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cion estoit de nulle valeur. Et pourtant lesdiz seigneurs voians ledit fait estre arresté et adjugié, dirent audit prévost : « Va, et sans demeure, toy bien acompaigné du peuple de Paris bien armé, prens ton prisonnier et expédie la besongne selon justice, et lui fais trencher la teste d'une dolouere, et puis la fais ficher ès hales sur une lance. » Après lesquelles paroles, preste ment en acomplissant leur commandement, le xvile jour du mois d'octobre, fist habiller et ordonner le peuple bien armé en la place Maubert et en plusieurs autres quarrefours et lieux, et puis fut mené ledit Montagu , és hales où estoit moult grant peuple, et là , lui fist-on trencher la teste et la mectre, comme dit est , sur le bout d'une lance, et le corps fut pendu pardessoubz les aisselles au gibet de Montfaucon, droit au plus haut estage'.

Ceste exécucion fut faicte principalement, comme la renommée couroit, à l'instance et pourchas du duc de Bourgongne, lequel pour la veoir faire manda très grant nombre de nobles hommes de ses pays de Bourgongne, de Flandres et d'Artois'. Et ung petit devant • 1. Le Religieux de Saint-Denis termine son récit par ces détails Tugubres": « Nec silendum existimo quod duces prerominati soa lempnes decuriones miserant, ut referrent ejus verba novissima; « qui mesti et lacrimosi redierunt, et multis sciscitantibus cur sce« lera tanti viri non fuerant publicata , retulerunt eum cunctis « assistentibus affirmasse quod tormentorum violencia , qua et a manus delocatas et se ruptum cirea pudenda monstrabat, illa « confessus fuerat, nec in aliquo culpabilem ducem Aurelianensem « nec se eciam reddebat, nisi in peccuniarum regiarum nimia « consumpcione. » (Ibid., p. 276.)

2. « Et estoient à ce tamps dedens Paris, le roy de Navarre, les ducqs de Berry, de Bourgoigne et de Bourbon, et autres. » (Chron. Cord. 16, fol. 336 vo.)

que ce advenist, le duc de Bourbon et le conte de Clermont, son filz , se partirent de Paris très indignez pour la prinse dudit Montagu. Et pareillement, le duc d'Orléans, son frère, et tous ceulx tenans ceste bende, furent très desplaisans de sa mort', mais pour le présent n'en povoient avoir autre chose, car à ce temps n'estoient-ilz point au conseil du Roy. Et lendemain

d'icelle exécucion faicte ainsi comme dist est , le duc : Guillaume, conte de Haynau , qui paravant avoit esté mandé par le duc de Bourgongne, vint à Paris.' A l'encontre duquel alèrent plusieurs grans seigneurs, et fut reçeu très bénignement du Roy et du duc d'Acquitaine et des autres princes. Et à sa venue, lui fut donné et octroié l'ostel dudit Montagu qu'il avoit dedens Paris, comme confisqué, avec tous les biens meubles estans dedens. Et d'autre part, fut mise en la main du Roy la fortresse de Marcoussis, séant à sept lieues de Paris, sur le chemin de Chartres; laquelle ledit Montagu avoit fait fonder et édifier en son temps. Et se loga prestement ledit duc Guillaume oudit hostel. Et toutes les autres terres et biens quelzconques dudit Montagu furent aussi mises en la main du Roy au préjudice de ses enfans. Ledit Montagu estoit natif de Paris et paravant avoit esté secrétaire du roy Charles le Riche', derrenier trespassé. Si estoit gentil horme de par sa mère, et avoit marié trois filles légitimes qu'il avoit, dont en avoit l'une, sire Amé de Roussy, la seconde fut mariée à Jehan de

1. « De celle mort fu le duc d'Orléans moult courouchiés, et oisy furent ceulx à son alliance, et par espécial le duc de Berry. (Chron. Cord. 10, fol. 336 vo.)

2. C'est ainsi que Monstrelet appelle toujours Charles le Sage.

Craon, seigneur de Maubuisson , et la tierce estoit fiancée à Jehan de Meleun, filz au seigneur d'Antoing, mais le mariage ne se parfist point. Et son filz, comme dit est, estoit marié à la fille du seigneur d'Albreth, connestable de France et cousin du Roy.

En après ces besongnes passées, par le dessusdit prévost de Paris furent prins plusieurs gens du Roy, et espécialement ceulx qui estoient ordonnez sur les tribus et revenues, et mesment tous les généraulx, comme les seigneurs de la chambre des généraulx et les présidens et les seigneurs de la chambre des comptes, Perrin Pilot, marchant, et autres, lesquelz furent emprisonnez ou chastel du Louvre et ailleurs. Et quant Le Borgne de Souchal, escuyer du Roy et garde de sa finance, oy dire que le grant maistre d'ostel estoit prins et mis en prison , il fut grandement esmerveillé et moult fut troublé et esmeu, pour quoy il se partit en habit desguisé , secrètement, sur ung moult léger cheval. Dont il fut en grant souspeçon des seigneurs.

En ce temps, l'arcevesque de Sens, frère audit grant maistre d'ostel, Guischard Daulphin et Guillaume, chevaliers, et maistre Gaulthier Col, secrétaire du Roy, par commandement du Roy furent envoiez à Amiens à l'encontre des légaulx du roy d'Angleterre. Lequel arcevesque, assez tost aiant congnoissance de la prinse et emprisonnement de sondit frère, print congié à ses compaignons, si se parti d'Amiens. Et ainsi qu'il s'en aloit légèrement vers Paris , il fut rencontré d'un huissier du Roy venant de Paris, qui prestement le fit prisonnier du Roy, car il avoit lectres et puissance dudit Roy de prendre et emprisonner ledit arcevesque, à Amiens, ou sur le chemin se d’aventure trouver le povoit. Mais ledit arcevesque moult prudentement, lui respondi promptement par fixion, qu'il estoit tout prest d'aler avecques lui en prison et partout ailleurs. Mais en alant ensemble, ilz vindrent au fleuve d'Oise, emprès la praerie de Saint-Leu de Sérens, auquel fleuve il déceut ledit huissier très subtillement. Car quant il fut yssu de la nef avec aucuns de ses gens, il monta sur le plus léger cheval qu'il eust, et s'en fuy tandis que ledit huissier actendoit le retour de la nef qui estoit à l'autre lez dudit fleuve. Dont lui, grandement confus et troublé, retourna à Paris sans son prisonnier'.

Le seigneur de Tignonville, qui estoit du nombre des seigneurs de la chambre des comptes, fut arresté audit lieu d'Amiens par le bailli d'icelle ville, du commandement des princes dessusdiz, et fut emprisonné en l'ostel d'icellui bailli. Mais après ce, quant aux dessusdiz évesque de Chartres et tous autres prisonniers à Paris, suspens et privez de leurs offices, furent caucionnez et eurent grace d'aler à Paris et ailleurs.

Et pour ce que lesdiz princes et seigneurs ne porent lors entendre au fait de la réformacion dessusdicte , ilz y substituèrent trois contes, c'estassavoir de La Marche, de Vendosme et de Saint-Pol, et aucuns de la chambre de parlement, pour faire ladicte réformacion.

Les gens de guerre qui avoient esté mandez à venir autour de Paris, tant par le duc de Bourgongne comme

1. Le Religieux de Saint-Denis consacre un chapitre à cette évasion. (Chr. de Ch. VI, t. IV, p. 280.)

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par les autres seigneurs, furent licenciez et retournèrent chascun es lieux dont ilz estoient venus, en mengant le povre peuple selon la coustume de adonc.

Messire Guischard Daulphin dessusnommé, fut par lesdiz princes constitué et ordonné à estre souverain maistre d'ostel du Roy ou lieu du défunct Montagu. Lequel Roy adonc estoit malade de sa maladie acoustumée. Et lors, l'évesque de Paris' demanda et requist ausdiz seigneurs que par miséricorde en lui laissast oster le corps de son frère du gibet, suppliant et priant piteusement qu'il le peust ensevelir et enterrer. Mais ceste prière et supplicacion ne lui fut point accordée par lesdiz princes. Lequel évesque, oiant ladicte response , se rempli de grande vergongne pour la hon teuse mort de son frère et pour la fuite de son autre frère arcevesque de Sens, assez tost après se parti de son siège épiscopal, avecques lui sa belle seur, femme d'icellui Montagu, et aucuns de ses enfans. Car le duc de Berry avoit jà pourveu d'un autre chevalier en l'office de sa chancelerie. Et ala en la terre de sa belle fille, assise en Savoie. Laquelle estoit fille de sire Estienne de La Granche, jadis président en parlement, et frère au cardinal d'Amiens.

Après, pour ce que Le Borgne Foucault, qui fut appellé aux drois du Roy, ne vint ne comparu , il fut banny par les carrefours de Paris hors du royaume de France, au son de la trompete. Et pareillement fut banny l'arcevesque de Sens , qui s'estoit rendu fugitif; et plusieurs autres. En oultre, le roy de Navarre , les ducs de Berry, de Bourgongne et de Holande, les

son

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