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contre des seigneurs et de leurs aliez, dont dessus est faicte mencion. Mais, en fin, fut conclud que de rechef envoieroit la Royne, sa compaigne, et ses solennelz ambaxadeurs envers eulx pour traicter de paix. Laquelle, quant elle fut là venue, se y emploia très bien et loiaument, jà soit ce qu'il feust lors commune renommée qu'elle estoit fort affectée à ladicte partie d'Orléans.

Durant laquelle ambaxade, Amé, conte de Savoie, qui avoit esté mandé de par le Roy, vint à Paris, à tout six cens bacinets. A l'encontre duquel alèrent jusques à la porte Saint-Anthoine les trois frères, c'estassavoir les ducs de Bourgongne et de Brabant et le conte de Nevers, son serourge, avec moult d'autres seigneurs, et de là le menèrent au Palais devers le Roy, lequel le reçeut moult honnorablement. Et aucuns jours après, ladicte Royne, qui ne peut riens besongner en ladicte ambaxade où elle estoit alée, retourna devers le Roy son seigneur, et raporta comment elle ne povoit rompre iceulx seigneurs de leurs propos, car en icellui estoient du tout obstinez. Et de là s'en ala ladicte Royne au Bois de Vinciennes, le plus tost qu'elle peut. Et lendemain au matin lesdiz seigneurs se partirent de Montlehéry et vindrent, le duc de Berry en son hostel de Vicestre qu'il avoit aucunement réédifié, et le duc d'Orléans se loga à Gentilli en l'ostel de l'évesque ", le conte d'Armignac à Vitry, et les autres en autres lieux, au plus près qu'ilz porent; et au vespre vindrent loger à SaintMarcel et jusques à la porte de Bordelles. Pour lequel logis, le Roy et le duc de Bourgongne et tous les

1. De l'évêque de Paris.

autres princes avoient grant merveille. Et incontinent les Parisiens, à leurs propres despens, mirent sus mille bacinetz ceste nuit pour faire le guet, et firent par toute la ville de Paris très grans feux. Et afin qu'ilz ne passassent la rivière par ung lieu assez près de Charenton, y envoyèrent deux cens hommes d'armes pour garder le passage. Et le deuxiesme jour ensuivant, Artur, conte de Richemont et frère au duc de Bretaigne, vint en la compaignie des ducs de Berry et d'Orléans, à tout bien six mille chevaulx. Ce qui moult despleut au Roy et par espécial au duc de Bourgongne, pour ce que le duc de Bretaigne qui naguères avoit esté mandé de par le Roy avec ses Bretons pour le servir, avoit receu dudit roy finances, et pour ceste cause, ledit duc, pour ce qu'il estoit ocupé en aucunes autres besongnes, avoit envoié son frère en son lieu pour servir le Roy, et non autre. Ouquel exercite, le seigneur d'Albreth, connestable de France, lesdictes finances qu'on disoit qu'il avoit receues du Roy comme on disoit, il les avoit jà exposées et despendues en son service, c'estassavoir du duc de Berry. Après, alèrent plusieurs de ladicte assemblée à Saint-Cloud et autres villes à l'environ, lesquelles ilz pillèrent et prindrent ce que bon leur sembloit. Et avecques ce, aucuns mauvais garnemens violèrent et ravirent plusieurs femmes et les amenèrent en leur ost, dont aucuns desdictes villes, hommes et femmes, vindrent à Paris eulx complaindre, faisans grans clameurs desdiz ravissemens et requérans au Roy vengence d'iceulx et aussi estre restituez de leurs biens se faire se povoit. Lors le Roy, pour leur infortune, et aussi meu de pitié, lesdiz princes et tous ceulx qui estoient en leur compaignie et aide, les adjuga par son décret et sentence estre exemptez de leurs biens et tous confisquez 1. Et pendant que les lectres s'escripvoient, le duc de Berry, oncle du Roy, envoia bien en baste ses ambaxadeurs dedens Paris devers le Roy afin que la sentence ne sortesist son effect pour ceste fois. Lesquelz ambaxadeurs requirent instamment de par leur seigneur que la besongne feust atargée, et que au plaisir de Dieu, aucun bon moien se trouveroit. A la requeste desquelz ceste besongne fut prolongée , et commença l'en à traicter entre les parties. Et non obstant toutes les advenues dessusdictes, estoit le Roy moult desplaisant de ce qu'il veoit que ceulx de son sang estoient ainsi en discension l'un contre l'autre, et qu'il convenoit qu'il procédast contre eulx par si grant rigueur. Et afin que sans l'effusion du sang bumain la chose se passast, requist à son chancelier et à aucuns de son privé conseil qu'ilz se vousissent employer diligemment à ce que ledit traictié se feist. Et pareillement on parla bien acertes au duc de Bourgongne, au conte de Saint-Pol et aucuns autres princes, lesquelz promirent, chascun endroit soy, de eulx y emploier.

Durant lequel temps, le seigneur de Dampierre, l'évesque de Noyon, le seigneur de Tignonville, maistre Gontier Carl* et aucuns autres ambaxadeurs du Roy' furent envoiez de Paris à Boulongne à l'encontre de l'ambaxade du roy d'Angleterre, c'estassavoir le seigneur de Beaumont, l'évesque de Saint-David et aucuns autres qui estoient venus à Calais pour traicter les trèves, lesquelles furent ralonguées du jour de la Toussaint qu'elles devoient faillir, jusques au jour de Pasques ensuivans.

1. Sic dans le n° 8345. Cette phrase qui n'a pas de sens ici, en a un, qui est clair, dans le ms. Suppl. fr. 93: « Estre exécutez et leurs biens confixquiés. >

2. Le ms. Suppl. fr. 93 donne le vrai nom « Gontier Col ». C'était un secrétaire du roi, qu'on trouve très-employé.

CHAPITRE LXVI.

Comment la paix fut faicte entre les princes et seigneurs de France et du

sang royal, laquelle paix on nomma La paix de Vicestre; qui fut la seconde.

ба.

Item , après ce que les ambaxadeurs des deux parties, c'est assavoir ceulx du Roy et du duc de Bourgongne d'une part, et ceulx du duc de Berry, d'Orléans et de Bourbon , d'autre part, eurent par plusieurs et diverses foiz communiqué l'un avec l'autre sur les traictiez d'entre icelles parties, finablement, le deuxiesme jour de novembre, vinrent à conclusion. Et fut le traictié fait, promis et confermé, par la manière qui s'ensuit : .

« C'estassavoir, que les seigneurs du sang royal, d'un costé et d'autre , excepté le conte de Mortaigne, retourneront en leurs terres et seigneuries, et remenront les gens d'armes en faisant le moins de dommage qu'ilz pourront sur le plat pays, sans fraude ou décepcion. Et pourra le duc de Berry, s'il lui plaist, aler demourer à Gien sur Loire, et le conte d'Armignac avec lui, l'espace de quinze jours. Le roy de Navarre pourra aler en sa duché de Nemoux. Le duc de Brabant pourra

aler, s'il veut, en Bourgongne, veoir la duchesse sa seur*. Item. Les seigneurs de costé et d'autre, eulx ne leurs gens, ne passeront point , ne yront par les pays l'un de l'autre, ne soufreront aler, afin que par ce aucuns inconvéniens ou dommages ne viengnent, dont aucun mal n'en sourde, ne viengne. Item. En toutes garnisons où il y a plus de gens d'armes que le nombre qui y souloit estre, n'y demourront pas, sinon ceulx qui y seront neccessaires à garder pour la seureté desdiz lieux, sans fraulde ou aucune décepcion. Et afin que ces choses demeurent plus fermes, lesdiz seigneurs jureront et bailleront lectres, serement, et promesses, à aucuns commis de par le Roy. Semblablement jureront les capitaines qui seront esleuz de chascune partie. Item. S'il est besoing et qu'il plaise au Roy, il quictera à aucuns de ses chevaliers qu'ilz voisent avec lesdiz capitaines à les conduire et mener, afin que eulx, ne leurs gens d'armes ne facent longue demeure, et qu'ilz facent le moins de dommage que faire se pourra. Item. Lesdiz seigneurs, ne aucuns d'eulx ne retourneront point devers le Roy, si non qu'il les mande par lectres patentes seellées de son grant seel, confermées par son grant conseil, et pour cause neccessaire. Et aussi ne pourchaceront lesdiz seigneurs ne aucun d'eulx, de revenir devers le Roy, et ce jureront et prometront aussi en la main d'icellui espécialment à ce

1. C'est-à-dire sa belle-sœur, Marguerite de Bavière, femme de Jean sans Peur, son frère.

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