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contes de La Marche et de Vendosme , frères, et plusieurs autres grans seigneurs, alèrent vers la royne de France et le duc d'Acquitaine, son filz, et leur rernonstrèrent la cause pour quoy Montagu avoit esté exécuté, et aussi quelle chose estoit à faire des inquisicions des arrestz et de la condempnacion des péchans et déclinans, et avec ce, de toute la réformacion du royaume. Laquelle Royne, en fin , fut assez contente que iceulx seigneurs poursuissent ce qu'ilz avoient encommencé, non obstant qu'elle n'estoit pas bien du tout contente de son beau cousin le duc de Bourgongne, lequel avoit si grant gouvernement et puissance ou royaume ; et le doubtoit plus que tous les autres, jà soit qu'elle lui monstrast assez bon semblant par paroles.

Et de rechef fut là traictié le mariage de Loys de Bavière, frère de ladicte Royne, et de la fille du roy de Navarre. Et lui fut donnée la possession du chastel de Marcoussis avec toutes les appartenances nouvellement confisquées au Roy par la mort du dessusdit Montagu. Laquelle besongne ladicte Royne eut moult grandement agréable. Et après ce que lesdiz seigneurs eurent besongné par aucuns jours audit lieu de Meleun , ilz retournèrent à Paris tous ensemble et prindrent avecques eulx messire Pierre Bochet, président en parlement, et aucuns autres de la chambre des comptes, eulx assemblans chascun jour diligemment et enquérans subtillement pour savoir comment et de quelles personnes, ou temps passé, les finances du Roy avoient esté' receues et despendues. Durant lequel temps, ledit Roy, qui avoit esté moult fort malade retourna en santé , et tant, que le second jour du mois de décembre ala de l'ostel de Saint-Pol, à cheval, ung haubert vestu soubz sa robe jus à l'église cathédrale de Nostre-Dame, où il fit son oraison ; et portoit derrière lui, ung de ses pages, ung moult belle archigaye". Et quant il ot fait son oraison, il retourna en sondit hostel de Saint-Pol. Et lendemain, en sa propre personne tint conseil royal, où estoient présens le roy de Navarre, les ducs de Berry, de Bretaigne et de Bourbon. Ouquel conseil fut conclud que le dessusdit Roy manderoit à venir devers lui à la feste de Noël ensuivant, les ducs d'Orléans, de Bretaigne, de Brabant, de Bar, de Lorraine, les contes d'Alençon, de Savoye, de Harecourt, d'Armaignac, de Penthièvre et de Namur, et généralement tous les grans seigneurs de son royaume et du Daulphiné avec plusieurs prélas et autres nobles hommes. Et lors, après ledit mandement du Roy, le duc de Bourgongne manda très grant nombre de gens d'armes et de traict en ses pays de Flandres, d'Artois et de Bourgongne, pour la seureté de sa personne. Ouquel temps, le duc Guillaume, conte de Hâynau, ala devers la royne de France, à laquelle il estoit prouchain parent, et qui se tenoit à Meleun, et tant traicta avec elle, qu'elle fut assez contente dudit duc de Bourgongne, lequel elle n'avoit pas bien, paravant, en sa grace; et avoit, paravant, fort soustenu sa partie adverse, c'estassavoir la partie d'Orléans.

1. Archegaye, sorte d'arbalète.

CHAPITRE LVIII ".

Comment Loys, duc en Bavière, espousa la fille du roy de Navarre. Et des seigneurs qui s'assemblèrent à Paris en grant multitude par le mandement du Roy. Et comment la Royne rendit au Roy le duc d'Acquitaine , leur filz.

Item, Loys de Bavière, frère de la royne de France, espousa en ces jours audit lieu de Meleun, la fille du roy de Navarre dont dessus est faicte mencion. Laquelle paravant avoit eu espouse le roy de Trinacle", ainsné filz du roy d'Arragon, lequel naguères avoit esté tué en bataille faicte entre lui d'une part, et le viconte de Narbonne d'autre part, avecques les Sardiniens. Et fut celle bataille faicte en l'isle de Sardaigne. Auxquelles nopces furent faictes moult solemnelles festes de plusieurs seigneurs, dames et damoiselles.

Et environ le Noël ensuivant, grant partie des seigneurs que le Roy avoit mandé, vindrent à Paris. Toutesfois le duc d'Orléans ne ses frères, n'y furent pas. Et la veille dudit jour de Noël le Roy ala tenir son siège au Palais, et demoura ilec jusques au jour Saint-Thomas ensuivant, où il célébra moult solem

1. Mal coté LIx dans l'original, qui n'a pas de cote LvIII.

2. Martin, roi de Sicile, qui avoit effectivement épousé, l'an 1402, Blanche, fille de Charles III, roi de Navarre. Mais Monstrelet se trompe sur le second mariage de cette princesse. Il fut contracté, non pas avec Louis de Bavière, mais avec Jean, fils de Ferdinand I", roi d'Aragon, et cela, non pas en 1409, mais en 1419. Quant à Louis de Bavière, il eut deux femmes : 1° Anne de Bourbon; 2° Catherine d'Alençon, veuve de Pierre de Navarre, comte de Mortain, qu'il épousa à l'hôtel Saint-Pol, le 1°r octobre 1413.

nellement la feste de la nativité Nostre Seigneur. Et est assavoir que ledit jour séoient à la table du Roy au disner, premièrement, au costé destre, maistre Guillaume Bourratier, évesque de Lengres, qui avoit célébré la messe. Après lui séoit le cardinal de Bar. Et estoit, le dessusdit Roy, assis ou milieu de la table, moult notablement aourné et vestu d'abitz royaulx, et à l'autre costé séoient les ducs de Berry et de Bourgongne. Et servoient, pour ce jour, plusieurs princes à table. Et là furent apportez grant nombre de vaisseaulx d'or et d'argent, en quoy autre foiz on avoit acoustumé de servir le Roy aux haultes festes. Lesquelz vaisseaulx long temps paravant n'avoient esté veuz, pour tant qu'ilz avoient esté engaigez pardevers Montagu, et les avoit en retrouvez après sa mort ou chastel de Marcoussis et ailleurs, où il les avoit fait mectre, et par l'ordonnance des princes du sang royal avoient esté raportez et remis en l'ostel du Roy, comme dit est. Dont plusieurs, tant nobles comme populaires de la ville de Paris, estoient bien joieux de les veoir, principalement pour l'amour du Roy et de sa très noble seigneurie. Si estoient pour ce jour, venus devers le Roy à son mandemént, grant quantité de princes, c'estassavoir le roy de Navarre, les ducs de Berry, de Bourgongne et de Bourbon, le duc de Brabant, le duc Guillaume, conte de Haynnau, le duc de Lorraine, Loys, duc en Bavière, frère de la Royne, et bien dix neuf contes; c'estassavoir le conte de Mortaigne, frère du roy de Navarre, le conte de Nevers, le conte de Clermont, le marquis du Pont, filz au duc de Bar, le conte de Vaudemont, le conte d'Alençon, le comte de Harecourt, le conte de La

Marche, le conte de Vendosme, le conte de Penthièvre, le conte de Saint-Pol, le conte de Clèves, le conte de Tancarville, le conte d'Augi1, le conte de Namur et plusieurs autres. Et si grant chevalerie y avoit avecques lesdiz princes , que par la relacion des héraulx furent là trouvez jusques au nombre de dix huit cens chevaliers ou plus, sans les escuiers. Néantmoins en ceste compaignie ne furent point le duc d'Orléans, ne ses frères, ne le duc de Bretaigne, le «eigneur de labreth, connestable de France, les contes de Foix et d'Armaignac et plusieurs autres grans seigneurs, jà soit ce que par le Roy y eussent esté mandez comme les autres.

Et le jour Saint-Thomas * ensuivant, après ce que le Roy eut tenu estat royal oudit palais comme dit est, et festié honnorablement tous les seigneurs dessusdiz, la royne de France, par lui mandée, vint à ce propre jour du Bois de Vinciennes en la ville de Paris. A l'encontre de laquelle et du hault duc d'Acquitaine, son filz, alèrent tous les princes et prélats, acompaignez de très grant chevalerie et grant nombre de bourgois de Paris, qui tous ensemble les conduirent et compaignèrent jusques au Palais. Et là, rendi ladicte Royne, au Roy, son seigneur, en la présence des ducs et autres princes, son filz dessusdit, lequel paravant avoit esté en son gouvernement, afin qu'il Taprenist et l'instruisist en armes et autres besongnes neccessaires, pour mieulx savoir en temps avenir gouverner sa seigneurie quant besoing lui en seroit '.

1. Monstrelet se sert encore ici du mot latin. C'est le comte d'Eu.

2. Le 21 décembre.

3. Par ses lettres datées du bois de Vincennes , 27 décembre

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