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reprendre les exercices publics le plus diligemment que faire se pourroit.

Tout cela, comme l'on voit, alloit le mieux du monde; mais il restait un dernier point à discuter qui tenoit extrêmement à cœur à messieurs nos chefs. M. Ratabon ne l'ignoroit pas, et c'est là où il les attendoit pour les amener au but secret de toute la menée de ce jour. Le bruit de sa destitution du directorat se soutenoit toujours. Il en étoit au désespoir et vouloit à tout prix le faire tomber. Le moyen le plus sûr pour opérer cet effet étoit de se faire continuer en sa qualité de directeur. Après tout ce qui s'étoit passé depuis quelque temps, il étoit assez scabreux pour lui d'en faire la tentative tout simplement. Il conçut donc qu'il y falloit pousser la compagnie par son propre intérêt, et lui en présenter un qui fût un peu pressant. Le point dont il s'agit étoit pour cela conditionné tout au mieux. Il avoit pour objet ces deux mille livres données par M. le chancelier à l'Académie, et par elle données à M. Sarrazin, qu'aux termes du brevet du 6 mai 1656 elle devoit retirer en cas de dépossession, et qui étaient restées en souffrance par la malice de M. Ratabon. L'Académie, en l'occurrence où elle se trouvoit, avoit un besoin d'autant plus pres'sant de toucher cette somme, qu'elle en avoit dépensé une fois autant et plus à s'aménager dans l'atelier de du Bourg, dont elle se voyoit de nouveau obligée de déguerpir. Nulle apparence de réitérer une telle levée sur elle-même, et pas la moindre ressource d'ailleurs. Comme l'adroit surintendant l'avoit bien prévu, elle lui exposa tout cela tout au plus juste et au plus pathétique. Il entra dans ses raisons avec des airs d'amitié et d'épanchement admirables. La rentrée de ce fonds devenoit son affaire particulière. Il s'en faisoit fort. Bref, il enchanta la plupart de ceux qui composoient cette assemblée, et les remplit des plus belles espérances du monde. Il poussa ce lazzi bien plus loin encore. Béfléchissant avec eux sur les inconvénients du peu de stabilité de ces sortes de concessions, il alla jusqu'à dire que peut-être le mieux seroit que l'Académie acquît quelque maison sortable qui lui demeurât en propre, et fut jusqu'à lui promettre, si elle prenoitce parti, le secours d'un fonds considérable et proportionné à cet achat.

Le moyen de tenir contre une si abondante effusion de bontés? Il fut convenu par les bonnes gens qui formoient cette assemblée qu'on ne pouvoit les reconnoître ni assez fortement ni assez promptement; enfin, on y décida que l'Académie ne pouvoit faire moins, pour signaler sa gratitude envers cet homme généreux et obligeant, qu'en lui déférant la continuation du directorat, et cela par acclamation et sur-le-champ. Cette détermination, provoquée par quelques émissaires secrets de M. Ratabon, fut arrangée tout de suite à basse voix et en moins de rien, pendant qu'un des académiciens étoit à l'amuser du détail des accommodements requis dans le futur logement. On le tira de cet entretien pour le prier de se rendre au vœu général de la compagnie, et de vouloir bien, par continuation, l'honorer de sa direction et de ses précieuses bontés. Tout ce que ces sortes de démarches et d'enthousiasme peuvent avoir d'empressé et d'affectueux assaisonna celle-ci avec une espèce de profusion. Après s'être réciproquement épuisés en protestations de bonne volonté et de reconnoissance, l'on songea à se retirer. M. le surintendant, retournant chez lui à pied, fut accompagné par l'Académie en corps jusqu'à sa maison; là on se quitta content l'un de l'autre autant qu'il leur étoit possible de l'être, si toutefois M. Ratabon n'eût pas cru devoir l'être encore plus de lui-même.

Le lendemain, il fit toucher à l'Académie cinq cents livres pour une demi-année échue de sa pension; c'est à quoi se réduisirent toutes ces belles promesses dont elle s'étoit laissé éblouir si bonnement; car, pour tout le surplus de ces promesses , elle n'en entendit non plus parler depuis que s'il n'en eût jamais été question. Mais ce qu'il y eut de bien plus singulier encore, ce fut que le même jour l'Académie reçut ordre de se mettre en devoir de déloger sans aucune perte de temps, et, s'il sepouvoit, dès le jour suivant. Il fallut obéir; la précipitation, avec laquelle elle fut contrainte de retirer ses meubles et effets, lui coûta un excellent morceau qu'on appelle le Torse, moulé avec soin sur l'antique même, et lequel fut fracassé par la brusque inconsidération des maçons qui démolissoient sans aucun égard tout au travers de ce déménagement. Ce même culbutage fit perdre à l'Académie beaucoup de bons matériaux engagés dans les constructions qu'elle avoit fait faire à ses frais, et qu'elle auroit pu employer utilement ailleurs. Il y eut dans tous ces procédés une affectation si marquée de molester et de choquer qu'il n'étoit pas possible qu'on les pût mettre sur le compte des agents subordonnés, et il fut tout visible que le mobile en partoit de plus haut.

M. Errard, loin de se mettre en peine de dissiper ces soupçons, ne faisoit que manœuvrer sous main pour faire penser d'abord qu'ils pouvoient être fondés, et ensuite qu'ils étoient fondés en justice. Il n'y eut sortes de tournures dont il ne s'avisât pour persuader la grandeur du ressentiment et du crédit de son patron , et celle du danger où s'exposeroient ceux qui seroient dans des engagements qui lui fussent contraires. Comme au fond tous les gens d'art étoient pour ainsi dire dans la main de M. le surintendant des bâtiments, un grand nombre d'académiciens se laissa intimider par ces insinuations et s'abstenoit de fréquenter les assemblées de peur de se rendre suspect. M. Testelin, le secrétaire, eut beaucoup de peine à y retenir quelques uns des plus courageux; peu à peu cependant il y ramena la plupart des autres; il s'appliqua à leur faire concevoir le peu de fond qu'il y avoit à faire sur les promesses et sur l'appui de M. Ratabon, et surtout le peu de crainte que leur devoit inspirer son injuste mécontentement, vu la débile caducité de sa position devant celle de M. Colbert, homme vrai et sûr, de qui la faveur et le pouvoir sembloient chaque jour prendre un nouvel éclat, (ceci peu de temps après la chute de M. Fouquet) et de qui la protection étoit acquise à l'Académie à des titres également nobles et inaltérables. Comme ces raisons étoient fondées sur la vérité et sur la notoriété, il ne fut pas bien difficile à M. Testelin de les faire triompher des vaines et frivoles inductions de M. Errard; ainsi, grâce aux soins de cet homme sage et zélé, le corps des bien intentionnés se rallia encore une fois et pour ne plus se disjoindre du tout. Le grand et l'unique moyen de consolider cette

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