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et tiennent le lieu des bons preudhommes et expulsent et boutent dehors les bons et loyaulx serviteurs et leur ont fait et fait faire plusieurs griefz et irréparables dommages à l'encontre de tous termes de raison, et vous donnent à entendre faulses et iniques mençonges pour eslongner et éviter de vostre courage et dilection ', moy et plusieurs de vos parens et loiaulx serviteurs et subjetz. Pour quoy par ces moiens et par autres voies et diverses manières iniques et désordonnées, lesquelles ilz tiennent et ont jà longuement tenues, les devant nommez, avecques leurs adhérens et complices, ont empesché et troublé le bien commun et la paix de tout ce royaume. Et n'est mie vray semblable , que tant longuement qu'ilz soient et demeurent avecques vous en vostre service, ou qu'ilz aient aucune auctorité devers vous, bonne paix ne bon régime puist estre en vostre royaume. Car tousjours empeschent et empescheront que vous ne faciez le bien de justice , à moy ne à autre , ce que vous devez faire à ung chascun indifférentement, tant au petit comme au grant. Et ce font et feront., pour ce qu'ilz se sentent chargez et souvent coulpables de plusieurs crimes et maléfices, dont aucuns d'eulx, c'estassavoir Jehan de Neelle et le sire de Heilli, qui sont coulpables de la cruelle et énorme mort de mondit seigneur, pour ce qu'ilz sont tous serviteurs jurez ou pensionnaires et aliez audit duc de Bourgongne, dont ilz pevent estre par raison tenus et réputez facteurs et complices dudit crime et désordonnée faveur, lequel ilz portent tous les jours envers vous, trèsredoubté seigneur, auquel actient l'offense dudit crime, premier comme il fait à moy. Et afin que je die tout, je sçay que se ne feussent les empeschemens fais et mis par les devantdiz et leurs complices, jà feust la réparacion faicte souffisamment de la mort de mondit seigneur et père , vostre frère, par vous et vostre bonne justice et par l'aide de vos bons et loyaulx subjetz, comme à ce avez eu et aiez bonne voulenté et estes enclin à bon propos, ainsi que sçay certainement, pour quoy je vous regracie humblement, tant comme je puis. Et pour ce, je vous requiers et supplie cordialement tant comme je puis, que pour le bien et honneur de vous, de madame la Royne et de monseigneur d'Acquitaine et généralement de tout vostre royaume, qu'ilz soient prins et que de eulx et chascun d'eulx soit faicte bonne justice comme de voz ennemis et des miens. Et vueillez aussi débouter hors et eslongner de vous, les complices, facteurs et favorisans dudit duc de Bourgongne, vostre ennemy, et convoquer à vostre conseil et service les bons et loyaulx conseillers et autres bons preudommes , lesquelz souffisans trouverez en vostre royaume. Lesquelles choses, se ainsi vous les faictes, je vous bailleray, au plaisir de Dieu, telle response et vous envoieray si clèrement mes propos et intencions, que par raison en serez content. Et pour l'amour de Dieu, trèsredoubté seigneur, en ce ne vueillez faillir, car autre fois, comme clèrement je apperçois tousjours, seroient empeschées mes requestes et supplicacions que je feroye dedens les termes de raison et de justice, et ne pourriez gouverner en respondant aux choses qui m'ont esté dictes par voz ambaxadeurs, ne aussi à ce qu'ilz me ont requis de par vous. Et pour ce, mon trèsredoubté seigneur, ne me faillez point, car je ne vous requiers fors tant seulement ce qui est juste et raisonnable, comme il vous peut et à chascun clèrement apparoir. Mon trèsredoubté seigneur, plaise vous me mander et commander vostre bon plaisir, et au plaisir de Dieu je l'acompliray1. »

1. Eu d'autres termes : pour écarter de votre coeur et de vos affections.

Avecques lesquelles lectres envoiées par le dessusdit duc d'Orléans devers le Roy, en escripvi aucunes autres assez pareilles au cbancellier de France et autres du grant conseil, lesquelz il sçavoit estre à lui favorables *, en leur requérant très instamment qu'ilz se voulsissent emploier devers le Roy, la Royne et le duc d'Acquitaine, afin que ceulx qui gouvernoient de par le duc de Bourgongne, dont dessus est faicte mencion , feussent déboutez et eslongnez du conseil royal, et qu'il eut audience pour avoir justice de la mort de feu son père. Néantmoins, quelque chose qu'il escripvist, ne envoiast pour ce temps, ne peut obtenir, ne avoir quelque response qui lui feust agréable, par les empeschemens que tousjours y mectoient les dessusdiz.

1. Cette lettre du duc d'Orléans au roi, qui est fort importante et qui présente tous les caractères de l'authenticité, ne se trouve, ni dans Juvénal des Ursins, ni dans le Religieux de Saint-Denis.

2. Il écrivit aussi au parlement. On y reçut ses lettres le 29 mai 1411.

CHAPITRE LXX.

Comment le duc de Bar trespassa. Et de l'ambaxade que le Roy envoya devers le duc de Bourgongne.

En ce temps, Henry, duc de Bar", preudomme, sage et discret, trespassa de ce siècle. Auquel son filz ainsné, c'estassavoir le marquis du Pont, nommé Edouard ", succéda en la duché de Bar et en la chastellenie de Cassel, excepté aucune partie laquelle il avoit donnée héréditablement à Robert de Bar, fils de feu Henry de Bar, son premier filz, et de la dame de Coucy. C'estassavoir : Warnechon, Bourbourc, Dunnequerque et Rodest ". Après laquelle mort ledit Edouart fut nommé duc de Bar, et commença à régner assez honnorablement.

En ce temps aussi furent envoiez devers le duc de Bourgongne de par le Roy, certains ambaxadeurs, lesquelz avecques autres choses qu'ilz lui dirent de bouche, lui portèrent la copie des lectres que le duc d'Orléans avoit envoiées contre lui et les siens devers le Roy. Lequel duc de Bourgongne, du contenu en icelles ne fut pas bien content. Et par iceulx ambaxadeurs fist savoir que le duc d'Orléans ne disoit point vérité par sesdictes lectres. Et après qu'il eut receu . iceulx ambassadeurs bien révéremment, print congié

1. Sic dans Suppl. fr. 93 et dans Vérard. Il se nommait Robert, et non Henri.

2. Édouard III, duc de Bar, à la mort du duc Robert, son père.

3. « Warneston, Bourbourc, Dunquerque et Rodes » (Suppl. fr. 93). Warneton, Bourbourg, Dunkerke, et peut-être Roubaix ?

de eulx et s'en ala en son pays de Flandres. Et ilz, s'en retournèrent à Paris sans emporter response qui feust de nulle valeur. Et tost après ledit duc de Bourgongne fist grant mandement de gens d'armes, et les envoya en Cambrésis et vers Saint-Quentin. Mais assez tost après, par l'ordonnance du Roy et son conseil, les fist départir et retourner ès lieux dont ils estoient venus.

En oultre, le mercredi xv" jour de juillet, maistre Jehan Petit, docteur en théologie, lequel le duc d'Orléans avoit en propos de poursuyr et faire accuser de hérésie pardevant l'Université de Paris, mourut en la ville de Hesdin , dedens l'ostel de l'ospital que lui avoit donné le duc de Bourgongne avecques autres grandes pensions, et fut enterré en l'église des Frères Mineurs, oudit lieu de Hesdin.

Et en ce mesme temps, sur le clergié du royaume de France et du Daulphiné fut mis sus ung subside caritatif en la valeur d'un demy dixiesme, imposé par le pape du consentement du Roy, des princes, de l'Université de Paris et de la plus grant partie des prélas et citez, à paier à deux termes, c1estassavôir, le premier à la Magdeleine, et le second à la Penthecouste ensuivant. Si se cueillit assez rigoreusement, et tant que le povre clergié commun s'en plaignoit moult piteusement1.

Et pendant que ces besongnes se faisoient, le duc de Bourgongne estant en la ville de Bruges le samedi x" jour de juillet, messire Amé de Salebrusse *, messire

1. Cf. le Relig. de Saint-Denis, Chr. de Ch. VI, t. IV, p. 414.

2. Amé de Sabbrusse dans Suppl. fr. 93. C'est Amé de Sarrebruck.

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