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ci-dessus, lui assignoit ce logement dans le collége royal de l'Université de Paris, etmarquoit en termes exprès qu'en attendant que la nécessité des affaires de Sa Majesté lui permît de faire bâtir un lieu plus commode pour tenir l'Académie, elle lui destinoit pour cet effet la galerie de ce collége, lui permettant d'y faire faire telles croisons et retranchements qui seroient estimés nécessaires pour la décence et commodité des lieux. Quelque précise que fût cette disposition, il se présenta de grands obstacles quand ce vint à en impétrer l'effet. Le collége royal est dans la dépendance du grand aumônier de France; c'étoit le cardinal Barberin, vulgairement dit le cardinal Antoine, qui remplissoit alors cette charge. Il falloit avoir l'attache de ce prélat pour entrer en jouissance de la galerie en question. L'Académie députa pour lui rendre ses respects et la lui demander. Elle ne le trouva pas incliné pour elle aussi favorablement qu'elle avoit cru le pouvoir espérer. D'ailleurs une partie de cette galerie étoit occupée par la communauté des libraires. Celle-ci s'opposa, en forme, à la jouissance prétendue par l'Académie. Elle fut donc contrainte de se pourvoir en justice. L'instance, instruite sommairement, fut bientôt en état d'être jugée, et déjà elle étoit entre les mains de M. Javart, substitut de M. le procureur général, qui y devoit donner ses conclusions. Mais les libraires, sur ces entrefaites, agirent avec tant de succès auprès de M. Ratabon, qu'il conseilla à l'Académie d'abandonner l'affaire, et de se détacher de ce logement. Et, pour l'y déterminer plus volontiers, il s'engagea à lui en procurer un autre aux galeries du Louvre, et ainsi plus à portée de la plupart des académiciens. La charge de surintendant et ordonnateur général des bâtiments, arts et manufactures de France, dont il venoit de s'accommoder avec le cardinal Mazarin, le mettoit en état, et bien au delà, de remplir cette promesse. L'Académie crut donc ne pouvoir rien faire de mieux que de suivre en cela les inspirations de son chef.

Mais, pour qu'elle pût obtenir son remplacement , il falloit qu'il vaquât quelqu'un des logements deces galeries du Louvre. Cela ne se trouva pas alors et forma la grande difficulté. M. Sarrazin la leva par l'offre qu'il fit de se démettre, en faveur de l'Académie, du logement qu'il y occupoit, bien entendu qu'elle le dédommageroit de ce qu'il y avoit dépensé en réparations et accommodements , et qu'il déclara monter à deux mille livres. L'offre ne pouvoit venir plus à propos. L'on ne savoitque devenir, ni à quoi s'accrocher. Iln'en fut pas tenu grand compte pourtant par la suite à M. Sarrazin, lorsqu'on crut avoir démêlé que son intérêt particulier y avoit eu plus de part que celui de la compagnie. Mais, dans la première chaleur, il en reçut de grands éloges. On accepta cette offre avec une espèce de transport, et l'on ne songea plus qu'à la réaliser, et sans aucune perte de temps.

Pour cela, il y avoit un préalable à remplir; même il y en avoit deux : il falloit avoir un nouveau brevet du roi et trouver les deux mille francs. Le premier de ces deux points embarrassa peu; l'on comptoit pleinement sur le crédit de M. le surintendant. G'étoit de son avis que le don du roi nous étoit resté infructueux; il y alloit de son honneur, en quelque sorte, de le faire suppléer. Il n'en fut pas de même de l'article des deux cents pistoles. Comment recouvrer un tel fonds? Le lever par forme de contribution? Il n'y avoit pas moyen. Les efforts précédemment faits par les académiciens interdisoient absolument cette voie. Ne falloit-il pas la ménager d'ailleurs pour l'acquittement des dettes communes de la jonction dont il alloit être question incessamment? Choisiroit-on celle de l'emprunt? Mais sous quelle garantie ? Et si l'on s'obligeoit solidairement, quel embarras pour les familles! Quel autre embarras pour faire ensuite le fonds annuel de ces intérêts! Mêmes difficultés , et pour le moins aussi grandes, quelque autre parti que l'on prît et de quelque autre côté que l'on se tournât.

Dans cette extrémité, M. Le Brun vint encore une fois au secours de la compagnie, et la tira d'affaire. Il fut de lui-même faire l'exposé de cette situation critique où elle se trouvoit à M. le chancelier, mais d'une manière si touchante et si vraie, qu'il émut la libéralité de son bienfaiteur personnel en faveur de l'Académie. Elle en reçut en pur don une ordonnance de la somme requise, à prendre sur le trésorier du sceau. Muni d'un tel secours, rien ne l'empêchoit plus d'aller en avant. Le brevet du roi, dont elle avoit besoin, lui fut accordé sans aucune difficulté, et fut expédié le jour même qu'elle en eut fait la demande, qui fut le 6 mai 1656. La mutation de logement y fut motivée sur la raison des plus grandes proximité et commodité. M. Sarrazin y fut autorisé à délaisser, au profit de l'Académie, le logement en question, moyennant le remboursement convenu desdits deux mille livres. Mais on l'y obligea à employer cette somme à s'accommoder un autre logement, joignant l'atelier que le roi lui avoit donné depuis peu dans l'ancienne fonderie attenant le château des Tuileries. Enfin il y fut dit que l'Académie ne pourroit être dépossédée, pour quelque raison ou cause que ce fût, de ce logement à elle ainsi délaissé, qu'en lui remboursant comptant lesdits deux mille livres; et le mandat, pour l'exécution de ce brevet, fut adressé à M. Ratabon. C'étoit lui qui l'avoit dressé, ce brevet, et l'avoit fait

passer ainsi.

L'on trouvera assez singulière, peut-être, la clause par laquelle il y imposa à M. Sarrazin la nécessité de faire emploi sur le terrain du roi de cette somme de deux mille livres, encore qu'elle ne provînt pas des deniers de Sa Majesté. Mais c'est qu'il vouloit le punir par là de s'être un peu comporté en homme avantageux avec sa compagnie, dans le marché où il l'avoit induit. L'action qu'il y donnoit à l'Académie sur le même fonds de deux mille livres, en cas de dépossession , en devenoit d'autant mieux fondée en justice ; mais elle lui devint inutile, par son propre fait, très peu de temps après, lorsqu'il auroit pu la bien faire valoir s'il l'avoit voulu, comme il sera expliqué en son lieu.

L'acte d'accord avec M. Sarrazin fut passé en conséquence de ce brevet par devant Pain et Beauvais, notaires, le 28 juin i656, chez M. Ratabon, et en sa présence et en celle des principaux officiers de l'Académie. M. Sarrazin y donna quittance des deux mille livres reçues. L'affaire fut ainsi consommée, et l'Académie prit possession de son nouveau logement peu de jours après.

Quoique ce logement fût beaucoup plus propre à être habité par une simple famille qu'à servir aux assemblées et aux exercices d'une Acadé

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