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sortir de table l'on parla d'affaires ; l'on examina les règlements minutés, les dépenses à faire dans ce renouvellement, enfin tous les divers points qui occupoient alors le conseil académique. M. Le Brun agit en tout cela avec tant de prévenance, d'ouverture et de cordialité, qu'il mit M. Errard comme hors de lui-même, et, de la façon que celui-ci se comporta de son côté, cette entrevue se termina à la plus grande satisfaction de l'un et de l'autre. L'on convint de se revoir incessamment.

Depuis ce temps il ne se tint plus ni assemblées ni comités pour travailler à ces nouveaux arrangements, ou sur tout autre sujet de quelque importance, que M. Errard n'en fût toujours. M. Le Brun le consultait déplus en particulier sur toutes ses idées et sur tous ses desseins ; il le mena aussi plusieurs fois avec le secrétaire chez M. du Metz pour y repasser ensemble les points du projet déterminés dans la compagnie et les examiner avec maturité. Comme M. Errard avoit naturellement beaucoup de pénétration, et qu'il étoit fort au fait des affaires de l'Académie, il eût été difficile que l'on payât mieux de sa personne qu'il ne faisoit en ces sortes d'occasions, et il est certain qu'en celle-ci il remplit parfaitement tout ce qu'on avoit pu attendre de sa part. L'honneur que son retour n'avoit, dans les premiers jours, pu manquer de faire à M. Le Brun, sembla s'accroître à mesure que la compagnie en recueillit et en voyoit grossir les avantages. Ces avantages tenoient lieu de tout à cet homme incomparable, et formoient ses plus chères récompenses. N'en était-ce pas aussi, pour un cœur comme le sien, mie bien sensible et bien délicieuse d'avoir forcé M. Errard de l'aimer? Il l'aima en effet et d'une amitié sincère et parfaite, et persista jusqu'à la mort dans la ferveur de ce juste attachement.

Après avoir bien discuté, retourné et retravaillé le plan et les dispositions particulières du projet en question et en avoir fait encore une dernière et très scrupuleuse révision avec M. du Metz, l'on en crut la minute à peu près en état de pouvoir être présentée à messieurs les protecteurs. Mais le sage et judicieux M. du Metz jugea qu'auparavant il la falloit faire examiner encore par quelque habile praticien, bien versé dans les rubriques du Palais, pour voir s'il n'y avoit rien qui pût mettre le nouveau règlement en prise avec ce qu'on appelle la forme judiciaire. Cette précaution étoit trop essentielle pour qu'on voulût la négliger. Ainsi l'on arrêta que l'on se confieroit pour cet examen à Me Fournier, procureur en parlement des plus employés et des plus entendus. Comme c'étoit en temps des vacances, il étoit à sa maison de campagne; le secrétaire général, qui le connoissoit particulièrement, se chargea de l'y aller trouver, afin même de pouvoir traiter là l'affaire plus à tête reposée et plus à fond. Après l'avoir bien mis au fait de tout ce qui s'étoit passé à la naissance de l'Académie et par rapport à sa jonction avec la maîtrise, des différends mus, des procès essuyés, etc., et après avoir vu et revu avec lui à diverses fois les premiers et seconds statuts et titres confirmatifs ou relatifs, il exposa à sa censure les articles que, suivant le résultat du nouveau travail, il étoit question de proposer comme pour servir d'additions à ces deux statuts ou règlements.

Tout bien pesé et considéré, l'avis de M. Fournier fut : « Que, dès que l'on faisoit tant que de » remanier toute cette matière, et que du côté » de la protection l'on se trouvoit dans des cir» constances si favorables, il falloit songer à se » procurer quelque chose de plus qu'une loi ad» ditionnelle. Qu'il falloit former un corps com» plet de règlement, lequel une bonne fois et » pour toujours parât et pourvût à tout. Que rien » n'étoit plus aisé, puisqu'il ne s'agissoit que de » compiler ces deux premiers statuts, sauf les » changements convenus, et d'incorporer dans » cette compilation les dispositions que l'on esti» moit y devoir être ajoutées. Qu'ensuite il fal» loit tâcher d'obtenir des lettres patentes bien » amples et bien précises qui, embrassant et ré» glant tout, confirmassent l'Académie dans tous » les priviléges, exemptions, honneurs, préroga» tives et prééminences à elle attribués précé» demment par S. M., ou dont les rois, ses pré» décesseurs, ont pu honorer ou gratifier les arts » de peinture et sculpture, avec la clause de re» création du tout, en tant que besoin seroit. Sur » l'obtention desquelles lettres patentes il croyoit » qu'on dût hésiter d'autant moins qu'il eu falloit » nécessairement pour valider les dispositions » additionnelles, et que les soins auxquels enga» geroit la partie seroient les mêmes que ceux » que l'on se donneroit pour le tout. »

La compagnie sentit toute la solidité de cet avis et résolut de le suivre de point en point. Elle fit de grands remerciements au secrétaire sur la manière dont il s'étoit acquitté de sa commission et le pria de vouloir bien achever ce qu'il avoit si heureusement commencé, en se chargeant de la suite et de l'exécution entière de ce plan. Il s'y livra avec son zèle ordinaire, et y vaqua avec tant de diligence qu'en fort peu de temps l'ouvrage se trouva en état d'être présenté à nos protecteurs.

L'un des changements qui devoient résulter des nouveaux statuts fut que les places des recteurs, qui jusqu'alors avoient été amovibles, alloient désormais être perpétuelles. M. Le Brun, toujours lui-même, songea aussitôt à tirer de cette circonstance un avantage pour l'Académie également heureux et éclatant. C'étoit de réunir dans son sein, et même de placer à sa tête, quelques maîtres d'un grand mérite et d'une haute réputation qui jusqu'alors s'en étoient tenus éloignés. Tels étoient entre autres MM. Mignard et du Fresnoy, peintres excellents, et M. François Anguier, sculpteur des plus habiles. Quoique depuis longtemps ils vécussent avec lui dans une mésintelligence assez marquée, ils avoient les talents et la considération nécessaires pour rehausser l'éclat de l'Académie et en fortifier l'école. Cela lui suffisoit et le rendoit insensible à tout retour personnel. Guidé par ces principes, il prend son parti et va en avant; comme premier peintre du roi, il croit devoir descendre vers eux. Plus la démarche étoit obligeante, plus il se flattoit qu'elle produiroit de l'effet; il leur va donc rendre visite l'un après l'autre. Après les politesses ordinaires, il leur fait une sorte de confidence de ce qui se passe, des favorables intentions du roi pour les beaux-arts et pour l'Académie, de la munificence récente de Sa Majesté, des desseins du ministère d'illustrer l'état d'académicien par des honneurs et des distinctions. Il les invite à venir en recueillir la part due à leur rare mérite, et occuper

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