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» Sans doute se flattant, par cette lâcheté, » D'expier envers lui son infidélité. » Que vous dirai-je? On entre, on fond sur la victime ; » Ulysse les suivoit, cet orateur du crime : » Vous voyez son ouvrage. 0 toi! qui sais mes maux, » Ciel! venge l'innocence, et punis mes bou reaux ! » Mais vous, fils de Vénus, quel malheur, quel naufrage, » Ou quel dieu vous conduit sur cet affreux rivage, » Dans ce séjour de deuil, de trouble et de terreur, » Dont le soleil jamais ne vient charmer l'h rreur ?» L'Aurore, au teint de rose, avançoit sa carrière ; Déjà du temps prescrit fuyoit l'heure dernière, Tous deux ils s'oublioient dans ce doux entretien : « C'est trop, dit la prêtresse au monarque troyen ; » Prince, l'heure s'envole, et vos regrets stériles » Consument un temps cher en larmes inutiles : » Avançons. C'est ici qu'en deux chemins divers » Se sépare pour nous la route des enfers. » A gauche, des tourmens c'est le séjour barbare, » Le séjour des forfaits, l'inflexible Tartare ; » A droite est de Pluton le superbe palais : » La, l'heureux Élysée étale ses attraits ;

Discedam, explebo numerum, reddarque tenebris.
I, decus, i, nostrum; melioribus utere fatis.
Tantùm effatus, et in verbo vestigia torsit.
Respicit Eneas subitù, et sub rupe sinistrâ,
Mœnia lata videt triplici circumdata muro,
Quæ rapidus flammis ambit torrentibus amnis
Tartareus Phlegethon, torquctque sonantia saxa.
Porta adversa, ingens, solidoque adamante columna ;
Vis ut nulla virûm, non ipsi exscindere ferro
Caelicolae valeant : stat ferrea turris ad auras;
Tisiphoneque sedens, pallà succincta cruentâ,
Vestibulum exsomnis servat noctesque diesques>
Hinc exaudirigemitus, et sa va sonare
Verbera : tum stridor ferri, tractaeque catenae.
Constitit /Eneas, strepitumque exterritus hausit :
Qua scelerum facies?'o virgo, effare; quibusve
Urgentur pœnis ? qui tantus plangor ad auras?

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» C'est la qu'il faut marcher.— O divine prêtresse ! » Dit alors Déiphobe, excusez ma tendresse. » Je pars : veus, d'Ilionl'ornement glorieux, » Adieu; plaignez mon sort, et soyez plus heureux. » Il dii , et dans la foule en pleurant se retire. Enée alors regarde, et de ce sombre empire À gauche il apperçoit ce séjour enflammé, Que d'un triple rempart les dieux ont enfermé. Autour le Phlégéthon, aux ondes turbulentes, Roule d'affreux rochers dans ses vagues brûlantes. La porte inébranlable est digne de ces murs : Vulcain la composa des métaux les plus durs: Le diamant massifen colonnes s'élance ; Une tour jusqu'aux cieux lève son front immense : Les mortels conjurés, les dieux et Jupiter, Attaqueroient en vain ses murailles de fer. ' Devant le seuil fatal, terrible, menaçante, " Et retroussant les plis de sa robe sanglante, Tisiphone bannit le sommeil de ses yeux ; Jour et nuit elle veille aux vengeances des dieux. De là partent des cris, des accens lamentables, Le bruit affreux des fers traînés par les coupables,

Tum vates sic orsa loqui : Dux inclyte Teucrûm,
Nulli fas casto sceleratum insistere limen ;
Sed me, quum lucis Hecate praefecit Avernis,
Ipsa deûm pœnas docuit, perque omnia duxit.
Gnosius haec Rhadamanthus habet durissima regna 5
Castigatque auditque dolos, subigitque fateri
Qua quis apud superos, furtolaelatusinani,
Distulit in seram commissa piacula mortem.
Continuò sontes ultrix accincta flagello
Tisiphone quatit insultans; tortosque sinistrâ

Intentans angues, vocat agmina sa va sororum.

Tum demum horrisono stridentes cardine sacrae Panduntur porta. Cernis custodia qualis

Ves bulosedeat?facies qua limina servet ?

Le sifflement des fouets dont l'air au loin gémit. Le fils des dieux s'arrête, il écoute, il frémit : « 0 prêtresse, dit-il, quelles sont ces victimes ? » Quiprononça leur peine ?et quels furent leurs crimes ? » Parlez, instruisez-moi.—Prince religieux, » Répond-elle, gardez d'approcher de ces lieux. » La vertu doit de loin voir le séjour des vices. » Mais je puis des méchans vous tracer les supplices : » Diane à sa prêtresse a tout dit, tout montré. » Rhadamanthe en ces lieux juge, absout à son gré : » Terrible, il interroge, il entend les coupables, » Les contraint d'avouer les forfaits exécrables » Qu'ils ont cachés dans l'ombre, et qu'au sein de la mort » Ne peut plus expier un stérile remord. » Tisiphone aussitôt, vengeresse des crimes, » Prend ses fouets, ses serpens, et poursuit ses victimes ; » Tonne, frappe, redouble; et, lassant ses fureurs, » Appelle à son secours ses effroyables sœurs. » Elle parloit : soudain, avec un bruit terrible, Sur ses gonds mugissans tourne la porte horrible ; Elle s'ouvre : « Tu vois dans ce séjour de deuil » Quel monstre épouvantable en assiège le seuil.

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