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la lecture de ces deux pièces, comme pour reprendre haleine, mais, en effet, pour laisser le champ libre aux exclamations de joie et de gratitude, que les bien intentionnés de l'assemblée n'auroient pu retenir plus long-temps. Puis, reprenant la lecture des nouveaux statuts, quand ce vint à l'article qui régloit les séances et voix délibératives, l'on entendit un murmure confus et défavorable produit par les factieux de la jurande. La lecture achevée, ceux-ci se levèrent avec humeur et émotion , disant que, puisque, par ces nouveaux statuts , on leur ôtoit la séance et la voix délibérative, dont ils étoient en possession, leur présence ne leur paroissoit plus nécessaire aux assemblées, et se mirent en devoir de se retirer. L'on fit tout ce que l'on put pour leur faire entendre raison sur le contenu du nouveau règlement ; ils n'écoutèrent rien. La présence de M. Katabon les empêcha bien de se livrer à leurs fougues ordinaires; mais la contrainte qu'elle leur imposa les mit comme hors d'eux-mêmes. Sans s'embarrasser de la prise qu'ils alloient donner sur eux en résistant ouvertement aux volontés du roi, ils s'en allèrent tumultueusement, et entraînèrent à leur suite tous les suppôts de la maîtrise qui étoient de leur parti. La rumeur et l'agitation que cet incident causa dans l'assemblée ne permit point qu'on la terminât comme on se rétoit proposé, par l'élection des nouveaux officiers; ainsi, M. Ratabon leva la séance, et indiqua une autre assemblée pour le mardi suivant.

Cette seconde assemblée ne se trouva composée que des seuls membres académiques ; car, encore qu'elle eût été indiquée en présence de ceux de la maîtrise qui, dans la première, étoient restés jusqu'à la fin, aucun d'eux cependant ne voulut y assister comme partie nécessaire. Ce n'est pas qu'il ne s'y en montrât un assez grand nombre, mais ce ne fut que pour déclarer que c'étoit sans tirer à conséquence, et qu'ils ne prétendoient y être considérés que comme de simples spectateurs. La séance se forma donc sur le pied des premiers statuts. L'on y proposa d'abord divers expédients pour satisfaire les maîtres et les ramener à la jonction. L'on offrit, entre autres, à ceux qui étoient là présents , d'établir un second rang de siéges pour leur compagnie, où elle pourroit observer tel ordre qu'elle jugcroit à propos. Mais, ayant fait réponse qu'ils n'avoient aucune mission ni pouvoir pour traiter ni convenir de rien, l'assemblée résolut de passer outre, et de travailler à ce qui faisoit l'objet essentiel de sa convocation, c'est-à-dire au choix des nouveaux officiers d| l'Académie.

Elle commença par confirmer celui qui avoit été fait en particulier de M. le chancelier pour vice-protecteur de l'Académie, et de M. Ratabon pour directeur. Au même instant ce dernier se mit en possession de la présidence de l'assemblée, à lui déférée en cette qualité par l'article deux des nouveaux statuts. Et tout de suite il mit en délibération qu'il fût procédé et à l'heure même à l'élection des sujets convenables pour remplir les autres charges créées et établies par les mêmes statuts. Cette pro position ayant été agréée unanimement et sans aller aux voix, il passa outre à recueillir les suffrages de l'assemblée, et ce pour chacune des charges séparément. Voici quel en fut le résultat. La charge de chancelier de l'Académie fut conférée à M. Le Brun; l'on élut pour recteurs de chacun des quatre quartiers de l'année, savoir : M. Sarrazin pour celui de janvier; le même M. Le Brun pour celui d'avril; M. Bourdon pour celui de juillet, et M. Errard pour le quartier d'octobre. Les douze professeurs, dans l'ordre des mois où chacun d'eux dcvoit être de service, furent: MM. Corneille, Boullongne, Mauperché, Sève, Vignon, de La Hyre, Van Opstal, Guillain, Guérin, Poerson, Du Guernier et Bernard. M. Henri Testelin fut continué en sa charge de secrétaire de l'Académie; M. Henri Beaubrun fut nommé à celle de trésorier, et, pour huissier, l'on fit choix du sieur Perou. Aux termes de l'article 16 des nouveaux statuts , l'Académie étoit en droit de se donner deux huissiers. Elle crut devoir différer à nommer le second jusqu'à ce qu'elle eût vu cornment le premier s'acquitteroit de cet emploi. A l'égard des exercices de l'école et des règles établies pour les conduire, les maintenir et les perfectionner, il fut convenu qu'il n'y seroit fait aucun changement.

Un choix si heureux et si digne que celui où l'assemblée se signala en ce jour, ne répandit pas au dehors moins d'éclat, et ne releva pas moins la réputation de l'Académie que tous les accroissements de priviléges et de grâces dont le roi venoit de favoriser sa restauration. Partout l'on ne parla que de l'essor qu'alloient reprendre les beaux-arts, guidés par de tels conducteurs et encouragés par de tels moyens. Jamais l'on ne vit une approbation plus générale ni des espérances plus complè tes. Il n'y eut que la cabale séditieuse des jurés qui osa contredire l'une et rejeter les autres : la basse jalousie qui la dévoroit la rendoit ennemie née de tout bien, et la consuma en vains projets pour traverser les avantages qu'alloit produire le nouvel arrangement. Il étoit appuyé sur des fondements si solides, et étoit soutenu par des protections si puissantes, qu'elle désespéra de le pouvoir ébranler ni même l'entamer, surtout dans ces commencements. Elle se retrancha donc dans sa nouvelle séparation, dans le bénéfice du temps, et dans l'étendue de ses ressources du côté de la chicane , bien résolue de ne laisser échapper aucune occasion d'agir contre l'Académie, désormais son ennemie irréconciliable.

L'attirer dans un procès réglé étoit de tous les ressorts de la cabale celui sur lequel elle comptoit le plus. Aussi la première tentative qu'elle fit étoit-elle d'une espèce à devoir naturellement aboutir là. Elle la crut immanquable. Un beau jour, sans avoir formé aucune demande ni fait aucune démarche préparatoire, elle se porta à faire enlever brusquement tous les meubles ordinaires et ustensiles de la chambre commune de la jonction, jusqu'à du cloisonnage, et, qui plus est, jusqu'à des figures de plâtre moulées sur l'antique, et qui appartenoient en particulier à l'Académie. Elle, qui avoit appris à ses dépens à connoître ses adversaires, les pénétra et évita le piége. Trop contente de n'avoir plus à les observer qu'au dehors , elle prit le parti de dissimuler cette action violente et irrégulière; seulement, pour pouvoir s'en prévaloir en temps et lieu, elle crut devoir la faire constater juridiquement. En conséquence, elle fit sa plainte par devant le commissaire Le Clerc, lequel se transporta sur les lieux et dressa son procès-verbal. C'est tout ce qui en fut alors, et ce qui en a été depuis. L'expédition de son procès-verbal se voit encore parmi les papiers de notre secrétariat.

N'ayant pu réussir à tirer l'Académie de cet état

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