ennemis à lui et à tout son royaume, qu'ilz se gardassent de faire nulles entreprises l'un contre l'autre, mais feissent retraire leurs gens d'armes. Auquel commandement ilz obéirent pour ceste fois tous deux assez humblement, et se abstindrent par certain espace de temps.

DE L'AJV MCCCCXI.

[Du 12 avril 1411 au 3 avril 1412.]

CHAPITRE LXIX.

Comment le duc d'Orléans envoia ses ambaxadeurs devers le Roy et lui escripvi ses lectres, lesquelles grandement chargement le duc de Bourgongne et ceulx de sa partie.

Au commencement de cest an, le duc d'Orléans, non content de ce que les gouverneurs du Roy, c'estassavoir ceulx qui y estoient de par le duc de Bourgongne, avoient plus grande audience que les autres, et avecques ce, que chascun jour en déboutoit et eslongnoit dudit gouvernement et de leurs offices ceulx qui avoient esté à son feu père et qui estoient à lui, envoia devers le Roy ses ambaxadeurs, et lui fist remonstrer les besongnes dessusdictes, et aussi, requerre que les homicides qui avoient murdri sondit père feussent punis selon les traictiez paravant passez ; lesquels homicides se teuoient chascun jour ou royaume. Ausquelz ambaxadeurs fut respondu et promis de par le Roy et son conseil, qu'on pourvoieroit à tout, ainsi qu'il appartiendroit. Et après leur département le Roy envoya à Bourges devers le duc de Berry, son oncle, et lui fist requerre bien acertes, que pour le bien de son royaume il se voulsist entremectre d'entretenir en paix ses deux nepveux, c'estassavoir les ducs d'Orléans et de Bourgongne; laquelle chose il promist faire. Et pour y besongner envoia l'arcevesque de Bourges" à Paris, instruit de par ledit duc de ce qu'il avoit à remonstrer et qui estoit à faire touchant ceste matière. Et tantost après, fut ledit chancelier* envoyé avecques le mareschal Bouciquault et aucuns autres, devers ledit duc de Bourgongne, qui estoit à Saint-Omer. Lequel, après qu'il eut oy les poins et les articles de ladicte ambaxade, fist response qu'à lui ne tenoit pas, ne tenroit, que tous les traictiez paravant passez ne feussent entretenus, et que du tout il vouloit obéir au Roy; et de ce firent leur rapport. Et pour ce que, selon la voulenté du duc d'Orléans et de son conseil, on ne procédoit point assez asprement contre lesdiz homicides, et aussi pour plusieurs autres choses, rescripvi ses lectres, signées de sa main, devers le Roy. Desquelles la teneur s'ensuit : « Mon trèsredoubté seigneur, humble recommandacion prémise. Naguères, mon trèsredoubté seigneur, vindrent à moy deux de vos conseillers, c'estassavoir messire Colart de Charleville, chevalier, et maistre Simon de Nanterre, président en vostre parlement, lesquelz il vous a pleu à moy envoier pour moy exposer et signifier aucune chose de vostre voulenté et bon plaisir, si comme ilz me ont affermé, et ce me ont-ilz bien sagement et discrètement déclairé ès termes de leur légacion, sur trois poins : Premièrement, requirent et prièrent à moy de par vous, qui me povez et devez commander comme à vostre humble et loyal subject et serviteur, que je me submecte du discort

1. Guillaume de Boisratier.

2. Eustache de Laistre, qui avait remplacé Jean de Montaigu, archevêque de Sens, par lettres du 6 décembre 14.09.

qui est entre moy et le duc de Bourgongne pour la cause et raison de la cruelle et inhumaine mort de mon trèsredoubté seigneur et père, vostre frère germain, duquel Dieu ait merci, et madame la Royne en a aussi prié de par vous par lesdiz conseillers et ambaxadeurs, afin que on labourast diligemment sur ce pour le bien de paix et de vostre royaume; et que semblablement vous avez prié le duc de Bourgongne. Et disoient, que pour ce acomplir et mener à bonne fin, je envoiasse querre de mes hommes, lesquelz vous avez en propos d'envoier devers mon devantdit oncle sur ceste matière; qui aussi, semblablement y envoieroit quatre des siens. Le second point estoit, que me priez que je cessasse de mander et assembler gens d'armes. Le tiers estoit, que je receusse les lectres que me envoiez sur la requeste par moy à vous autrefois faicte pour prendre les homicides, consentans, occiseurs et coulpables de la mort de mondit seigneur et père, et vostre frère. En après, trèsredoubté seigneur, actendu diligemment les poins devantditz et eue délibéracion sur les choses devantdictes, je leur respondi que je vous regracioie, et regracie à présent tant humblement comme je puis, de ce qu'il vous a pleu envoier à moy. Car plus grant joye avoir ne puis que quant je oy souvent nouvelles de vous et de vostre noble estat, et que je estoie et suis cellui qui en vostre service et obédience, comme je doy, vueil exposer mon corps et quanque j'ay de ma puissance et de mes subjetz. Mais pour ce qui m'estoit lors exposé de par vous, qui estoient grans choses et nouvelles quant à moy, je ne leur peuz lors bailler response, excepté que je leur dis que je vous envoieroie response le plus tost que je pourroie. Laquelle response j'ay différé jusques à présent, car je scay, entour vous et en vostre conseil et service, plusieurs de mes ennemis, lesquelz vous devez tenir dès maintenant vos ennemis, ausquelz madicte response, mes amers propos, mes entencions et mes faiz je ne vueil mie estre communiquez, ne congneuz. Ne aussi, raisonnablement ne devroient point estre ne assister à quelque chose regardant moy, ne mon fait, ne estre entour vous en conseil, ne service. Et à vous informer et certifier plus plainement sur ce, trèsredoubté seigneur, je, qui suis vostre humble filz et nepveu, obligié et appareillié à vous servir et obéir comme à mon souverain et droicturier seigneur, désirant de tout mon cuer observer, honnourer et exaulcer selon mon povoir vostre seigneurie et l'estat de madame la Royne, de monseigneur d'Acquitaine et de tous voz autres enfans et de tout vostre royaume, et à vous adviser et conseiller vrayement et loyaument sans ce que je me taise ou vueille céler vérité pour le bien et honneur de vous et de toute la chose publique, j'ay délibéré de vous nommer et déclairer aucuns de voz ennemis et des miens, qui vous assistent et sont en vostre conseil et service. C'estassavoir : l'évesque de Tournay , le visdame d'Amiens, Jehan de Neelle, le seigneur de Heilly, Charles de Savoisis, Anthoine de Craon, Anthoine des Essars, Jehan de Courcelles, Pierre de Fontenay et Maurice de Ruilly*. Tous ceulx, par force et par violence, par faulx et mauvais moiens, militent

1. Jean de Thoisy. 2. « Morisse de Railly » (Suppl. fr. 93), Meurice de Railly ms. 8345).

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