ページの画像
PDF
ePub

à l'occasion dessusdicte , sauf qu'il ne lui feroit desplaisir en corps ne en membres. Ainsi le receut ledit duc de Bourbon, lequel remercia très grandement sondit nepveu. Et pour ceste cause, une dissencion qui estoit esmeue entre eulx, fut appaisée. Car ledit de Savoie disoit que son grant oncle de Bourbon lui devoit faire hommage à cause de sa terre de Beaujolois, laquelle chose il ne vouloit point faire, mais la question fut mise par eulx deux ensemble en la voulenté et ordonnance du duc de Berry. Après lesquelles besongnes concluses , ledit duc de Bourbon s'en retourna en France et donna congié à toutes ses gens d'armes. Et depuis par certain moien que ledit de Viri eut avecques ledit duc, il fut délivré'.

CHAPITRE LII.

Comment deux champs de bataille furent promeuz à faire à Paris en

la présence du Roy. De l'arcevesque de Reims qui fut occis. Et du concile de Pise.

Item, environ l’Ascension', Charles, roy de France, qui avoit esté longue espace malade, revint en santé, et tantost après les ducs de Bourgongne et de Bourbon

1. Pour cette expédition, voyez le récit beaucoup plus circonstancié et plus instructif du Religieux de Saint-Denis. (Chr. de Ch. V1, t. IV, p. 240.) A la fin de ce chapitre, le ms Suppl. fr. 93, fol. 94 vo ajoute : « A laquelle assemblée et pour y aller Waleran, conte de Saint-Pol, mist sus très grosse armée. Mais en passant parmy Paris lui fu ordonné de par le Roy qu'il n'alast plus avant, mais s'en retournast ès frontières de Boulenoys, où il estoit espécialement commis de par le Roy. » Addition qui se trouve aussi dans Vérard et dans l'édit. de 1572.

2. En 1409 l'Ascension tomba le 23 mai.

et plusieurs autres grans seigneurs retournèrent à Paris. Ou quel temps furent faiz deux champs de bataille en la place Saint-Martin des Champs, présent le Roy et les seigneurs dessusdiz. C'estassavoir le premier d'un gentilhomme et chevalier breton, nommé sire Guillaume Bariller contre ung Anglois, nommé messire Jehan Carnicon, et fut pour cause de foy mentie l'un à l'autre. Et après qu'ilz furent mis ensemble et que Montjoye, roy d'armes, eut fait et publié les cris et défenses acoustumées et aussi qu'il eut déclairé qu'ilz feissent leur devoir, ledit messire Guillaume, qui estoit appellant, yssi premier de son paveillon et commença à marcher moult fièrement contre son adversaire, lequel pareillement vint contre lui, et quant ilz eurent gecté leurs lances l'un contre l'autre sans eulx entre actaindre, ilz commencèrent à combatre de leurs espées, et en ce faisant ledit Anglois fut ung petit navré par dessoubz ses lames", et tantost le Roy les fist cesser. Et depuis furent remenez très honnourablement à leurs hostelz. Et yssirent du champ aussitost l'un que l'autre.

L'autre champ, si fut du sénéchal de Haynnau à l'encontre de messire Jehan de Cornouaille, Anglois, chevalier de grant renom, lequel avoit lors espousée la seur du roy d'Angleterre. Et estoient lors icelles armes entreprinses à faire par lesdiz deux chevaliers devant le duc de Bourgongne, à Lisle, tant seulement pour monstrer leur proesse, à courir certains cops de lance l'un contre l'autre et aussi à faire aucuns cops de haches et d'espées. Mais quant ledit duc de Bourgongne eut fait préparer le champ où ce se devoit

1. Par-dessous les lames de fer qui formaient sa cotte d'armes.

acomplir, les deux champions dessusdiz furent mandez à Paris à aler devers le Roy pour parfurnir leur entreprinse. Et là, après les ordonnances faictes et le jour venu, ledit de Cornouaille entra premier ou champ moult pompeusement, chevauchant sur son destrier jusques à ce qu'il vint devant le Roy, lequel il inclina et salua moult humblement. Et estoient après lui six petis pages sur destriers, desquelz les deux plus prouchains de lui estoient couvers d'ermines, et les quatre ensuivans avoient couvertures de drap d'or, et après qu'il fut entré ès lices, lesdiz pages se partirent du champ. Et tantost après vint ledit séneschal, acompaigné du duc Anthoine de Brabant et de Phelippe, conte de Nevers, frères, estans à pié, et tenoient le frain de son cheval, l'un à dextre et l'autre à senestre, et le conte de Clermont portoit sa hache, et le conte de Pointièvre* portoit sa lance. Et après ce qu'il fut entré ou champ et qu'il eut fait la révérence au Roy comme avoit fait ledit de Cornouaille, ilz se préparèrent tous deux pour aler jouster de fers esmoulus l'un contre l'autre. Mais devant qu'ilz s'esmurent à courre, il fut crié de par le Roy qu'ilz cessassent et n'alassent plus avant en faisant icelles armes, et que nul, sur peine capitale, dores en avant en tout son royaume n'appellast aucun en champ sans cause raisonnable. Et depuis, quant le Roy eut grandement festié et honnoré à sa court les deux chevaliers dessusdiz, ilz se départirent et s'en alèrent eulx deux, comme on disoit, en Angleterre, en entencion de parfurnir et acomplir leurs armes.

1. Penthièvre.

En ce temps le cardinal de Bar, filz au duc de Bar, et Guy de Roye, arcevesque de Reims, avec eulx maistre Pierre d'Ailly, évesque de Cambray, et plusieurs autres prélas et autres gens d'église alans au concile général qui lors se tenoit à Pise, furent logez en une ville sur la mer, nommée Voutre", séant à quatre lieues de Gênes, en laquelle ville le mareschal dudit arcevesque eut noise et content avec ung autre mareschal de ladicte ville pour le salaire de ferrer ung cheval, et tant multiplia la discorde que ledit mareschal dudit arcevesque tua cellui de la ville, et tout prestement il s'en fuit à l'ostel de son maistre à saulveté. Auquel lieu, ceulx de ladicte ville soudainement, en grant nombre, tous esmeuz vindrent pour venger ledit mareschal occis. Et quant ledit arcevesque oy la noise, lui estant en grant ennoy * pour ladicte besongne, descendi de sa chambre appellant iceulx doulcement et promectant que prestement il feroit amender ladicte offense à leur voulenté. Et pour mieulx les appaiser il mist son mareschal en la main du juge de la ville, lequel estoit lieutenant de messire Boucicault, mareschal de France, adonc gouverneur de Gênes de par le Roy. Mais ce riens n'y valu, car ainsi que ledit arcevesque parloit à eulx en dehors de l'uis de son hostel, l'un d'iceulx lui lança une javeline parmy le corps droit au cuer, si doloreusement qu'il chey prestement mort sans depuis parler aucune parole. Dont ce fut très piteuse chose, car il estoit très notable prélat, bien condicionné et de noble lignée. Et après que

1. Voltri, à deux lieues et demie ouest de Gênes. 2. En grand ennui, fort troublé.

ce fut fait, ne leur suffist point encores à tant, ains mirent encores à mort ledit juge de la ville et ledit mareschal. Et avecques ce vouloient efforcer l'ostel du cardinal de Bar, où la plus grant partie des autres s'estoient retrais, pour tout mectre à mort. Toutesfois ilz furent rapaisez aucunement par aucuns des plus notables d'icelle ville, et tant fut traictié qu'enfin ledit cardinal leur bailla pardon de tout ce qu'ilz avoient mespris contre lui. Et fut à ce conseillé par ses gens, afin qu'ilz ne feussent là tous destruis. Et aussi on ne lui dist point la mort dudit arcevesque jusques à ce qu'il fut bien deux lieues arrière d'icelle ville. Pour laquelle mort, quant elle fut venue à sa congnoissance, il en fut tant desplaisant et ennuieux en cuer qu'à grant peine se povoit-il tenir sur sa mule. Néantmoins ses gens le firent baster le plus qu'ilz porent, car ilz estoient en grant doubte de leurs vies pour l'exemple qu'ilz avoient veu, et aussi qu'ilz veoient par les signes qu'ilz ont ou pays acoustumé de faire quant il y a effroy en une ville, par cloches qu'ilz sonnent et autrement, lequel signe estoit jà tout parmy le pays, et veoient de plusieurs lieux descendre paysans des montagnes pour courir après eulx. Mais quant ilz vindrent à une lieue de la cité de Gènes, le mareschal Bouciquault vint audevant dudit cardinal à très belle compaignie. Lequel cardinal lui fist très grant complainte de l'outrage qui avoit esté fait contre ses gens par ceulz de la ville de Voultre, en lui requérant que par justice il y voulsist pourveoir. Lequel Bouciquault fist response qu'il en feroit si bonne justice que tous autres y devroient prendre exemple. Et après, emmena icellui cardinal en ladicte ville de Gènes, où il fut grande

[graphic]
« 前へ次へ »