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l'école de Saint-Luc, après s'être traînée quelque temps, ne fit plus que dépérir et tomba bientôt dans le dernier mépris. Peu de mois suffirent pour la faire rentrer dans le néant, d'où elle avoit été tirée avec taut d'astuce et de fracas.

M. Bosse vers ce même temps reprit aussi, en faveur des étudiants de l'Académie royale, les leçons de perspective que ce nuage de refroidissement général l'avoit fait discontinuer durant près d'une année entière. Elles concoururent très avantageusement à raffermir les succès si habilement cimentés par M. Testelin.

Quel qu'eut été l'obscurcissement où l'Académieparut être tombée aux yeux de plusieurs pendant ce court passage de tiédeur et d'inaction, un incident qui survint en ce temps fit assez connaître qu'elle n'avoit rien perdu de l'estime dans laquelle elle étoit chez les puissances supérieures M. François Mansard, célèbre et savant architecte , avoit su se faire accorder un privilége qui soumettoit à sa discipline tous les graveurs de Paris, en soumettant à sa censure toutes estampes, jusqu'aux almanachs, et tous autres ouvrages de gravure quelconque, avec défense expresse de les mettre au jour sans être munis de son attache et de son approbation. Quelques uns des illustres graveurs d'alors, qui étoient fort considérés à l'Académie et qui ne faisoient pas les moindres orne

ments de son école, y rendirent compte de cette nouvsauté. Elle lui parut également contraire à la liberté de cette portion des beaux-arts et à l'honneur qu'elle croyoit mériter, par préférence à tous autres, d'y exercer une semblable autorité, s'il en eût été besoin. En conséquence, elle résolut d'agir par intervention et de se joindre à cette classe d'artistes la plus particulièrement intéressée dans cette entreprise, pour en faire les remontrances convenables. M. Errard, nommé pour porter la parole, se rendit, à la tête de l'Académie en corps, chez M. de Châteauneuf, alors garde des sceaux de France, et exposa avec tant de force et de solidité l'irrégularité de ce privilége et les inconvénients dont il étoit susceptible par rapport aux progrès des beaux-arts, que ce suprême magistrat s'en fit à l'instant rapporter les lettres, qui étoient encore entre les mains de son secrétaire. Il y passa le canif et en arracha le sceau en présence de la Compagnie, l'assurant que jamais elle n'entendroit plus parler de cette affaire, et la renvoya comblée de politesses et de témoignages de bienveillance et de protection.

A mesure que l'Académie sentit accroître en sa faveur l'estime publique, elle sembla se rendre attentive à la mériter de plus en plus. Fondée comme elle l'étoit, cette estime, sur la supériorité des talents du plus grand nombre des membres de ce corps r l'on y redoubla en quelque sorte d'exactitude dans l'examen des sujets qui se présentoient pour y être reçus, et surtout dans le maintien des règles établies par les statuts pour rendre cet examen et sérieux et utile. L'on en vit, entre autres, une preuve bien marquée dans le refus que la Compagnie fit en ce temps à M. de Charmois lui-même des lettres de provision qu'il s'étoit hasardé de lui demander pour un sculpteur de ses amis, qui étoit absent. Quoique la capacité du sujet proposé fût connue de plusieurs des principaux officiers de l'Académie, elle crut devoir ne se point relâcher sur l'indispensabilité de la présentation et du jugement des ouvrages de cet aspirant, en la forme accoutumée. Elle pria M. de Charmois de trouver bon qu'elle continuât d'en user ainsi ; il goûta ses raisons, et, dans une lettre de remerciement qu'il lui écrivit à ce sujet, il lui témoigna l'estime qu'il faisoit de cet amour de la règle dont il la voyoit remplie, et où il l'exhorta de persévérer.

Telle étoit la situation où se trouva l'Académie royale au commencement de l'année 1651. La supériorité qu'elle lui donnoit sur la communauté des maîtres auroit, ce semble, dû la porter à profiter de cet avantage pour s'affranchir sans retour de tant de vexations et de chicanes, en mettant la dernière main au grand ouvrage de la séparation. Même les jurés agirent «ur ces entrefaites en gens qui la vouloient hâter à en venir là, au moyen de la requête qu'ils présentèrent au Parlement le dernier janvier de cette même année, tendant à ce que, nonobstant et sans s'arrêter à l'arrêt du conseil du 20 janvier 1648, l'Académie fût tenue de procéder en cette Cour sur l'instance du règlement'y pendante, avec défense de poursuivre ailleurs. Rien ne paroissoit plus naturel que de se saisir par elle de cet incident, et de travailler à terminer l'affaire par un arrêt définitif. C'étoit l'avis de M. Le Brun et du petit nombre de ceux qui, comme lui, étoient véritablement pénétrés de l'honneur de leur art. Les autres membres de l'Académie , mus d'un sentiment moins élevé et plus pacifique, en décidèrent autrement pour cette fois, et, par une fâcheuse condescendance, la rejetèrent dans presque tous les embarras et les périls dont elle avoit eu tant de peine à se dégager.

Parmi les chefs et les suppôts de la maîtrise se trouvoient quelques hommes recommandables par leur probité et même par la politesse de leurs mœurs, et qui n'étoient pas sans mérite du côté • de l'art. Ils souffroient de voir l'esprit de discorde et d'aigreur s'établir ainsi entre les deux compagnies, et s'emparer tellement de la leur qu'il n'étoit pas possible qu'à la fin le désavantage ne lui en demeurât et qu'elle ne se couvrît d'opprobre. En

conséquence, ils conçurent l'idée de chercher quelque moyen qui lui pût sauver ce malheur, quelque tempérament où les deux partis, trouvant à peu près leur compte et leur sûreté, pourroient se porter à vouloir entendre à quelque accord. Pleins de ce projet, ils s'en ouvrirent à quelques académiciens, leurs amis particuliers, et,'exactement parlant, bonnes gens comme eux. Ceux-ci, sans porter leurs vues plus loin, ne respirèrent bientôt plus que conciliation et que paix. Ils se crurent inspirés trop heureusement pour rester en si beau chemin , et n'oublièrent rien pour gagner à ce parti tout ce. qu'ils connoissoient de considérable en l'Académie. M. Errard, l'un de ceux qui y avoient le plus de crédit, se laissa aller à leurs raisons, et même se chargea.de les faire valoir de son mieux en l'assemblée générale qui se devoit tenir dans le courant du mois : c'étoit celui de février. Il s'acquitta de ce soin avec tant d'adresse et d'une manière si insinuante qu'il ne fut pas question seulementcTexaminer si quelqu'un étoit autorisé à faire cette proposition, ni de peser les inconvénients dont elle pourroit être susceptible, et qu'elle fut agréée sans aller aux voix, et comme par acclamations.

Ce vif épanchement du corps académique, au lieu de toucher la communauté des maîtres par ce qu'il avoit d'honnête et de loyal, fit sur elle un

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