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ties du royaume, certains mandemens royaulx à fin d'assembler gens d'armes à venir à Paris ou és villages d'entour, pour résister contre tous ceulx qui mal lui vouldroient. Et se conclud et ferma avecques ses frères et aucuns autres, comme le roy de Navarre , l'un de ses aliez, qu'il se défendroit contre tous ceulx de sa partie adverse. Et avec tout ce, fut publié de par le Roy en divers lieux que nul n'alast en armes en la compaignie desdiz ducs de Berry et d'Orléans, ne de leurs aliez, sur confiscacion de corps et de biens. Lesquelz seigneurs, non obstant lesdictes défenses, continuèrent de faire leurs assemblées en très grant nombre. Si fut pour ce temps faicte très grant assemblée ou royaume de France, tant d'un parti comme d'autre, ou préjudice du povre peuple. Et se tindrent à Paris, tous les seigneurs qui vindrent servir le Roy, et leurs gens se logèrent ou plat pays en l'Isle de France. Et l'autre partie fist son assemblée en la cité de Chartres et ou pays à l'environ. Et povoient bien estre, comme il estoit estimé par gens à ce congnoissant, six mille harnois de jambes', quatre mille arbalestriers et onze cens archers, sans les gros varletz dont il y avoit très grant nombre. Et quant à la compaignie qui estoit venue au mandement du Roy et du duc de Bourgongne, on l'estimoit oultre le nombre de seize mille combatans, tous gens de fait.

Durant lequel temps, à la requeste du duc de Bourgongne, le roy de Navarre et le comte de Mortaigne, son frère , traictèrent de la paix du duc de Bretaigne, leur nepveu, et du conte de Penthièvre , gendre dudit

1. C'est-à-dire des gens pesamment armés, de la cavalerie.

duc. Et ce fut fait sur l'espérance que ledit duc de Bretaigne venroit servir le Roy avec ses Bretons et delerroit les Orléanois , auxquelz ilz n'avoient promis de les servir. Et pour le bien agréér et exhorter à ce que ladicte paix feust accordée entre les parties dessusdictes, lui furent envoiez vingt mille escuz d'or pour paier ses gens d'armes. Et aussi fut baillé grant nombre de finance au sire de Labreth , connestable de France, afin qu'il assemblast gens d'armes pour amener à Paris ou service du Roy. De laquelle chose faire il n'avoit pas grant voulenté, mais estoit du tout affecté et alié au duc d'Orléans et à sa partie, comme en brief temps après fut assez notoire.

CHAPITRE LXV '.

Comment le duc de Bourbon mourut. Et du mandement du Roy. Et des

lectres que envoya le duc d'Orléans à ses aliez, aux bonnes villes de France.

En après, ces tribulacions durans, Loys, duc de Bourbon, oncle du roy de France de par sa mère, lequel avoit bien soixante dix ans d'aage, pour ce qu'il se senti moult agravé de maladie se fist mener à Molins en Bourbonnois, en son hostel, ouquel lieu il trespassa ”; et fut enterré en l'église des chanoines, laquelle il avoit fondée de son temps. Auquel succéda son seul filz, le conte de Clermont ’, lequel, après aucun peu de jours que le service de son feu père fut fait et qu'il eut ordonné ses besongnes, s'en retourna devers le duc d'Orléans et les autres seigneurs, à Chartres. Et là, de rechef se alia du tout avecques iceulx, en ensuivant la promesse et la trace du duc de Bourbon , son père. Lequel duc avoit long temps tenu et tenoit encores à sa mort, de par le Roy, l'office de grant chambellan de France. Lequel office, à la requeste du roy de Navarre et du duc de Bourgongne, fut depuis par ledit Roy donné au conte de Nevers', à en user selon la forme et manière acoustumée.

1. Mal coté lxvi dans l'édition de 1572, erreur qui ne se trouve pas dans Vérard.

2. Le 19 août 1410. Il avait soixante-treize ans, étant né en 1337.

3. Jean (or, duc de Bourbon.

Ouquel temps aussi, la duchesse de Bretaigne , fille du Roy, s'accoucha d'un filz, pour lequel lever elle envoia prier son frère le duc d'Acquitaine. Mais pour ce faire, fut envoié en son lieu messire David de Brimeu , chevalier, seigneur de Humbercourt, à tout certains nobles joiaux que lui fist donner et présenter ledit duc d'Acquitaine.

Et ce pendant, le Roy et son grant conseil renvoierent encores une foiz aucuns mandemens par tous les bailliages et séneschaucies du royaume, que sans délay tous ceulx qui se avoient acoustumé d'armer, tant fieffez comme arrière fieffez, venissent à Paris devers le Roy pour le servir contre les ducs de Berry, d'Orléans et de Bourbon, le conte d'Alençon et autres à eulx aliez. Lesquelz, contre ses défenses et commandemens, s'estoient esforcez et esforçoient chascun jour de faire assemblées de gens d'armes, en dégastant son royaume et ses subgetz. Et pareillement, les dessusdiz ducs et contes escripvèrent devers le Roy, l'Université

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1. Philippe, comte de Nevers , frère de Jean sans Peur.

de Paris et plusieurs autres bonnes villes et citez, lectres contenans leur intencion et la cause pour quoy ilz faisoient ces assemblées. Entre lesquelles ilz envoièrent unes lectres en la cité d'Amiens, signée de leurs seings manuelz, desquelles la teneur s'ensuit : « Les ducs de Berry, d'Orléans et de Bourbon, les contes d'Alençon et d'Armaignac, à nos très chers et bien amez citoiens, bourgois et habitans de la ville d'Amiens, salut et dilection. Nous escripvons à nostre redoubté et souverain seigneur, monseigneur le roy de France, en la forme qui s'ensuit : « Nous, ducs de Berry, d'Orléans et de Bourbon, les contes d'Alençon et d'Armaignac, vos humbles oncles, parens et subgetz, pour nous et tous autres adhérens et bien veuillans à vous. Comme il soit ainsi que les drois de vostre couronne, dominacion et majesté royale soient si noblement instituez, vous en eulx et iceulx en vous, fondez en justice, puissance et vraie obéissance de voz subgetz, qu'entous les royaumes et seigneuries du monde, vostre dominacion, estat et auctorité resplendent. Et tantestes dignement consacré et exoinct, que du saint siège apostolique et aussi de toutes autres nacions des royaumes des chrestiens, estes tenu et appellé roy souverain et singulier, réputé administrateur de justice, exerçant icelle puissamment, tant au povre comme au riche, comme empereur en vostre royaume, sans avoir autre recongnoissance d'aucun seigneur que de Dieu et de sa divine majesté, par laquelle ce vous est singulièrement donné et octroyé. Soit aussi le corps de ceulx de vostre sang, par vraie obédience et vérité franche, ung, par l'auctorité de vostre dominacion et majesté royale, à vous servir, soustenir, garder et défendre comme membre et subject de vous, et à proprement parler comme membre et partie de vostre propre corps, en exemple de tous voz autres subjectz, tant pour ce qu'ilz sont plus tenus et obligez à la démonstrance de vostre révérence et vraie obéissance, que nulz autres de voz subgetz. Et en oultre, observer et garder l'estat et auctorité de vostre dicte dominacion, tellement que sur tous autres, à vos subgetz vous avez telle puissance et dominacion, et telle liberté, auctorité, faculté et exercice, comme à roy et à empereur appartient envers ses subgetz, en telle manière que par puissance de vostre royale majesté vous acceptez et révérez les bons, et au contraire vous corrigiez et punissiez les mauvais, en rendant et contribuant à chascun ce qui est sien, et afin que à ung chascun vous administrez et tenez justice judiciaire par telle manière que vous tenez vostre royaume en paix. Premier, à la loenge de Dieu, et en après à l'onneur de vous et à l'exemple de voz bons amis et subgetz, et en ensuivant les voies et les sentiers de voz prédécesseurs roys de France, qui par ceste manière ce noble royaume ont tousjours tenu et gouverné en paix et en transquilité, et tellement que toutes les nacions chrestiennes, voisines et loingtaines, voire aussi les mescréans, en leurs afaires et débats, à vous et à vostre noble conseil comme fontaine de justice et de toute loiaulté, moult de foiz ont eu recours. « Et comme il soit ainsi, très redoubté et souverain seigneur, que vostre honneur, justice, et l'estat de vostre dominacion, à présent soit reboutée et blécée, et qu'à vous sur vostre royaume n'est point permis ne souffert le gouvernement, ne aussi de la chose publique,

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