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» surpassât bientôt l'Académie de Saint-Luc, cta» blie à Rome ; enfin, que c'étoit de l'ordre exprès » de Son Éminence , et en son nom, qu'il présen» toit les nouvelles lettres patentes, afin qu'il lui » plût d'y apposer le dernier caractère de l'auto» rité souveraine. » M. Molé s'adoucit un peu à ce discours. Il promit d'examiner l'affaire sans délai , et demanda, pour cet effet, qu'on lui remît les lettres primitives de l'établissement de l'Académie , avec l'acte de la jonction, ce qui fut exécuté le même jour.

Toutes ces pièces ayant été épluchées très soigneusement par M. le garde des sceaux, sans qu'il y trouvât rien de contraire ni de préjudiciable aux intérêts de la maîtrise, il ne crut pas pouvoir se dispenser de faire passer au sceau les lettres en question. Et pour faire connoître combien il avoit d'égard à la recommandation de M. le cardinal Mazarin, il voulut qu'elles fussent délivrées à l'Académie exemptes de tous droits. Néanmoins, pour laisser aux maîtres encore quelque petite ressource du côté de la forme, il fit attacher, sous le contre-scel des dernières lettres, etles premières et l'acte de jonction, afin que le tout, étant porté au parlement et mis sous les yeux des gens du roi, pût être, par eux, ressassé encore plus particulièrement. L'Académie, par les mêmes députés qui avoierit présenté ces lettres, fit remercier M. le garde des sceaux d'avoir bien voulu la traiter si favorablement.

Le lendemain , nouvelle députation à M. le cardinal, pour lui rendre grâces de ces premiers effets de sa puissante protection. Le compliment de l'Académie fut accompagné d'un présent, par forme d'hommage, de deux beaux tableaux, l'un de figures , l'autre de fruits. Son Emincnce les reçut d'une manière agréable, et fit aux députés l'accueil le plus flatteur et le plus encourageant, promettant de reconnoître eu leurs personnes et en leurs familles les soins qu'ils se donneroient à perfectionner les beaux-arts, et à les faire fleurir en France d'une maniere capable d'accroître la gloire de la nation, etc.

La compagnie fut rendre compte ensuite de tout ce qui vcnoit de se passer à M. le chancelier, et le pria de vouloir bien agréer un tableau de paysage qu'elle prenoit, disoit-elle, la liberté de lui offrir comme une marque immortelle de la respectueuse gratitude dont elle se sentoit pénétrée pour tous ses bienfaits. M. le chancelier reçut ce présent avec cette bonté vraimentpaternelle où l'Académie pouvoit être accoutumée, mais qu'en cette occasion il tourna encore d'une manière à s'acquérir tout le mérite d'une nouvelle grâce.

Jusque-là l'Académie s'étoit avancée vers le terme désire sans se voir constituée en aucune dépense. La vérification des nouvelles lettres, qu'elle jugea devoir poursuivre au parlement, comme chose très instante, lui en alloit causer une inévitable , et qui pouvoit être de quelque objet. Il fut question de faire un fonds suffisant pour y subvenir. Ce fonds se trouva bientôt dans le zèle de ce petit nombre de grands hommes, toujours noblement et vivement occupés de l'honneur du corps académique, et qui en formoient alors la tête. Ils s'assemblèrent au logis du secrétaire. M. Le Brun, pour exciter l'émulation , commença par délivrer une somme assez considérable, ettelle quelesplus libéraux après lui n'en approchèrent pas delà moitié. Les autres, même ceux qui s'en éloignoient le plus, ne laissèrent pas de donner encore fort honnêtement. L'on s'étoit fait une loi de ne cotiser personne et de ne gêner en rien les volontés. La contribution recueillie se trouva cependant, au total, former une somme assez forte pour satisfaire aux frais eu question et même au delà. On la remit entre les mains du secrétaire, à qui l'on commit aussi le soin et la suite de cette sollicitation. L'on convint encore, avant que de se quitter, de se rembourser des sommes ainsi avancées sur les deniers communs de la compagnie , lorsque l'on en pourroit tirer du trésor, sans déranger le service courant. Cette dernière convention n'a jamais eu de suite. Les sommes prêtées en cette occurrence ont été généreusement délaissées à l'Académie, chacun des contribuants s'étant estimé depuis trop heureux et trop bien récompensé d'avoir, à ce prix, obtenu à cet illustre corps le repos et les autres avantages dont il jouit par cette réformation.

Cependant le secrétaire s'acquitta de sa commission avec cette diligence dont il étoit accoutumé d'user toutes les fois qu'il s'agissoit du' service ou des intérêts de sa compagnie. Les principaux membres de cette même compagnie se donnèrent en même temps les mouvements convenables et requis en pareil cas : M. Le Brun, auprès de messieurs du grand banc, de la plupart desquels il étoit bien voulu et fort considéré; les autres, auprès de messieurs les conseillers de la grand'chambre ou de messieurs du parquet, suivant l'accès qu'ils avoient chez les uns ou chez les autres. Ils leur expliquèrent d'une manière si lumineuse et si solide ce qui fondoit la sagesse et la justice de ce nouvel arrangement, que la vérification en fut ordonnée tout d'une voix.

Ce ne fut pas cependant sans une petite clause de modification. Le parlement étoit dans une espèce d'usage d'en apposer toujours quelqu'une en pareil cas. L'enregistrement des lettres patentes du mois de janvier i655, ensemble du brevet du a 8 décembre précédent et des statuts du .. février i648 et du 24 décembre 1654, fut donc ordonné par son arrêt du 23 juin i655, à condition que la décharge des tutelles et curatelles portée par lesdites lettres n'auroit lieu que dans la ville et faubourgs de Paris, pour les tutelles qui pourroient être déférées aux académiciens, sinon en cas de droit. C'est ainsi que les deux statuts rassemblés , et comme refondus en un seul, acquirent ce dernier degré d'authenticité qui, en leur donnant force de loi, les garantit, et pour toujours, de toutes- les atteintes qu'y auroient pu porter les jurés.

Contre leur façon d'agir ordinaire., et même contre ce à quoi l'on s'étoit un peu attendu de leur part, ils ne mirent aucun empêchement à cette vérification. Ce n'est pas assurément qu'ils respectassent plus nos dernières lettres qu'ils n'avoient respecté les premières, ni qu'ils fussent devenus plustraitables et moins processifs. Mais c'est qu'ils s'étoient rappelé l'excessive lenteur avec laquelle l'Académie s'étoit portée à poursuivre la vérification précédente, et qu'ils avoient compté qu'elle leur donneroit tout le temps nécessaire pour barrer ou éloigner celle-ci. Ils se trompèrent pour cette fois. L'Académie s'étoit trop mal trouvée de la faute qu'elle commit alors, pour s'y laisser aller une seconde fois; et elle dut ici à la célérité de ses démarches cette paisible et prompte expédition du parlement, qui ferma la porte à toute nou

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