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Gennes. Avec lequel furent faiz et constituez douze conseillers, selon la coustume du pays, pour gouverner la chose publique. Et briefz jours après, Fachinquant", capitaine moult renommé en Ytalie, moult amy audit marquis, vint sans délay, à tout ses gens, audit lieu de Gennes, sur l'intencion d'estre en aide audit marquis. Mais lesdiz Génevois ne le vouldrent recevoir, et fut par eulx refusé. Et en s'en retournant, ses gens, qui estoient bien huit mille combatans, prindrent une belle ville nommée Neufville*, où il avoit François qui se tenoient ou chastel, et tantost furent asségez soudainement. Mais ledit Bouciquault, acompaigné de ses gens et des gens desdiz frères, le duc de Milan et le conte de Pavie, après ce qu'il eut oy les nouvelles de la rebellion desdiz Genevois, vint hastivement ou chastel de Gaaing*, assis entre Gennes et ladicte ville de Neufville, et se combatit avecques ses gens contre ledit Fachinquant. En laquelle bataille furent occis bien huit cens hommes, dont la plus grant partie estoient audit Fachinquant; et, enfin, pour la nuit qui survint, l'une partie et l'autre laissèrent la bataille. Et Bouciquault, par le conseil de Enguerran de Bournonville qui estoit avecques lui, et de Gadifer de la Sale, tous deux hommes d'armes pleins de proesse, retourna en celle mesme nuit audit chastel

1. Facino Cane, comme on vient de le voir. Le Religieux de Saint-Denis ne parle pas de ce refus des Génois de recevoir le condottière. Au reste ce partisan était tellement redouté qu'on l'appelait le fléau de la Lombardie, et l'ennemi de Dieu et des hommes,

2. Noefville, dans Supp. fr. 93, Borgo Novo ?

3. Gaing, dans Suppl. fr. 93, Gani ?

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de Gaaing, lequel il garny et pourveu très grossement de vivres et autres choses neccessaires à guerre. Et le dessusdit Fachinquant demoura dedens la ville. Mais dedens briefz jours ensuivans, lui voiant qu'il ne povoit avoir ledit chastel, se départi, à tout ses gens, et retourna en ses fortresses. Et le mareschal Bouciquault commença à mener forte guerre aux Génevois, et eulx à lui. Et avec ce envoia ses messages devers le roy de France pour lui signifier les besongnes dessusdictes , en lui requérant qu'il lui voulsist envoier aide de gens d'armes. Lequel Roy. et son grant conseil, quant il sceut les nouvelles, considérant la muableté et des loyaulté des Génevois, disposa à procéder meurement contre iceulx. Et depuis , y envoya à ses despens, les seigneur de Torcy, de Rambures et de La Vielzville , à tout certain nombre de gens d'armes, jusques à la cité d'Astinence' appartenant au duc d'Orléans, prouchaine du territoire de Gennes, en espérance de bailler secours à icellui Bouciquault. Mais quant ilz furent venus jusques là , ilz sceurent véritablement que tout le pays estoit tourné en rebellion, réservé aucunes fortresses que tenoient encores lesdiz François dehors de ladicte ville de Gennes; lesquelz ne povoient point faire grans dommages, pour ce qu'ilz n'y povoient tenir grant nombre de gens, pour les vivres, qu'ilz avoient à danger. Et par ainsi lesdiz chevaliers, aians consideracion l'un avec l'autre , et qu'ilz ne povoient faire chose de grant valeur, s'en retournèrent en France. Et adonc, furent quis dedens Paris et ailleurs, tous les marchans et autres gens dudit pays de Gennes, et ce

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1. Monstrelet se sert ici du mot latin. C'est Ast, ou Asti.

qui en fut trouvé, furent mis prisonniers, et leurs biens arrestez et mis soubz la main du Roy. Si avoient iceulx Génevois esté par longtemps en l'obéissance du roy de France, et l'avoient servy en plusieurs guerres assez diligemment.

CHAPITRE LVII.

Comment les seigneurs du sang royal vouldrent réformer ceulx qui

avoient gouverné les finances du Roy. Et de la mort de Montagu, grant-maistre d'ostel.

ces

En ces propres jours, les seigneurs du sang royal estans à Paris, c'estassavoir le roy Loys de Cécile, les ducs de Berry, de Bourgongne et de Bourbon, avec plusieurs autres grans seigneurs, sachans et eulx bien informez que le roy Charles de France estoit tout apovry de ses finances par ses officiers et gouverneurs, et mesment que sa vaisselle et la plus grant partie de ses joyaulx estoient tous engagez, exposèrent à un certain jour à la personne du Roy, l'estat et gouvernement meschant et povre qui estoit en son hostel et en ses officiers, présens la Royne, le duc d'Acquitaine et autres du grant conseil, requérans qu'il feust content que aucuns d'eulx peussent avoir puissance de réfor. mer tous ceulx généralment qui depuis le commencement de son règne avoient eu le gouvernement de ses dictes finances et de ses offices, sans nulz excepter, et qu'ilz peussent iceulx destituer, corriger, punir ét condemner selon le cas qu'ilz auroient mesfait. Laquelle requeste leur fut par le Roy accordée '. Et pour y

1. Le Religieux de Saint-Denis met au mois d'octobre, cette

mieulx besongner et entendre, grant partie des seigneurs dessusdiz laissèrent leurs propres hostelz et s'en alèrent loger en l'ostel du Roy à Saint-Pol, dedens lequel, par le conseil d'aucuns des seigneurs de Parlement et de l'Université, continuèrent par plusieurs jours à ladicte réformacion. Et firent tant, qu'à brief dire ilz perceurent clèrement que ceulx qui avoient gouverné les finances dudit royaume depuis seize ou vingt ans paravant, s'estoient très mal acquitez, et avoient acquis pour eulx ou pour leurs amis ou prouchains, innumerables finances ou préjudice du Roy et de sa seigneurie , et par espécial Montagu, qui avoit esté ung des principaulx des gouverneurs ; qui fut fort questionné, et tellement qu'il fut ordonné qu'on le prinst et meist en prison en Chastellet, avec plusieurs autres. Et pour faire ceste exécucion , fut commis messire Pierre des Essars, prévost de Paris, garny de grant partie de ses sergens. Et pour l'acompaigner, lui furent baillez de par le duc de Bourgongne, le seigneur de Heilli et de Roubaix, et messire Roland de Hutequerque, lesquelz, tous ensemble, par un certain jour trouvèrent ledit Montagu et avecques lui maistre Martin Gouge, évesque de Chartres, tous deux alans au moustier Saint-Victor pour oyr la messe'. Lequel prévost, acompaigné des dessusdiz , quant il le rencontra, mist la main à lui et audit évesque, en

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assemblée pour la réformation des finances. (Chr. de Ch. VI, t. IV, p. 271.)

1. Le Religieux de Saint-Denis dit : Cum ad domum suam de Sancto Victore rediret (p. 274). Comme il se rendait de l'abbaye de Saint-Victor à sa maison. L'hôtel de Montaigu était situé près de la porte Barbette.

leur disant : « Je mets la main à vous de par l'auctorité royale à moy commise en ceste partie ». Et adonc, icelluj Montagu, oyant les paroles dudit prévost, fut fort esmerveillé et eut très grant fraieur. Mais tantost que le cuer lui fut revenu, il dist audit prévost. « Et tu, ribault traistre, comment es tu si hardi de moy oser toucher! » Lequel prévost lui dist : « Il n'en yra pas ainsi que vous cuidez. Mais durement comparrez les très grans maulx que vous avez commis et perpétrez. » Et lors ledit Montagu, non puissant de résister audit prévost ne aux siens, fut lyé et mené moult destroictement ou Chastellet de Paris, et avecques lui l'évesque de Chartres, qui estoit président en la chambre aux généraulx". Ouquel lieu par plusieurs fois ledit Montagu fut mis en gehainne et tant, que lui doubtant sa fin, demanda à ung sien confesseur moult diligemment quelle chose il avoit à faire , et il respondi : « Je n'y voy autre remède, fors que vous appellez du prévost de Paris; » et ainsi en fist-il. Pour quoy ledit prévost ala devers lesdiz seigneurs qui avoient ordonné de le prendre et leur compta l'estat de ladicte appellacion, et tantost lesdiz seigneurs à ceste cause convoquèrent le parlement pour discuter et examiner ceste besongne. Et en la fin fut déclairé par les seigneurs dudit parlement, que ladicte appella

* 1. « Unde civitas mota est et cives arma sumpserunt. Quos ta« men Parisiensisa prepositus, Petrus de Essartis, vicos circuiens « cum armatis et clamans quod proditores regis tenebat, et quod « eos sollicite custodiret, eos pacificavit, rogans ut mechanicis « artibus et suis negociacionibus vacarent. » (Chr. de Ch. VI, t. IV, p. 272.) Montaigu fut arrêté le 7 octobre 1409 et exécuté le 17, comme on le verra dans nos pièces justificatives.

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