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de quartier et du Professeur qui est en mois, le disciple a la liberté de se rendre tous les jours a l'Académie, où il s'exerce avec tous les autres à dessigner des modèles humains et vivants placez en différents jours et en diverses postures, ce qu'ils continuent pendant trois mois, laissant toujours leurs dessins à l'Académie, où ils sontensuite examinez par les officiers, qui distribuent une forte médaille d'or à celuy qui a le mieux réussi, une médaille moins pesante du même métail à celuy qui approche le plus près de la force de cepremier, et unemédaille d'argent à celuy dont les dessins prévalent sur tous ceux des disciples auxquels l'Académie n'accorde aucun prix. Après cela on divise toute la troupe en trois classes, relativement à la capacité des discipIes.Ceux de la première entrent et se placentavant les deux autres classes, qui gardent entreelles le même ordre; mais,avant que les entrées se renouvellent, on recommence aussi la cérémonie des billets et des présentations cy devant expliquées. Outre les prix qui se distribuent comme il vient d'être dit, il s'en distribue encore quatre autres à la Saint-Louis, quidonnent encore plus d'émulation aux disciples, par cette raison que ceux qui les ont gagnez sontenvoyez etentrelenusà Rome durant trois ans aux dépens du Roy, même de couleurs et de pinceaux, en travaillant seulement quatre jours la semaine à faire des copies pour Sa Majesté; outre qu'étant revenus, ils sontpréférez pour les plus beaux ouvrages et reçus sans peine membresde l'Académie, ce qui leur donne de plein droit la liberté de travailler à Paris, et ce qui les met dans un degré de distinction très-honorable. Les élèves des peintres et ceux des sculpteurs sont indifféremment admis a disputer les prix, lorsqu'ils ont été jugez de force suffisante ; à cet effet, ceux qui aspirent à ce bénéfice présentent chacun une esquisse de leur façon; et, afin que l'Académie soit assurée qu'aucune de ces esquisses n'a été supposée, les professeurs font faire en leur présence un impromptu à chacun de ceux qui ont présenté de bonnes esquisses , et tous ceux de qui les impromptus sont d'une force relative à leurs esquisses, sont admis à travailler pour les prix, qui sont au nombre de quatre, sçavoir deux médailles d'or et deux médailles d'argent, qui sont distribuées aux quatre disciples qui ont travaillé avec plus de succès, entre lesquels le plus fort reçoit encore un laurier de la main du surintendant de ces Académies.

(Les Adresses de la ville de Paris avec le Trésor des Almanachs, livre commode en tous temps, en tous lieux et en toutes conditions, par Abraham de Pradel, astrologue lyonnois. Paris, chez la veuve de Denis Nion, 1691, petit in-8, p. 9-10.)

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A

ABRAHAM BOSSE.

De tous les fous, maistre Abraham,
Qu'on enferme ou lie au carcan,
Je n'en vov point de plus comique
Que vous dans votre humeur critique.
J'avois bien leu dans Rabelais,
Au chapitre des Triboulais,
Des foux de différent plumage
Entre ceux que Ton met en cage;
J'avois veu des foux à patron,
Foux à m a rote, à chaperon,
Foux goguelus, foux a sonnettes,
Foux à bâtons, comme vous êtes,
Ou comme vous serez un jour;
Car on vous veut jouer d'un tour,
Ceci soit dit par parenthèse;
Certaines gens, ne vous déplaise,
Feront tomber sur vos crochets,
L'un de ces jours, bien des cottrets.
J'avois veu des foux par nature,
De relief, de platte peinture,
Et par B carre, et par B mol,
En musique, ou my fa sol.
Mais pour des foux de Perspective,
Qui ne veulent pas qu'on écrive

De ce bel art, sans leur avis,
C'est ce que jamais je ne vis;
Le sire Bosse, que l'on berne,
Est de ces toux à la moderne.
Parce qu'il a fait à ses frais
Des livres qu'où ne lit jamais,
Il prend aussi tôt l'invective,
Dès qu'on parle de perspective;
Il s'escarmouche contre tous,
11 fronde et gronde de courroux,
Comme un magot a qui l'on jette
Un charbon pour une noisette.
Dites-nous, cacique des toux,
Quel intérest y prenez-vous?
Est-ce que c'est un héritage
Qui vous est écheu en partage,
Que vous prétendez empêcher
Tout le monde d'en approcher?

Ou, si vousêles son mary,
Que vous craignez un favory?
Encor, si dans votre critique
Vous n'étiez pas si colérique;
Si vous étiez un écrivain
Plus philosophe ou plus humain.
Mais quoy, toutes vos écritures
Ne contiennent que des injures;
On n'y voit jamais grain de sel;
Vous ne parlez qu'au criminel.
D'abord que quelqu'un vous chifon
Vous l'attaquez en sa personne,
Et, donnant sur prose et sur vers,
Torche-lorgne, a tort a travers,
Heurtez et science et méthode.
Enfin vous êtes l'antipode,
L'antechrist de tous les beaux-arts,
Que vous frondez de toutes parts.
Le poëme du pauvre Alphonse,
Qui ne vous peut faire réponse,
N'est pas exempt de votre fiel,
Quoique cracher contre le ciel
Et cela c'est la même chose.
Tant pour les vers que pour la prose
Tous les savants en ont fait cas:
Mais Bosse ne l'approuve pas;
Lui seul, dans ce plaisant rencontre
A tout le genre humain fait contre;
Lui seul en veut à cet autheur,
S'acharne sur son traducteur,
Les traite tous deux d'insipides,
De ridicules, de slupides,
D'infatués, d'évaporés,
Et de cent autres mots dorés.
Voila la manière d'écrire
De cet impertinent satire;
Ce sont les armes de combat
Qu'il employe quand il se bat.
Pour du raisonnement, gambade;
Depuis qu'il gagna la pelade,
Par fièvre chaude ou autrement,
Il se rit du raisonnement.
Une si haute extravagance
A donc lassé la patience;
Tous les arts se sont rebutez
Et tous les esprits révoltez.
Chacun a déclaré la guerre
A ce fou par toute la terre.
Le mont Parnasse, intéressé
Dans l'illustre mort offensé,
En a commencé la poursuite
La procédure étant instruite,
Et le demandeur appelé,
Tout le bureau s'est assemblé.

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