ページの画像
PDF
ePub
[graphic]

MÉMOIRES

POUR SERVIR A L'HISTOIRE

DE

L'ACADÉMIE ROYALE

DE PEINTURE ET DE SCULPTURE.

INTRODUCTION.

j apeinture et la sculpture onttoujours, chez les Grecs et les Romains, tenu un rang honorable, et y ont été profesi sées et librement et noblement. En France, ces deux beaux arts ont été pendant plusieurs siècles dans un abaissement extrême; livrés à l'opprobre d'une maîtrise qui les dégradoit; asservis à une troupe ignorante et avide de jurés, vils artisans sans élévation et sans mérite; réduits, en un mot, à un point d'humiliation et de découragement qui ne pouVoit qu'être très contraire à toute émulation et à tout progrès.

[graphic]

L'établissement de l'Académie royale de peinture et de sculpture pouvoit seul remédier à ces maux, relever ces deux arts, et les porter à ce haut degré de gloire où on les a vus parvenus de nos jours.

Comme c'est de la continuation du même esprit qui a présidé à la formation et à la restauration de cette académie que dépend celle de ses succès pour tout l'avenir, il paroît nécessaire de pénétrer ici et d'approfondir cet esprit, de le développer, et d'en suivre les opérations avec quelque étendue. Les détails où il faudra entrer pour cet effet formeront l'histoire intérieure, et en quelque sorte secrète , de cet établissement.

Pour y procéder avec quelque ordre et quelque méthode, l'on divisera cet ouvrage en deux parties principales.

Dans la première l'on indiquera les causes qui ont préparé, amené, nécessité l'établissement de l'Académie, ce qui donnera une idée suffisamment circonstanciée de l'état où se sont trouvées en France la peinture et la sculpture pendant tout le temps qui a précédé cet établissement.

La seconde contiendra une description exacte et détaillée de tout ce qui s'est passé à l'occasion de ce même établissement, les traverses qu'il a essuyées, les obstacles qu'il a fallu vaincre pour lui donner sa consistance, et les diverses formes dont il a été revêtu avant que d'arriver à celle qui subsiste, et qui est due à la sagacité et à la munificence du grand Coltert.

[graphic]

PREMIÈRE PARTIE.

Etat de la Peinture et de la Sculpture en France pendant tout le temps qui précéda l'établissement de l'académie.

[graphic]

I eux qui, dans les premiers temps, s'ini troduisirent et s'établirent en France, ; et particulièrement à Paris, sous les noms de peintres et de sculpteurs , eurent à peine la première notion des deux arts qu'ils se vantoient de professer, détenus comme ils l'étoient dans les liens de cette barbarie générale qui couvroit encore, pour ainsi parler, toute la surface de la terre.

Les plus habiles d'entre ces prétendus peintres s'appliquoient à exécuter sur les vitrages des églises des dessins ou patrons qu'ils avoient apportés des pays étrangers, et de là l'origine de la jonction, qui subsiste encore dans plusieurs villes du royaume, des peintres et des vitriers en un même

HlST. DE L'ACAD. DE PEINT. 5

corps de communauté. Parmi ceux qui se disoient sculpteurs, les moins ignorants, avec aussi peu de principes, en usoient à peu près de même pour tailler en bois ou en pierre les images destinées pour ces mêmes églises. C'étoit peu de chose; c'étoit là cependant ce qui représentoit la classe des gens d'art.

Tous les autres, et dont même ces premiers ne différoient pas assez pour ne s'y point mêler au besoin, n'étoient, et par l'objet et par la nature de leur travail, que de vils artisans. Ils s'occupoient à dorer et à étoffer les images sculptées de la Vierge et des saints. C'étoit une pratique de ce temps qui consistoit à couvrir les draperies ou vêtements de ces images de feuilles d'or ou d'argent, de glacer ce fond de diverses couleurs transparentes, et de les damasquiner pour imiter la broderie ou le brocard. Ils faisoient des gros ouvrages d'impression en couvrant les murs et les piliers des églises et autres édifices de bleu en détrempe ou d'autres couleurs qui tenoient lieu de tapisseries, et qu'ils chargeoient d'ornements grotesques et moresques, de mosaïques, etc. Ces mêmes ornements s'exécutoient aussi en sculpture, et étoient peints et dorés après, tous ouvrages d'une main d'œuvre servile et ignorante, et où l'art n'entroit pour rien.

Mais il s'y employoit des matières précieuses, telles que l'or et l'argent, et plusieurs couleurs

« 前へ次へ »