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sa chevalerie et compaignie six vingts hommes d'armes avec ceulx de son hostel, pour la seureté et garde de son corps, et les autres renvoya en leurs maisons. Le duc de Bavière aussi et aucuns grans seigneurs avecques leurs gens, yssirent de Paris et s'en retournèrent en leur pays. Mais avant qu'ilz se partissent, par le consentement du Roy et de la Royne, ledit duc d'Acquitaine fut baillé à garder et endoctriner au duc de Bourgongne, lequel ne désiroit autre chose et à ce avoit moult labouré et fait labourer par aucuns du sang et lignage du Roy, et mesmement par son oncle le duc de Berry, lequel s'estoit plusieurs foiz et par moult de manières excusé d'avoir le gouvernement et charge envers ladicte Royne, et avoit tant fait envers elle que le seigneur de Dolhaing , chevalier, et son principal conseiller et advocat , du propre consentement de ladicte Royne fut fait chancelier du duc d'Acquitaine, et le seigneur de Saint-George, premier chambellan. Et les chasteaulx du Crotoy et de Beaurain sur Canche lui furent baillez' en garde sa vie durant, moyennant une pension, aux chastelains prédécesseurs acoustumée à paier. Ou lieu desquelz chastellains il y mist et constitua deux de ses chevaliers, c'estassavoir, le seigneur de Croy, au Crotoy, et le seigneur de Humbercourt à Beaurain. Et messire Renier Pot, à sa prière, fut fait gouverneur de Daulphiné.

Et après ces besongnes ainsi faictes , le Roy renchey malade de sa maladie acoustumée et fut mis en bonne garde. Et d'autre part, ceulx qui estoient commis à la réformacion devant dicte besongnoient soigneusement

1. Au duc de Bourgogne.

chascun jour, et tant y continuèrent que à plusieurs de ceulx qui avoient gouverné les finances furent recouvrez grans deniers. Et adonc les princes et le conseil royal alèrent souvent de Paris au Bois de Vinciennes, devers la Royne qui là se tenoit, sans laquelle nulles grandes besongnes ne se passoient. Durant lequel temps, le duc de Berry et le duc de Bourbon se tindrent aucunement mal contens de ce qu'ilz n'estoient point si souvent appellez au conseil royal qu'ilz avoient acoustumé, et avecques ce , qu'ilz n'avoient point si grande auctorité. Et pour ce, eulx voians ainsi comme exclus, prindrent congié au Roy et à la Royne et autres princes , et s'en alèrent cbascun en son pays.

Et lors le cardinal de Turin vint à Paris et fist requerre au Roy et à l'Université, qu'on voulsist faire aide au saint père Alixandre, de deux dixiesmes sur l'Église françoise pour les grans afaires qu'il avoit. Laquelle requeste ne lui fut point accordée, pour ce que ceulx de l'Université se opposèrent à l'encontre pour toute ladicte Église. Et pour y obvier amplement, requirent et obtindrent ung mandement royal par lequel il estoit commandé à tous officiers royaulx, que toutes gens venans ès mectes de leurs offices, faisans telles et pareilles requestes, feussent repulsez et déboutez bors dudit royaume.

Les Mendians pareillement avoient impétré une bulle, laquelle ilz apportèrent à Parisl, contenans moult de nouvelletez desquelles ils n'avoient point acoustumé de user, et estoit la conclusion telle, que

1. Voy. le Religieux de Saint-Denis, Chr. de Ch. FI, t. IV, p. 888.

les dismes et autres oblacions leur devoient lors mieulx appartenir que aux curez, pour ce que ceulx qui se confessent à eulx, ne sont tenus de eulx confesser à leursdiz curez. Et ce preschèrent-ila publiquement parmy Paris, et les autres de ladicte Université preschoieut le contraire. Et par ainsi en ladicte cité de Paris, en ung temps de quaresme, y eut grant discord et grande discencion entre ladicte Université et les Mendians, et tant, que lesdiz Mendians furent déboutez et privez de ladicte Université. Mais en assez brief temps après, les Jacobins, comme les plus sages des autres renoncèrent à ladicte bulle 1, et jurèrent et promirent que jamais n'en useroient, ne aussi d'autres privilèges à eulx concedez , et par ainsi furent ilz récousiliez avec ladicte Université. Et adonques tenoit le pape, sa court, en Bonongne la Grasse*.

CHAPITRE LX.

Comment grande discension s'esmut entre le roy de Poulaine d'une part, et le grant maistre de Pruce et ses frères, d'autre *.

En cest an , s'esmeut une grande discorde entre le roy de Poulaine d'une part, et le grant-maistre de Pruce et ses frères, d'autre. Et assembla, ledit Roy, très grant ost de diverses nacions, lesquelz il mena ou pays de Pruce pour icellui destruire. Mais prestement le dessusdit maistre et ses frères alèrent contre lui à

1. Le Religieux de Saint-Denis ajoute les Carmes.

2. Bologne.

3. Cf. le Religieux de Saint-Denis, Chr. de Ch. FI, t. IV, p. 334.

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grant puissance, en monstrant semblant de vouloir à icellui livrer bataille. Et quant ilz furent l'un devant l'autre, par la voulenté de Dieu, le roy de Poulaine avecques tout son ost, se parti, ouquel estoient vingt mille Poulenois, sans les Tartarins et autres chrestiens à lui aliez dont il avoit grant nombre, et retourna en son pays. Et depuis, par l'exortacion dudit roy de Poulaine, le roy de Lituaire et autres Sarrazins sans nombre, entrèrent en Pruce, en la partie vers la iner, laquelle à peu près fut toute destruicte. Et furent prins par ceulx de Pruce bien mille desdiz Sarrazins, et plusieurs occis. Ce roy de Poulaine avoit jadis esté Sarrazin', et fut filz du roy de Lictuaire, qui par grant convoitise de régner et ambicion, occist son père, et pour ceste cause, fut-il chassé hors du pays, et s'en ala à refuge devers le roy de Poulaine qui pour lors régnoit, lequel le reçeut honnorablement, et fut grandement privé et familler de lui, et aussi acquist l'amour des princes et du royaume, pour quoy, après la mort dudit roy de Poulaine , les Poulenois esleurent icellui homicide à Roy, et le firent baptizer et estre chrestien, et puis espousa et print à femme la vesve dudit Roy. Laquelle vesve avoit une seur qui estoit femme du roy de Hongrie. Lesdictes deux seurs estoient filles d'un conte d'Alemaigne nommé le conte de Ceilly, de la lignée royale dudit royaume. Et depuis le temps que ledit roy de Poulaine fut baptizé, il obtint ledit royaume assez eureusement, et tant que par son or

1. Il s'agit ici de Jagellon , duc de Lithuanie, qui prit à son baptême le nom d'Uladislas. Il devint roi de Pologne en 1386 par son mariage avec Hedwige , sa première femme. Il en eut trois autres.

gueil il conveita le royaume de Hongrie, disant qu'il y avoit droit en partie à cause de sa femme. Et pour ce, print occasion de travailler ceulx de Hongrie et de Pruce, en mandant secrètement par ses lectres au roy de Lictuaire, son cousin germain, à lui alié , qu'il entrast en Pruce. Du maistre duquel pays, le roy de Hongrie estoit grant ami. Si manda le roy de Poulaine secrètement par ses lectres au roy de Lictuaire, son cousin germain, à lui alié , qu'il entrast en Pruce vers la mer, et lui, avecques ses Poulenois, viendroit à l'encontre de lui par autres parties, en destruisant tous le pays. Mais son entencion fut descouverle, parce que lesdictes lectres et son messager, furent trouvez et rencontrez du roy de Hongrie. Lequel, quant il fut adverti des besongnes dessusdictes, y mist si bonne provision avec ledit maistre de Pruce, chascun en son pays, que les dessusdiz ne leur portèrent guères de dommages.

DE LAN M CCCC X.

[Du 23 mars 1410 au 12 avril 1411.]

CHAPITRE LXI.

Comment le duc de Berry retourna à Paris du commandement du Roy. Du mariage du filz du roy Loys de Cécile. Et de rassemblée qui se fist à Meun le Chas tel.

Au commencement de cest an, fut le duc de Berry remandé de par le Roy à venir à Paris, lequel y revint

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